
Au moins un million de signatures [1] à travers l’Europe… C’est ce qu’espère bien récolter la Confédération européenne des syndicats (CES) pour sa pétition. Elle revendique « des services publics au service des citoyen(ne)s et demand[e] à la Commission européenne de proposer une législation européenne. » Selon elle, une autre alternative est possible aux privatisations et libéralisations. Les services publics sont-ils vraiment menacés ?
Adoptée le 15 novembre dernier par le Parlement européen, la directive sur les services, anciennement appelée Bolkenstein, exclut les services publics non marchands, tels que l’éducation, le social, la santé et le logement. Par contre, la majorité des services publics de réseaux (gaz, télécommunications et électricité) est déjà ouverte à la concurrence ou va l’être très prochainement.
La CES a présenté un projet de directive sur les services publics le 20 septembre dernier donnant ainsi à la Commission une base de travail. Mais à ce jour, en dépit de ses demandes répétées, aucune proposition n’a été formulée par elle. Cette proposition se voulait une réponse à l’absence de référence aux services publics dans les textes communautaires. Si le Traité constitutionel pour l’Europe les instituaient (via la Partie 2), l’arrêt de son processus des ratifications empêchent les parlementaires et les syndicats européens de pouvoir s’en prévaloir (même les parlementaires communistes français…).
Des débats en perspective
Le calendrier promet d’être chargé. En janvier, un avis de la commission de l’emploi et des affaires sociales sur la communication de la Commission du 26 avril sur les services sociaux d’intérêt général sera soumis au Parlement européen. Toujours en début d’année, la Commission publiera un rapport d’étape sur les services d’intérêt général (SIG). Courant 2007, le Parlement adoptera le règlement sur les obligations de services publics dans les transports. Quant à la question de la suppression du monopole de la poste, elle fait encore débat.
« Cette libéralisation a réduit l’accessibilité et parfois la qualité des services publics et ne profite pas aux consommateurs », plaide la CES [2]. De son côté, la Commission met en avant les avancées apportées par la libéralisation des services d’intérêt économique général (SIEG) « en termes de prix, d’emploi, de productivité, de qualité des services, de coût, d’accessibilité et de satisfaction du consommateur », selon son troisième rapport d’évaluation [3]. Dans certains États membres, elle reconnaît tout de même des retards dans l’ouverture du marché et pour les nouveaux arrivants une baisse des performances après la suppression des entraves juridiques et techniques dans ces secteurs.
SIG/SIEG contre services publics ?
Le Traité de Rome [4] (1957) pose comme principe la libre circulation des personnes et des biens. C’est donc la logique de marché qui prédomine. Mais dans le souci de rééquilibrer le développement du marché intérieur et d’assurer la cohésion sociale et territoriale de l’Union européenne (UE), ce traité prévoyait déjà la mise en place de SIEG. Le Traité d’Amsterdam (1997) réaffirme leur existence et prévoit que les Etats membres veillent à leur bon fonctionnement. Les SIG regroupent les services marchands et non marchands que les autorités publiques considèrent comme étant d’intérêt général et soumettent à des obligations spécifiques de service public. Les SIEG sont les services de nature économique soumis aux mêmes obligations comme le transport, les services postaux, l’énergie et les communications.
Historiquement, la France reste très attachée à ses services publics. Reconnus dans le droit national, ils doivent assurer la cohésion du territoire, être accessibles à tous les citoyens où qu’ils se trouvent et garantir un service de qualité. Dans ce cadre, l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers. La France souhaiterait que la législation européenne reconnaisse cette notion. Cependant, la majorité des Etats membres de l’UE ne partage pas exactement cette conception. Ils y opposent la logique du marché et de la concurrence libre et non faussée. Celle-ci est censée favoriser la baisse des prix, multiplier les choix, tout en augmentant la compétitivité des entreprises, autant d’atouts pour le consommateur.
La CES, comme nombre d’observateurs, dressent un tableau moins angélique. Avec les privatisations, ils craignent pour la sécurité des usagers, la multiplication des risques pour l’environnement, l’aggravation des inégalités et la généralisation du dumping social.
Un syndicat puissant
Pas facile de trouver le bon dosage entre l’objectif de cohésion territoriale et sociale et celui de concurrence. La partie est loin d’être gagnée car la CES doit compter avec une Commission qui a toujours refusé de mettre en place une directive cadre sur les services, et un Parlement plutôt conservateur. Forte de 60 millions de membres à travers l’UE, la CES mise sur son poids pour inverser la tendance.
Créée en 1973, elle s’est fixée comme objectif de défendre, de manière réformiste, les intérêts des travailleurs européens et de porter leurs voix devant les institutions communautaires. Manifestations, journées d’action, campagnes de communication et aujourd’hui pétition… tous les moyens sont bons pour gagner en visibilité. Pourra-t-elle convaincre d’une part les eurodéputés et d’autre part les Etats membres ? Seul l’avenir nous le dira…
Quoi qu’il en soit, les citoyens deviennent toujours plus exigeants : ils attendent des services de qualité, simplifiés, rapides et à des tarifs abordables. De cela aussi, la Commission devra un jour tenir compte.
Ensemble, revendiquons des Services Publics au service des citoyen(ne)s et demandons à la Commission européenne de proposer une législation [5].
Les services publics [6] sont essentiels pour la cohésion sociale, économique et régionale de l’Europe. Ces services doivent être de grande qualité et accessibles à tou(te)s les citoyen(ne)s. Jusqu’à présent, les privatisations ou les libéralisations (notamment dans les secteurs de l’énergie, la Poste, les télécommunications) étaient les seules alternatives proposées au développement des services publics. Il est temps de trouver d’autres solutions !
C’est la raison pour laquelle nous appelons la Commission à proposer une législation européenne pour les services publics visant à :
- faire prévaloir l’intérêt général incarné par les services publics, permettre l’accessibilité des services publics à tou(te)s,
- renforcer les services publics pour consolider les droits fondamentaux des citoyen(ne)s,
- garantir plus de sécurité juridique pour permettre le développement durable des missions de service public,
- donner aux services publics une base juridique solide afin de les protéger contre les attaques du tout marché.




