MobilePlan du siteContactsÀ proposAbonnementCommentairesRSSRSSfr
Accueil > Actualité > Vers une recomposition politique au Parlement européen ?

Vers une recomposition politique au Parlement européen ?

Un point de vue britannique…

L’une des caractéristiques essentielles d’une vraie communauté politique européenne, d’une vraie fédération, serait le développement d’une vraie vie politique européenne, avec des partis se présentant aux élections européennes sur des programmes identiques dans toute l’Union.
lundi 24 juillet 2006 par  Jon Worth, Traduit par Emmanuel Vallens | 5 commentaires | Voter pour cet article 
(0 - 0 vote)

Bientôt, de vrais partis politiques européens ?

Jusqu’ici, des partis politiques en devenir se sont développé au niveau européen, en se formant à partir des principaux groupes politiques du Parlement européen.

Toutefois, ce sont surtout les partis politiques nationaux qui ont mené campagne pendant les dernières élections européennes, en 2004. C’est sans doute surprenant mais les Britanniques ont semblé s’en accommoder sans trop de difficultés, jusqu’à récemment.

Le « Labour » (Parti travailliste) est membre du « Parti Socialiste Européen » (PSE) [1] et du Groupe parlementaire socialiste [2] au Parlement européen. Récemment, notamment à l’occasion de la directive sur le temps de travail, les relations entre les députés travaillistes et le groupe socialiste se sont révélées plus fortes qu’avec Tony Blair [3].

Les « Libéraux-Démocrates » (Libdems) sont les principaux acteurs du développement de l’ « Alliance des libéraux et démocrates européens » (ALDE) [4] et le député européen Libdem Graham Watson préside le Groupe parlementaire ALDE [5] du Parlement européen.

La question a toujours été un peu plus complexe pour les « Conservateurs ».

Les Atermoiements des Conservateurs britanniques

En effet, le parti conservateur britannique n’a jamais souhaité adhérer au « Parti Populaire Européen » (PPE) [6] et a rejoint des partis moins intégrationnistes comme les « Démocrates Européens » (DE) [7]. Le PPE et DE coopèrent au sein du groupe parlementaire PPE-DE [8] au Parlement européen.

L’idée était de permettre aux Conservateurs de ne pas avoir à voter avec le reste du groupe PPE-DE si leur parti avait pris des engagements contraires à la position du groupe, tout en s’assurant de leur soutien pour les nominations du PPE-DE aux postes d’influence du Parlement. Les Conservateurs en ont également profité, puisque Giles Chichester préside actuellement la Commission « Industrie, Recherche et Energie ».

Mais tout cela est encore indéterminé. David Cameron, le nouveau chef des Conservateurs, s’était engagé avant son élection à retirer les Conservateurs du groupe PPE-DE du Parlement européen, dans l’idée de créer un nouveau groupe politique avec des partis amis.

Vu du Royaume-Uni, cela pourrait avoir un sens : récemment encore, le parti avait choisi comme mot d’ordre national « En Europe, mais pas gouverné par l’Europe » [9] et il s’était opposé à toute avancée de l’intégration européenne, particulièrement depuis 1997.

’’In Europe, but not run by Europe’’ ?

Pourtant, les projets de M. Cameron se sont heurtés à une difficulté : quels seraient donc les partis qui accepteraient de coopérer avec lui ?

Le parti « Démocratique civique » tchèque (ODS) [10] et le parti politique polonais « Droit et Justice » (PiS) [11] ont certes été évoqués comme alliés, mais on est loin des 19 députés de 5 Etats membres différents nécessaires à la formation d’un nouveau groupe politique.

Ainsi, plus de six mois après la promesse de M. Cameron, les « Tories » sont encore membres du PPE-DE [12]. C’est pourquoi les militants conservateurs ont alors récemment commencé à prendre en main la question.

L’eurosceptique Groupe de Bruges, qui réunit certains adhérents au parti, est à l’œuvre derrière la campagne ’’Adieu PPE’’, en faveur de la sortie du groupe PPE-DE. La position inverse, pour rester dans le groupe, est défendue sur le Blog de campagne du PPE-DE, dont le site indique - information intéressante - que plus de la moitié des députés conservateurs sont opposés au retrait du groupe.

Qu’en conclure ?

Une fois encore, l’intégration européenne est un sujet qui divise la classe politique britannique et - une fois encore - c’est un sujet qui semble plus problématique pour le centre-droit que pour le centre-gauche.

Deuxième conclusion : il sera difficile de développer de vrais partis politiques européens sans l’engagement plein et entier des partis de Grande-Bretagne, le troisième plus gros Etat membre de l’UE. Troisième conclusion : la Grande-Bretagne n’est pas en mesure d’influence les principaux partis du centre droit, ce qui laisse la voie libre aux Merkel, Chirac, etc.

Enfin, si la question risque de causer du tort aux relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, on peut dire que le plus grand tort a déjà été causé par le gouvernement travailliste qui n’a jamais pris par les cornes l’euroscepticisme de la population britannique et n’est pour l’instant pas parvenu à honorer sa promesse de « mettre la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe », permettant ainsi au soutien à l’UE de plonger dans de nouvelles profondeurs, selon les sondages Eurobaromètre.

Bref : toujours pas de solution en vue pour les relations tendues et difficiles entre la Grande-Bretagne et l’UE.

(Document traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens - France »)

CC by-nd


- Illustration :

Photographie de l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg.

(Sources : Encyclopédie en ligne wikipédia ).

Notes

[1] Parti Socialiste Européen (PSE).

[2] Groupe parlementaire socialiste.

[3] Cliquez ici pour lire l’article de la BBC sur le sujet.

[4] Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE), anciennement ELDR.

[5] Groupe parlementaire ALDE.

[6] Parti populaire Européen (PPE).

[7] Parti des Démocrates Européens (DE).

[8] Groupe parlementaire PPE-DE.

[9] i. e : ’’In Europe, but not run by Europe’’.

[10] Le Parti « Démocratique civique » (ODS) sur wikipédia.

[11] Le Parti « Droit et Justice » (PiS) sur wikipédia.

[12] Pour un point de vue journalistique sur cette affaire :

Lire le blog de David Rennie, correspondant à Bruxelles du « Daily Telegraph ».

Répondre à cet article

5 commentaires

  • 1 - Vers une recomposition politique au Parlement européen ?

    24 juillet 2006 16:56, par Ronan Blaise

    Voilà un article qui vient confirmer ce que l’on commencer à pressentir depuis déjà un petit moment : le groupe parlementaire PPE est manifestement, aujourd’hui, au bord de la crise de nerfs (si ce n’est de l’explosion…).

    On a déjà très bien pu le constater à l’occasion de son Congrès de Rome, les 30 et 31 mars derniers : réunion alors organisée (sous l’égide de son président, l’ancien premier ministre belge Wilfried Martens) pour ’’fêter’’ son trentième anniversaire.

    En effet, le PPE, anciennement parti chrétien-démocrate européen aujourd’hui déserté par les seuls vrais chrétiens-démocrates qu’il regroupait encore… (Et qui, depuis lors, sont partis former leur propre groupe parlementaire ’’centriste’’ ALDE…), n’est désormais plus qu’une vague alliance ’’informe’’ des conservateurs d’Europe.

    Qui plus est, cette alliance conservatrice est aujourd’hui déchirée sur les questions européennes les plus fondamentales : au-delà du classique antagonisme Nord-Sud, le PPE se heurte - aujourd’hui - aux conflits entre ’’jeune’’ et ’’vieille’’ Europe, entre tenants et opposants au TCE, entre défenseurs de l’économie de marché et protectionnistes, etc.

    Sans parler des tirades parfois (limite) nationalistes de certains de ses Eurodéputés polonais (’’Libéraux’’ de la « Plateforme civique »), sans parler des tirades populistes de certains de ses Eurodéputés italiens (’’Berlusconistes’’ de « Forza Italia ») et sans parler -donc- des tirades eurosceptiques (voire antieuropéennes) de certains de ses Eurodéputés britanniques (’’Tories’’ de David Cameron en tête).

    Bref : difficile de retrouver là la ’’marque de fabrique’’ originelle (chrétienne-démocrate et ’’eurofédéraliste’’) qui caractérisait si bien, au départ, cette formation politique transnationale, aujourd’hui devenue ’’eurotièdasse’’, sans ambition européenne véritable et, en fait, bien amorphe…

    Bref, pauvre PPE, devenu ’’fourre-tout’’ sans cohérence : à peine trentenaire et déjà usé…

    Répondre à ce message

  • Cet article est également paru et commenté sur Agoravox.

    Voir en ligne : Vers une recomposition politique au Parlement européen ? sur Agoravox

    Répondre à ce message