Discours d’introduction du nouveau chancelier
Au cours d’une interview en 2024 avec l’agence de presse allemande (dpa), Friedrich Merz a fait part de son opinion générale quant au rôle de la Chine : « La Chine est de plus en plus répressive dans les affaires intérieures et de plus en plus agressive dans les affaires étrangères. La République populaire de Chine devient de fait une menace grandissante pour notre sécurité également. » Dans ce contexte, Friedrich Merz a notamment cité le soutien de la Chine envers les pays comme la Corée du Nord et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, sans oublier la présence militaire grandissante en Asie du Sud-est et les menaces directes vis-à-vis de Taïwan comme étant un signe d’une politique d’affaires étrangères agressive, également vis-à-vis de l’Europe. Il a insisté en outre sur la forte influence grandissante de Pékin sur les entreprises étrangères implantées en Chine et lance un avertissement clair aux entreprises allemandes. En tenant compte du processus répressif du dirigeant chinois, il prévient : « Toute entreprise qui investit aujourd’hui en Chine doit mesurer le risque élevé. En outre, les entreprises doivent savoir assez tôt que nous ne serions pas prêts à les sauver si elles prennent un haut risque dans des pays comme la Chine. » Friedrich Merz se montre aussi critique concernant la non-réciprocité des relations économiques : « l’État doit définir un cadre clair en matière d’investissements et de commerce pour les ressources et les biens stratégiques importants de sorte à ne pas retomber dans des dépendances dangereuses, comme pour le gaz russe. » Ce qui saute surtout aux yeux : Cette position ferme marque également une opposition claire vis-à-vis de la position de son prédécesseur au gouvernement, Olaf Scholz.
La politique chinoise de la coalition
Lorsque l’ancienne ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock a présenté la première stratégie germano-chinoise le 13 juillet 2023, cela pouvait déjà être considéré comme un signe avant-coureur que ce projet allait connaître le même sort que d’autres projets du gouvernement de coalition. Lors de l’annonce du projet, le chancelier, la ministre des Affaires étrangères et d’autres membres du cabinet étaient encore présents sur la scène. Pour la présentation du projet, seule Annalena Baerbock était présente devant la presse. L’objectif de la Chine ? Définir un cadre clair en matière d’opinions divergentes des différents ministères et partis de coalition et pour finir, servir d’indice ferme pour l’action gouvernementale. Élaborée sous l’égide du ministère des Affaires étrangères, cette stratégie réaffirme certes l’engagement envers la triade souvent citée de partenaire, concurrent et rivale systémique. Pourtant, on constate un glissement vers une attitude plus affirmée de l’Allemagne vis-à-vis de la Chine. Un point central de cette déclaration est par exemple le chapitre « Renforcement de l’Allemagne et de l’UE », dont les sous-titres tels que « Diversification des chaînes d’approvisionnement », « Risques sur le marché chinois » ou « Protection des infrastructures critiques » témoignent d’une attitude nettement plus prudente à l’égard des dépendances économiques et sécuritaires et des menaces potentielles.
Mais cette stratégie ambitieuse, qui porte en grande partie la marque du ministère des Affaires étrangères dirigé à l’époque par les Verts, a été rapidement contrecarrée par le comportement non concerté des autres partenaires de la coalition. Peu après, le chancelier Scholz s’est rendu en Chine avec une délégation de hauts représentants de l’industrie allemande et a réaffirmé au gouvernement chinois son opposition aux droits compensateurs négociés conjointement par l’UE sur les voitures électriques chinoises. Plus tard, Volker Wissing, alors ministre des Transports, s’est rendu en Chine et a signé une déclaration sur le transfert de données avec ce pays – selon les médias, il l’aurait fait de son propre chef et sans consultation préalable des autres membres du gouvernement. Dans le conflit autour de l’utilisation de composants Huawei dans le réseau 5G allemand, Scholz et Wissing ont également imposé leur ligne, contrairement aux avertissements des ministères de l’Intérieur, de l’Économie et des Affaires étrangères, en prolongeant de 2026 à 2029 le délai pour une interdiction totale des produits Huawei dans le domaine des infrastructures réseau. Si la première stratégie allemande vis-à-vis de la Chine, combinée à une stratégie de sécurité nationale, avait démarré de manière ambitieuse, sa mise en œuvre, à l’instar d’autres projets du gouvernement de coalition, a finalement échoué en raison de divergences au sein de la coalition.
Relations économiques germano-chinoises
En parallèle, lorsqu’on jette un œil à la balance commerciale entre l’Allemagne et la Chine, on observe une forte dépendance accrue de l’économie allemande des importations chinoises. Alors que la part des importations chinoises dans le domaine des terres rares était encore de 37 % en 2013, elle est passée à 91 % en 2023 (un an après la présentation de la stratégie chinoise). Dans d’autres domaines critiques pour l’industrie et l’approvisionnement public, tels que les matières premières et les minéraux ou les produits chimiques et pharmaceutiques, 75 % provenaient également de la production chinoise en 2023. En outre, certaines entreprises allemandes implantées en Chine font face à des obstacles divers. Dans le cadre de la devise « Une économie, deux systèmes », sur le marché chinois, les entreprises étrangères sont en concurrence dans certains secteurs avec des groupes semi-publics qui, grâce à d’importantes subventions, peuvent proposer des prix particulièrement avantageux et bénéficient ainsi d’un avantage concurrentiel. Dans certains secteurs économiques, il existe également ce que l’on appelle la « contrainte de coentreprise », qui oblige les entreprises à conclure un partenariat commercial avec un groupe chinois afin d’accéder au marché chinois. L’objectif de ces coopérations consiste à effectuer un transfert de technologie vers la Chine, dans le cadre duquel le savoir-faire des leaders européens, en particulier, est transmis aux entreprises chinoises.
Vers une nouvelle directive allemande ?
La nouvelle coalition de la CDU et du SPD peut-elle établir la politique rigide du chancelier vis-à-vis de la Chine ? Au sein du parti chrétien-démocrate, une prise de position écrite de la fraction illustre plus nettement la nouvelle rigidité envers la Chine. Il y est notamment question de l’ascension de la « Chine communiste [comme] défi central et historique du XXIe siècle ». Parallèlement à cela, on observe toutefois ici une divergence par rapport à la ligne suivie par le SPD en matière de politique étrangère. Au sein de la CDU, la ligne de Friedrich Merz est partagée et se démarque clairement de la politique d’Angela Merkel. Le parti déclare que le principe « la paix par le commerce » a échoué vis-à-vis de la Russie, mais aussi de la Chine, et qu’il est donc nécessaire de formuler clairement les intérêts européens dans les relations commerciales entre l’Allemagne et l’UE avec la Chine. Le SPD dirigé par Lars Klingbeil, qui a rencontré le ministre-président Li Qiang lors d’un voyage en Chine il y a deux ans, semble quant à lui continuer à entretenir des relations amicales et nettement moins critiques avec les dirigeants du parti et de l’État à Pékin.
En résumé, on observe que le nouveau gouvernement allemand souhaite se montrer beaucoup plus dur vis-à-vis de la Chine. Néanmoins, Friedrich Merz sera probablement confronté à un dilemme pendant son mandat de chancelier, car il a toujours mis en avant sa proximité avec le monde économique comme une qualification particulière, tout en semblant se concentrer sur la politique étrangère dans le cadre de ses fonctions. Mais son discours montre que Friedrich Merz est enclin à donner la priorité aux grandes stratégies de politique étrangère et à la minimisation des risques économiques globaux plutôt qu’aux intérêts commerciaux individuels. Étant donné que l’idée d’éviter de nouvelles dépendances semble s’être imposée dans certaines parties de Berlin, le gouvernement Merz devrait également mettre l’accent sur la sécurité européenne et une politique économique de « dérisquage » dans ses relations avec la Chine. Reste toutefois à savoir si le chancelier et les partis de la coalition parviendront à atteindre cet objectif.

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