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A l ‘Est, rien de nouveau ?

, par Alexandre Lémonon

Entreprendre un article sur l’Europe de l’Est n’est pas la plus simple des tâches. Celle entre autre de faire omission de certains aspects politiques et de relativiser quelques notions sur l’analyse. Parler d’Europe de l’Est n’est pas forcément le terme le plus approprié puisqu’il semble déjà ne pas être le plus adéquat pour parler des pays des élargissements de 2004, 2007 et 2013, objet de l’article.

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Parlons-nous d’Europe de l’Est d’un point de vue historique (donc du Bloc de l’Est pendant la Guerre froide et oublier la Croatie comme la Slovénie alors partie intégrante de l’ex Yougoslavie, Malte et Chypre), ou bien d’Europe de l’Est en géographie (sans prendre en compte une partie de l’Europe centrale). Parlons-nous d’ensemble de pays dans une vision purement économique ?

Cet article fera abstraction de ces différentes échelles d’analyse tout en conservant le recul nécessaire en usant du terme « nouveaux États membres ». Force est de constater qu’aux yeux de beaucoup d’européens, l’Europe qui se dessine à l’est de l’Allemagne et de l’Autriche est floue. Un imaginaire et une conscience conçue par l’Histoire et la division de deux ensembles. Enfin, l’idée toujours ancrée dans les esprits de relations asymétriques au détriment des européens situé à l’est du continent.

Un ensemble vraiment euro-enthousiaste ?

Voilà le premier point de frictions entre les faits et la réalité. Il est fréquent d’entendre et de lire des analyses (politiques et médiatiques) faites sur ces pays. Le dénominateur commun par excellence est qu’il existe un vrai enthousiasme à l’égard de l’Union européenne. Un enchantement que l’on reporte très facilement sur la santé florissante des économies, la stabilité financière et l’enthousiasme des populations avec la consolidation de la démocratie et des droits fondamentaux.

Bien sûr, les européens dit de l’Est ressentent l’apport de l’Union et reconnaissent « l’effet européen » au quotidien. Un argumentaire que l’on pourrait décliner avec les effets positifs et quantifiables des fonds européens. En premier lieu la PAC pour des milliers d’agriculteurs et des infrastructures qui favorisent grandement la mobilité territoriale et régionale grâce à d’autres fonds européens. Pourtant, ce tableau idyllique mérite quelques nuances.

Les dernières élections européennes ont aussi prouvé qu’il existe un fossé (certes moins apparent que dans l’Europe des Quinze) mais qui montre un malaise aussi ancré. Malaise qui s’est d’abord exprimé par l’abstention, seulement 13 % de participation en Slovaquie, à peine plus de 18 % pour le voisin tchèque et 25 % pour la Croatie qui fêtera le 1er juillet son premier anniversaire dans l’UE. Des partis d’extrême droite comme le Jobbik en Hongrie et le KNP en Pologne prendront place au Parlement européen pour cette nouvelle mandature. Des prises de position que l’on peut attendre comme houleuse dans l’hémicycle aux côtés du FN.

En Bulgarie comme en Roumanie, la stigmatisation à l’égard des Rroms et le statu-quo sur les accords de libre circulation des personnes comme des travailleurs sur l’espace européen – Schengen – mécontente de plus en plus les populations et l’image d’ouverture de l’UE. Ce n’est pas les récents propos du commissaire à l’élargissement Štefan Füle qui aideront ces deux pays à entrevoir de meilleurs perspectives d’intégration.(1)

Le pari de l’euro (€) ?

C’est une vision classique que l’on peut entendre en Europe occidentale. Celle de concevoir une monnaie qui ne franchit pas la frontière allemande et autrichienne. L’euro ne s’est pas arrêté là. Si l’on tient compte de Chypre, ce sont 6 pays qui ont l’€ dans cette zone et d’ici 2015, la Lituanie suivra le pas. En choisissant d’adhérer à l’Union européenne, chacun de ces États a pris l’engagement d’avoir l’euro tôt ou tard. Les positions divergent d’un pays à l’autre mais le poids de l’Histoire est bel et bien ancré dans ce choix économique.

En Pologne, le złoty, monnaie polonaise est véritablement perçu comme un symbole national. Lors du démembrement du pays par les puissances voisines au XIXème siècle, cette monnaie continua de circuler. Aujourd’hui forte de son identité notamment face au rouble russe, elle pose de vifs débats nationaux et repousse l’adhésion du pays à la zone euro.

Pour d’autres pays, comme les États Baltes, le choix de l’euro est une priorité économique. C’est également un outil politique pour ancrer ces ex-républiques soviétique à l’Union européenne.

L’euro est donc en voie de devenir la monnaie régionale pour ces nouveaux États membres mais comme à l’ouest de l’Europe, l’opinion publique se montre sceptique et craintive sur les effets inflationnistes du changement de monnaie. L’euro n’est pas perçu de la même manière d’un pays à l’autre. A la fois outil d’intégration de l’Union européenne, l’euro clive les populations sur des questions nationales, d’identité et de pouvoir d’achat.

Le nouvel élan politique espéré pour l’Union européenne ?

Peut-on vraiment voir dans ces nouveaux pays une chance de renouveau politique au sein de l’Union européenne ? C’est en tout cas l’ambition de plusieurs d’entre eux. La Pologne et la Lituanie ont démontré qu’elles pouvaient influencer les priorités politiques européennes. Lors de leurs présidences respectives du Conseil de l’Union européenne (en 2011 et 2013), ces deux États membres ont sensiblement influencé les discussions sur le Partenariat Oriental et les relations de voisinage avec la Russie et des pays à l’image de l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie. Bien qu’il faille relativiser le succès des priorités politiques de certains nouveaux États membres, il faut voir également l’influence politique établie ou en cours à l’échelle institutionnelle.

Depuis 2004, les pays des récents élargissements n’ont jamais caché leurs volontés d’être mieux représentés. C’est le cas de la Présidence du Parlement européen. Un moment historique lorsqu’en 2009, l’eurodéputé polonais Jerzy Buzek, fut élu au perchoir du Parlement européen avec le soutien de nombreux pays de l’est. Un événement majeur symbole d’un renouveau politique et institutionnel européen.

A l’instant même se joue dans les couloirs des institutions des négociations poussées pour différents postes clés ou porte-feuilles. L’objectif étant bien sûr d’obtenir la meilleure ou la plus grosse part du gâteau. Jean Claude Juncker, nouveau Président de la Commission sait parfaitement qu’il devra s’entourer et confier des postes importants à de nouveaux commissaires de ces pays. Des rumeurs donneraient également l’avantage à une personnalité de l’est pour remplacer Catherine Ashton au poste de chef de la diplomatie européenne.

A l’instar de la Commission, la logique est similaire au Parlement européen, bien que l’institution soit davantage confrontée aux diverses sensibilités politiques, il existe également une solidarité et des choix politiques dans la dénomination de postes clés (notamment les Vice-Présidence mais également les postes-clés dans les différentes commissions parlementaires, centre névralgique de l’activité parlementaire). Fort de plus de 200 eurodéputé(e)s dans l’hémicycle, les pays des nouveaux élargissements ont forcément un poids dans les discussions et votes (bien que le vote par famille politique prime).

Sur le plan économique, le rattrapage et les mutations économiques entreprises depuis une décennie montre les premiers résultats. Le centre de gravité des échanges comme du dynamisme économique tend à se tourner vers l’Est de l’Union. Ce constat ne se fait pas sans conséquence puis qu’apparaît de plus en plus les bénéfices économiques pour l’Allemagne notamment dans le domaine des exportations.

Enfin, Il est facile de voir sur place à quel point l’usage des fonds européens et l’appui des institutions permet d’apporter une aide non négligeable dans le développement des infrastructures, des services et d’offrir de bonnes perspectives d’avenir. Des exemples qui succèdent aux rattrapages économiques de l’Espagne du Portugal comme de l’Irlande.

Existe-il une stratégie européenne de l’Est ?

Non, et l’actualité montre rapidement les défauts et mésententes possibles entre pays voisins. La Hongrie et la position de Viktor Orbán ouvertement eurosceptique s’écarte considérablement des attentes de plusieurs pays voisins. Les logiques nationales prennent le pas sur une possible alliance des nouveaux pays entrants. Sur des dossiers comme la crise en Ukraine, il est intéressant de voir les désaccords sur les sanctions européennes à prendre contre la Russie. Des données géopolitiques comme l’acheminement du gaz où les craintes de sanctions unilatérales de la Russie montrent les faiblesses d’unité politique régionale.

L’avenir nous le dira, mais un dossier peut sans doute les réunir à plus ou moins long terme, celui de bâtir une nouvelle communauté européenne de l’énergie. Cette communauté serait peut-être le terrain d’entente le plus adéquat pour une stratégie européenne à plus grande échelle.

D’autres solutions peuvent également favoriser les points de vue des pays des nouveaux élargissements, notamment par le biais de coopérations plus approfondies qu’elle ne l’est à l’heure actuelle. Le Triangle de Weimar (entre la France, l’Allemagne et la Pologne) et le Groupe de Visegrád (entre la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et la Pologne) peuvent apporter des solutions adaptées pour un meilleur leadership européen.

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Vos commentaires

  • Le 9 juillet à 21:20, par Robin Langlois En réponse à : A l ‘Est, rien de nouveau ?

    Il serait bon de souligner que ces pays mettent un point d’honneur à s’appeler « Europe centrale » et non « de l’Est », qui fait vraiment trop connoté guerre froide.

    Une part importante de la politique étrangère des Etats d’Europe centrale a été justement de balayer cette image Orientale pour retrouver leur qualité d’Européen, voir d’Occidentaux. Ce fut justement la raison de la création du groupe de Visegrad.

    J’ai vécu plusieurs années en Pologne et je peux dire que les Polonais et leurs voisins détestent qu’on appelle leur région « Europe de l’Est » ; ils vous répondront : « mais non, on est en plein centre de l’Europe » ! :-)

  • Le 11 juillet à 11:41, par Julien-E En réponse à : A l ‘Est, rien de nouveau ?

    Totalement d’accord avec vous Robin.

    Sauf que le centre géographique de l’Europe est situé à Vitsebsk Voblast, en Biélorussie. La Pologne est donc en Europe de l’Ouest !

    Il faut dire que ce site, malgré la qualité de ses articles et de ses prises de position, tend trop souvent à reprendre des idées fausses (« 80 % de la législation nationale vient de l’UE », « l’Europe de l’Est »...).

    Ce n’est pas une question de liberté d’opinion mais tout simplement de véracité de l’information ! La rédacteur de ce site devrait davantage questionner les affirmations gratuites des auteurs d’articles avant de les publier.

  • Le 15 juillet à 15:53, par Sylvain P. En réponse à : A l ‘Est, rien de nouveau ?

    Au risque de paraître répétitif parmi les derniers commentaires, je crois avoir lu du début à la fin l’article. Et je pense avoir compris de l’auteur toute la difficulté à rédiger un article sur les nouveaux membres de l’UE : l’usage du terme « Europe de l’Est » me parait assez bien nuancé et questionné.

    On aura toujours à dire sur la conscience des uns et des autres et la multiplication des idées fausses, mais là, je trouve qu’« affirmations gratuites » est un peu excessif, à vous de juger mais la presse dans sa globalité n’est certainement pas aussi attentive à ces termes familiers.

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