A la recherche d’une démocratie européenne

, par Théo Boucart

A la recherche d'une démocratie européenne
Le Parlement européen sera-t-il composé de partis réellement européens, en 2019 ? CC - European External Action Service

L’une des principales causes de la montée des populismes dans l’Union européenne est l’incapacité de celle-ci à combler le déficit démocratique résultant de la perte d’influence des Parlements nationaux. La démocratie supranationale aurait dû rééquilibrer les rapports de force. Or celle-ci n’existe pas, pour de multiples raisons.

Mercredi 15 novembre 2017 a certainement été un jour assez banal pour la grande majorité des gens, mais pas pour le Parti Populaire Européen (PPE). De nombreux eurodéputés issus de ses rangs ont eu la désagréable surprise d’apprendre que leurs collègues du Fidesz hongrois (le parti de Viktor Orbán) avaient publié un communiqué de presse soutenant le PiS, le parti au pouvoir en Pologne, contre la menace de Bruxelles d’activer l’Article 7 du Traité sur l’Union européenne. Cette disposition du Traité permet à la Commission européenne de suspendre les droits d’un pays membre ne respectant pas les valeurs fondamentales de l’UE, inscrites à l’Article 2 de ce même Traité. Dans le cas de la Pologne, la liberté d’expression et l’indépendance de la justice sont menacées. Le Parlement européen a voté le même jour une résolution condamnant les « violations sérieuses » de l’État de droit en Pologne et préconisant l’activation de cet Article 7. Le PPE est divisé sur la question à cause des eurodéputés du Fidesz, membre à part entière de ce « parti européen ».

Les partis réellement européens, grands absents du Parlement

Que nous apprend cette histoire ? Les tensions internes aux partis politiques et les discussions houleuses (il y en a certainement eu au sein du PPE cette semaine-là) ne sont-elles pas normales et révélatrices d’une démocratie pleine de vitalité ? Les choses sont bien différentes dans ce cas. L’UE est non seulement incapable de faire respecter l’État de droit dans ses pays membres mais il n’existe pas non plus de démocratie à l’échelle de l’Union qui puisse lutter efficacement contre les abus.

En regardant l’hémicycle du Parlement européen, on peut voir que les députés sont regroupés en « partis politiques » transnationaux correspondant plus ou moins aux tendances politiques nationales : les conservateurs du PPE, les sociaux-démocrates du PSE, les libéraux de l’ALDE etc. En observant de plus près, on s’aperçoit que ces groupes méritent n’importe quelle dénomination, sauf celui de parti politique européen ! Les partis nationaux qui les composent défendent parfois des positions très différentes. Le Fidesz en est un bon exemple, puisqu’au niveau européen, il appartient au même groupe que la Plateforme civique polonaise, très critique du PiS. Les autres « partis européens » ne sont pas en reste : le PSE fait coexister le PS français et le PSD roumain, dont le positionnement idéologique est beaucoup plus à droite. L’ALDE regroupe en son sein l’Open VLD de Guy Verhofstadt, résolument pro-européen et le VVD du Premier Ministre néerlandais Mark Rutte, qui s’est montré bien peu europhile durant la dernière campagne législative aux Pays-Bas.

Ainsi ces groupes politiques au Parlement européen sont en réalité de vrais patchworks peu cohérents qui montrent toutes leurs contradictions lors d’assemblées plénières où l’on voit des votes bien plus influencés par l’appartenance partisane nationale qu’européenne. L’existence de partis politiques représentant l’intérêt général européen est pourtant la condition sine qua non d’une véritable démocratie européenne.

Les États membres restent maîtres du « récit européen »

Alors pourquoi est-ce que des partis politiques européens ne sont pas représentés au Parlement de Strasbourg ? Parce que l’opinion publique européenne n’existe pas non plus. Lors des élections européennes, les considérations nationales sont prépondérantes dans le vote des citoyens européens. Les États membres ont par ailleurs tout intérêt à empêcher l’émergence d’une opinion publique transnationale. En maîtrisant le « récit européen », c’est-à-dire en écrivant l’histoire de la construction européenne en fonction de ce qu’ils veulent mettre en avant, les gouvernements nationaux ont donc une influence décisive sur leurs citoyens et peuvent s’attribuer le mérite d’un succès de l’Union ou rejeter la faute à « Bruxelles » dans le cas contraire.

Le nombre réduit de journaux et de médias européens et leur poids relativement faible comparé aux médias nationaux est aussi un facteur déterminant pour expliquer l’absence de cette opinion publique. Pourtant, à l’instar de partis politiques européens, ils sont nécessaires à la création d’une vie démocratique véritablement européenne. Dès lors, que peut-on faire pour encourager l’émergence, très longue certainement, de cette démocratie et ainsi pérenniser le projet européen ?

Du changement pour 2019 !

Les détracteurs de cette idée répliqueront justement que cela prendrait énormément de temps et que ce serait par conséquent utopique. La création de la démocratie supranationale européenne devrait prendre plusieurs décennies effectivement, mais n’est-ce pas ce qu’il s’est passé en France au XIXème siècle ? Entre la prise de la Bastille en 1789 et l’instauration de la IIIème République en 1870, la démocratie a dû affronter de nombreux changements institutionnels dans un pays composé de plusieurs régions à l’identité affirmée et où le sentiment national n’était pas encore puissamment ancré dans les esprits.

Mais si le début de ce (long) processus avait lieu aux élections européennes de 2019 ? L’idée de remplacer les 73 sièges des eurodéputés britanniques par une liste transnationale où des partis européens débattraient des problèmes concernant les 507 millions de citoyens de l’Union serait un très bon début. Ces nouvelles formations transnationales coexisteraient avec les groupes existants au Parlement européen et pourraient acquérir de l’importance à mesure que la liste transnationale concernerait de plus en plus de sièges au Parlement. Il existe une opportunité avec le départ du 3ème pays le plus représenté dans l’hémicycle européen qu’il serait bien dommage de gâcher.

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