A Tallinn, associer pleinement le numérique à la « refondation européenne »

, par Théo Boucart

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A Tallinn, associer pleinement le numérique à la « refondation européenne »
Conférence de presse de Jean Claude Juncker et de Jüri Ratas, le Premier Ministre estonien CC - Wikimedia Commons

Lors du sommet informel du numérique organisé dans la capitale baltique, les dirigeants européens ont voulu se pencher sur une stratégie commune dans ce secteur absolument primordial. Malgré l’interférence de l’actualité européenne, le Président Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse durant laquelle il a décliné ses propositions sur le « chantier numérique européen ». Un sujet qui mérite néanmoins bien plus que des déclarations d’intention.

A peine le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne digéré, les chefs d’États et de gouvernements des 28 se sont retrouvés dans la très jolie ville de Tallinn, la capitale de l’Estonie, pour tenter de dégager une feuille de route dans les domaines de l’économie, de la transparence et de la sécurité numériques. Ce sont des thèmes que l’Estonie considère comme les priorités de sa présidence du Conseil, elle qui opère une mutation digitale de son administration ainsi que de son économie et qui a subi en 2007 une cyberattaque d’ampleur inédite probablement pilotée par le Kremlin.

« D’aucuns craignaient que le thème du numérique ne soit relégué au second rang »

En début de semaine, d’aucuns craignaient que la thématique chère à l’Estonie ne soit éclipsée par les faibles progrès dans les négociations du « Brexit » et par les tensions entre Madrid et Barcelone en vue du référendum d’autodétermination catalan organisé dimanche. De plus, un dîner informel était organisé jeudi soir au cours duquel le Président français a exposé une nouvelle fois son projet de réformes européennes, un projet accueilli favorablement par ses homologues, malgré des réticences diverses. Dans ce contexte, on pouvait effectivement craindre que le thème du numérique soit relégué au second rang.

Ce ne fut heureusement pas le cas et à l’issue du sommet, Emmanuel Macron a présenté ses propositions dans le domaine du numérique après la conférence de presse commune de Donald Tusk, le Premier Ministre estonien Jüri Ratas et Jean Claude Juncker. Une feuille de route ambitieuse, répondant aux principaux défis posés par son développement effréné et parfois anarchique, mais qui doit être pleinement mise en œuvre pour faire réellement changer les choses. Ainsi, en concertation avec la Présidente estonienne Kersti Kaljulaid et Jüri Ratas, le Président de la République a évoqué quatre sujets : le marché unique du numérique, la transparence, la lutte contre la fracture du numérique et la cybersécurité.

Une feuille de route répondant aux défis posés par le numérique

Le volet économique et sécuritaire du « chantier numérique européen » devrait obtenir le plus d’adhésion au sein des 28 membres de l’Union. La dimension digitale et innovatrice de l’économie européenne est présente depuis plus de quinze ans avec notamment la Stratégie de Lisbonne de 2000 ou plus récemment la proposition du « digital single market » en mai 2015. L’Union européenne accusant un important retard face aux États-Unis dans ce domaine, l’achèvement du marché unique, via notamment l’harmonisation des législations en la matière, doit permettre un rattrapage considérable de ce retard.

La cybersécurité s’est aussi imposée ces dernières années face aux interférences dans les processus électoraux aux États-Unis et en France notamment. La sécurité des données personnelles et sensibles doit absolument se décider au niveau européen pour être vraiment efficace face à des hackers souvent au service d’États comme la Russie ou la Corée du Nord. Des failles des systèmes de sécurité informatique sont régulièrement révélées et l’Estonie n’est pas épargnée malgré son avance dans le domaine.

La transparence des plateformes numériques risque de poser plus de difficultés. En effet les pressions des grandes entreprises d’internet seront certainement très fortes, notamment face à la « taxe GAFA » (acronyme formé par les noms des principaux groupes : Google, Amazon, Facebook, Apple), un projet porté par Emmanuel Macron et Bruno Le Maire pour imposer le chiffre d’affaire dans un pays donné au lieu de l’ensemble du bénéfice, plus facilement transférable dans un pays européen appliquant un taux d’imposition très avantageux. Sur cette question, l’Irlande et le Luxembourg menacent de bloquer toute proposition menant vers plus d’harmonisation fiscale, malgré le ralliement à la proposition française de 19 pays de l’Union.

La réunion des ministres européens des télécommunications, avancée à octobre, sera l’occasion d’avancer sur des propositions concrètes dans les sujets abordés lors de ce sommet numérique, le premier de l’Histoire et le point d’orgue de la présidence estonienne, notamment sur la taxation des géants du web. Le numérique, de par ses implications économiques, politiques et sociales, doit impérativement trouver une place centrale dans la loi européenne et particulièrement dans le projet de « refondation européenne » du Président Macron qui se présente comme le champion de l’Europe qui avance. Il ne devra pas relâcher ses efforts pour faire des propositions concrètes et ambitieuses.

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