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Andrus Ansip, un commissaire pour la cyber-Europe

, par Julien Deves

Si l’on peut s’étonner de voir certaines candidatures à demi-mot « recalées » puisque non conformes à l’esprit de l’Europe, il faut se réjouir de voir un réformiste tel qu’Andrus Ansip arriver au poste de Vice-président au Marché numérique.

Le futur commissaire estonien, Andrus Ansip, nommé à la vice-présidence et chargé du Marché numérique unique, a remporté l’adhésion lors de son audition au Parlement européen - European Parliament

Auteurs

  • Etudiant en Histoire à Bordeaux, j’écris actuellement un mémoire sur les tentatives réformatrices dans les systèmes d’assurances sociales en France et en Suède. Secrétaire général du Mouvement des Libéraux de Gauche et candidat aux élections européennes pour le Parti Fédéraliste Européen.

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Ancien premier ministre libéral, du Parti de la réforme en Estonie, il a prouvé sa volonté de faire dépasser à l’Estonie le statut d’ « ex-pays du bloc soviétique » pour pleinement intégrer le modèle occidental. Tout d’abord, il a mené une politique active de libéralisation, engendrant une forte croissance et permettant par la suite la modernisation des infrastructures. Par exemple, la 4G est déjà bien ancrée sur le territoire estonien, tout comme dans les pays scandinaves, et les Estoniens recevront bientôt la 5G. Il modernise également l’accès aux administrations (signature électronique dès 2005, vote électronique en 2011). Cette politique, qui a subi de plein fouet les effets de la crise de 2008, a pourtant permis à l’Estonie d’obtenir le plus faible taux d’endettement public de l’Union européenne de 2010 à aujourd’hui, et lui a permis d’accueillir des grands noms de l’Internet mondial : Kazaa, au début de l’année 2000, l’un des premiers systèmes de partage (Peer-to-Peer) populaire sur réseau décentralisé, et skype. Cet été, l’Estonie a d’ailleurs implanté sur son sol le centre de cyberdéfense de l’OTAN.

Du groupe ADLE, sa place en tant que vice-président au Marché numérique unique semble naturelle, voire même acquise au sein de la Commission Juncker. Son audition a confirmé que son poste était taillé sur-mesure pour cet homme d’expérience. Affichant sa volonté d’ouvrir le marché numérique en dépassant les 28 législations existantes, il souhaite faciliter l’accès des PME au marché européen, priorité s’il en est essentielle à l’heure de la monnaie unique. Il souhaite dans ce sens redonner du dynamisme aux entreprises familiales face aux grandes entreprises qui, elles, profitent de cette multiplicité de législations et en jouent. Plus remarquable encore, son engagement sans aucune mesure pour le logiciel libre, contrastant avec les positions de l’allemand Günther Oettinger déjà commissaire européen à l’énergie depuis 2010.

Mais voilà, Günther Oettinger est commissaire, et Andrus Ansip, vice-président. Il sera alors intéressant de constater les différences de points de vue dans l’action de ces deux commissaires, chargés tout deux de l’économie numérique, en se réjouissant que la situation n’ait pas été inversée.

Andrus Ansip est néanmoins conscient de la difficulté de cette tâche, vu le blocage des Etats-Nations, préférant “l’Union sans frontière”. Et c’est bien là que le bât blesse, s’il affirme en effet son engagement ferme, il ne semble avoir que bien peu de moyens pour contraindre les Etats à accepter de laisser la place à l’Europe. De même, il a réaffirmé son engagement pour ACTA à plusieurs reprise, en avouant que c’était “un problème de négociation plus que de fond” et “une bonne solution pour la défense du droit de propriété en Europe”. Une prise de position qui pourrait lui poser problème dans la défense des libertés numériques, notamment sur la question des données personnelles. Quant au TIPP, il n’aborde pas le sujet, préférant esquiver la question sur les négociations avec les Etats-Unis.

Prenons-nous cependant à rêver, que l’Estonie inspire ses voisins européens, que le droit à l’oubli sur internet existe de manière effective mais que comme l’a affirmé le vice-président « les citoyens n’oublient pas et c’est bon pour la démocratie », qu’un jour nous aurons tous un statut d’e-résident européen à la manière de l’Estonie dans une Europe qui défend les données personnelles de la génération citoyenne du numérique.

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Vos commentaires

  • Le 10 octobre 2014 à 11:58, par Kolkoleos En réponse à : Andrus Ansip, un commissaire pour la cyber-Europe

    Après avoir lu cet article il me semble risible de croire aux vertus auto-correctrices du libéralisme quand l’on voit les contradictions de fonds sur les problèmes cruciaux relatifs à la Révolution Numériques et la Société de l’Information.

    Un statut d’e-resident est vide de sens, au surplus européen, puisque le protocole TCP/IP ne donne que par exception les adresses géographiques des utilisateurs. Cette division ne vaut pas l’effort soit d’un nouveau protocole soit d’un web-tracking liberticide et est in fine inutile. Inutile car ce statut ne saurait en rien protéger efficacement les données personnelles et inutile car un règlement européen qui devrait sortir fin 2014 va normalement régler le problème des données personnelles et notamment grâce au droit à l’oubli numérique et à la mobilité des données.

    Au surplus, il me paraît tout simplement absurde de prétendre protéger les données personnelles et de se faire le fer de lance de la démocratie - à l’instar de M. Ansip - et dans le même temps d’avoir soutenu ACTA qui est le projet le plus liberticide au niveau des libertés numériques qui n’ai jamais vu le jour en Europe. ACTA était un pur produit libéral, qui, par un tour de force rhétorique, a essayé de faire croire que les intérêts des industries se fondaient aux intérêts du peuple et donc de la démocratie. Le problème a été un problème de fond, désolé M. Ansip, car je me souviens bien d’avoir entendu le peuple s’insurger contre ce tissu de lois policières servant les classes dominantes.

    Ces atrocités montrent bien la vision qu’a Ansip du libéralisme : La sécurité de la minorité doit passer par le sacrifice de la liberté de la majorité.

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