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Après le « Brexit », quel projet pour l’Union européenne ?

« Explique moi papa, c’est quand qu’on va où ? »

, par Aurélien Brouillet

Les Britanniques ont tranchés. Ils ont majoritairement estimé qu’il fallait « Leave the European Union ». Il ne s’agit pas ici de critiquer le vote ou la campagne aussi calamiteuse et mensongère fut-elle, mais de prendre acte du choix démocratiquement exprimé. La question n’est plus le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne mais l’avenir d’une organisation plongée dans l’incertitude la plus complète, contestée dans son principe et incapable de porter un projet politique clair. En bref, et pour reprendre Renaud, après le Brexit, « C’est quand qu’on va où ? »

Après la proclamation des résultats du référendum, les partisans du Remain ont battu le pavé dans plusieurs villes du pays. Le choc du Brexit n’a pas simplement ébranlé l’archipel, la secousse a également atteint le continent et l’Union doit à présent se réinventer. - Sam Greenhalgh (CC/Flickr)

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L’impensable devenu réalité, le traumatisme de la sortie britannique

Electrochoc. C’est le mot qui paraît le plus approprié pour décrire la situation européenne au matin du 24 juin lorsque les résultats définitifs se font connaitre et que le Royaume-Uni décide à 51,9% de quitter l’Union européenne. Tout comme pour les élections générales de 2015, les instituts de sondages ont été incapables de prédire la sortie. Pourtant, force était de constater que la relation entre Royaume-Uni et Union européenne a toujours été très loin d’une idylle. La multiplication constante des « opt out » notamment pour la convention de Schengen faisait du Royaume-Uni un pays à statut particulier moins intégrés sur certains points que les voisins non-membres comme la Suisse ou la Norvège.

Et pourtant, le choc est brutal et lourd de conséquences. Sur le plan symbolique tout d’abord et peut être avant tout, l’attractivité et la stabilité de l’Union européenne en prend un coup. D’organisation la plus intégrée du monde, au développement qui semblait, jusqu’à 2005 tout du moins, inéluctable dans un contexte de mondialisation accélérée, l’Union européenne redevient par le Brexit une simple instance de coopération internationale instable. Les marchés ne s’y sont pas trompés puisque la note de l’Union européenne a été baissée et l’euro a plongé. Pire encore, le Brexit est le signe que l’Union, à tort ou à raison, n’est plus vue comme utile, bénéfique aux États qui en sont membres.

Sur le plan économique et politique, le choc est avant tout britannique. Démission en cascade de politiques empêtrés dans leurs mensonges et incapables d’assumer leur actes, changement de premier ministre dans des conditions digne d’un mauvais épisode de série télévisé, chute de la livre sterling qui est désormais plus volatile que le bitcoin, flambée des violences racistes... bref, on est bien loin du « Keep Calm and Carry On » cher à la couronne. Au lendemain du scrutin, le pays est plus divisé que jamais. Entre le réveil des velléités sécessionnistes des Ecossais et des Irlandais du nord, la consommation de la rupture entre une classe laborieuse rurale et une classe moyenne aisée urbaine, le sentiment de trahison d’une jeune génération déçue par les choix de ces aînés, le Royaume-Uni est entré dans une crise de société généralisée qui ébranle jusqu’aux fondations de ce pays construit sur des traditions séculaires.

Le Brexit en ce sens est un traumatisme pour l’Europe en ce qu’il est une remise en cause frontale du projet européen mais surtout pour le Royaume-Uni dont le sort est désormais bien incertain. Faut-il dès lors perdre espoir et acter la fin de l’aventure européenne ? Loin s’en faut !

Les vertus insoupçonnées d’un désastreux calcul politique national

« Il y a de la joie sur fond de tristesse » pour reprendre Raymond Devos. Malgré un impact négatif évident, le Brexit n’est pas dénué de vertus. La première, évidente, c’est qu’il a remis l’Europe au cœur des débats. A l’heure où le débat politique national écrasait la question européenne y compris pour des enjeux devenus par la force des choses transnationaux, comme l’emploi, le Brexit nous rappelle à notre condition européenne. Certes, ce n’est pas la meilleure publicité qui soit pour l’Union, néanmoins, cela va forcer chaque partis à se positionner, clairement, sur la question et notamment en vue des élections de 2017 pour le cas français

La seconde conséquence positive du Brexit est presque pédagogique. « L’Europe existe, les Anglais l’ont rencontrée » titrait le quotidien Le Monde. La crise qui touche de plein fouet le Royaume-Uni vient nous rappeler l’utilité oublié par beaucoup de l’Union européenne. Et ce alors même que le pays était très loin d’être pleinement intégré. Le Brexit devient alors un outil efficace de pédagogie par l’exemple. Aucun parti ou responsable politique ne peut aujourd’hui affirmer que la sortie de l’Union européenne est indolore et peut être à court terme positive. Force est de constater que la conséquence principale du Brexit est un chaos sans précédent. Voilà donc la classe politique européenne obligée de se positionner sur l’Union européenne et de constater l’inefficacité, à court terme tout du moins d’en sortir.

Reste alors deux options : le statut quo ou la réforme. Et ce doit être la troisième vertu de ce Brexit que de pousser vers une réforme des institutions. Même si les critiques adressées à l’Union était pour la plupart mal fondées, même si la campagne s’est déroulée dans une atmosphère nauséabonde frôlant le racisme et la xénophobie pure, ce vote doit être un signal d’alarme pour les institutions européennes. Depuis 2005 et le refus français et néerlandais du traité établissant une constitution pour l’Europe, il n’a pas été suffisamment fait pour corriger les maux déjà pointés du doigt à l’époque. Distance des technocrates bruxellois, complexité byzantine des institutions et des procédures, impossibilité d’avoir une prise de position claire en l’absence de consensus voilà les questions au cœur du rejet populaire auquel fait face le projet européen et surtout absence d’un projet d’avenir. Si le traité de Lisbonne ou encore le recours à des candidats à la présidence de la Commission sont autant d’avancées positives, l’effort à produire est encore colossal. Le Brexit vient nous le rappeler et porte en germe une négociation des traités, taboue depuis le traité de Lisbonne.

Le choc passé, le départ du Royaume-Uni n’est pas dénué d’intérêt. Il remet l’Europe au coeur des débats politiques nationaux, offre un bon exemple de ce que signifie réellement être dans l’Union européenne et peut permettre de sortir d’un statu quo devenu insupportable et dommageable.

Et maintenant, quelle direction et quel agenda pour l’Union ? C’est quand qu’on va où ?

La remise en question de notre Union par les Anglais doit permettre l’émergence d’un nouveau projet européen. Ce dernier devra être clair, susceptible de faire enfin entrer notre continent dans le siècle de la mondialisation, défendu par les politiques nationaux et accepté par la population européenne. Ce projet ne peut être celui d’une implosion de l’Union européenne. Qu’on le veuille ou non, la mondialisation est un fait qui s’impose à nos vieux États-nations qui ne font plus le poids. Pensez que la fin du chômage en France passera par un retour aux frontières, c’est oublier complètement le monde qui nous entoure. Le statu quo n’est pas non plus souhaitable et l’Union européenne ne peut rester une simple organisation internationale sans volonté politique propre. A l’heure où des pseudos-intellectuels incapables d’imaginer une démocratie et une souveraineté hors de l’État-nation veulent faire le pari d’une Europe des nations inféodée à la Russie, nous devons faire le choix d’un projet résolument moderne sans être utopique. Le choix d’une Europe fédérale.

Cela passe par un nouveau traité, véritablement constitutionnel, court et précis qui jetterait les bases d’un État européen sans pour autant préjuger de sa politique. Un tel projet est pour beaucoup tabou depuis l’échec de 2005. Mais c’est à mon sens tirer les mauvaises leçons d’un rejet avant tout national. Les crises qui se multiplient depuis 2008 qu’elles soient économiques, sécuritaires ou humanitaires ont mis en exergue les défauts d’une Europe critiquée et divisée dans un monde multi-polarisé. Le choc britannique doit permettre de faire renaître un vrai débat sur l’avenir de notre continent et le fédéralisme vu pour beaucoup comme un idéalisme utopique doit s’imposer comme un projet exigeant d’avenir. Prenons la direction d’une Europe unie dans sa diversité qui tout en s’assumant sur la scène mondiale ne bouleverse pas les identités dans leur multiplicité.

Reste à savoir quand est ce que l’on part ? Quel agenda pour l’Union ? Le plus tôt sera le mieux. L’incertitude qui règne, amplifiée par le Brexit ne peut qu’être dommageable. Économiquement tout d’abord, la fébrilité des marchés nuit aux investissements qui seraient pourtant bien utile à l’heure d’un chômage de plus en plus massif tout comme aux capacités d’endettement des États. Politiquement, les Britanniques doivent assumer les conséquences de leurs choix. L’article 50, qui ne peut être mis en œuvre que par le Royaume-Uni et permettra réellement la sortie de l’UE doit être mis en œuvre le plus tôt possible. C’est aux institutions mais aussi aux États européens de faire pression pour s’assurer d’une sortie rapide. Ce sera alors une occasion de redéfinir le projet européen et de renégocier des traités ambitieux avec à l’horizon 2030 la constitution d’un véritable État européen.

Finalement, restons optimistes et profitons de l’occasion que nous donne les Anglais pour nous poser les bonnes questions et transformer notre Union européenne.

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Vos commentaires

  • Le 18 août à 03:01, par Tnemessiacne En réponse à : Après le « Brexit », quel projet pour l’Union européenne ?

    Je sais pas si je serais « édité » mais il est important de dire que : les titres du taurillon devraient être plus engageant. Nous sommes face à l’histoire et beaucoup de regrets n’ont pas besoin de beaucoup de terreau. En regardant sur YouTube un extrait du discour de Bayrou vis à vis référendum 2005. . Le 1er argument c de se dire si on fait pas l’europe on sera dépassé par le reste du monde, on sera un état du tiers monde. Il faut en prendre conscience. L’europe a atteint un stade de mensonge et d’hypocrisie très poussé qui ne conduit qu’à une moindre croissance féconde d’inégalités.

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