Après Rome quel avenir pour l’Europe ?

Entretien avec Pier Virgilio Dastoli, président du Mouvement européen - Italie

, par Xavier de Raulin

Après Rome quel avenir pour l'Europe ?

Après le soixantième anniversaire des Traités de Rome le 25 mars, et les marches pro-européennes qui l’ont accompagné dans la capitale italienne et partout en Europe, retour sur l’histoire du Mouvement européen et questionnements sur l’avenir de l’Europe avec Pier Virgilio Dastoli, président du Mouvement européen - Italie.

Le Taurillon : Quand le Mouvement européen - Italie a-t-il été créé ?

Pier Virgilio Dastoli : Le Mouvement européen - Italie a été créé en 1948 après le Congrès de l’Europe à La Haye comme section italienne du Mouvement européen international. Il a exercé une fonction importante dans la phase préparatoire de la Communauté européenne de défense (CED) et à l’occasion de la Conférence de Messine. Il a rassemblé notamment les partis politiques pro-européens, les syndicats appartenant à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), et les organisations fédéralistes. Son action a été relancée en 1956 avec un acte de refondation. Le Mouvement européen est né en tant qu’espace de dialogue et de mobilisation du monde politique, économique et social dans la perspective de l’unité politique de l’Europe sur une base fédérale. Il rassemble actuellement en son sein, mais aussi via l’alliance pour la citoyenneté active et la coalition “cambiamo rotta all’Europa”, plus de cent associations.

Le Mouvement européen- Italie a-t-il participé à la “Marche pour l’Europe” du 25 mars ?

P-V D : Le Mouvement européen – Italie, avec d’autres sections nationales du Mouvement européen International, a organisé les 23 et 24 mars des initiatives académiques, une conférence VIVO-EU avec des jeunes, et un grand forum dans l’Aula Magna de La Sapienza. Il a participé à la « Marche pour l’Europe » le 25 mars, dans les rues de Rome.

Que pensez-vous de l’idée d’une Europe à deux vitesses ?

P-V D : On ne pourra pas avancer à 27 et encore moins à 28 pour réaliser la finalité fédérale, et il faudra le faire « entre ceux qui voudront ». Il faut travailler sur l’idée d’une Europe à deux cercles : une Europe intégrée politiquement dans le domaine économique, social, de la sécurité et de la défense, et une Europe plus large comme espace économique sans frontières. La méthode des coopérations renforcées et la méthode ouverte de coordination n’ont pas fonctionné, mais il faut éviter l’Europe à la carte. On pourrait envisager d’adopter un protocole à 19 ou moins pour l’Eurozone, afin de compléter l’UEM dans les domaines monétaire, bancaire, fiscal, financier et social. On pourrait aussi créer une coopération structurée dans le domaine militaire mais comme étape vers une Communauté fédérale. L’Europe à plusieurs vitesses risque au contraire de se transformer en Europe à la carte.

Quelles sont les raisons de l’augmentation du sentiment europhobe en Italie ? Il est vrai que les souverainistes sont devenus plus forts en Italie comme dans d’autres pays mais ils sont encore minoritaires. Au fond, leur consensus est fondé sur le fait que les gouvernements réunis au niveau européen n’ont pas été capables de donner des réponses communes à des problèmes communs. Au niveau national, ces gouvernements sont prisonniers du langage des souverainistes.

Comment réconcilier les citoyens avec le projet européen ?

P-V D : Il faut en premier lieu réaliser des projets européens concrets, apportant de réels bénéfices : un revenu minimum d’inclusion, un instrument contre le chômage des jeunes, un Erasmus pour tous, un Service Civil Européen, un « plan Marshall » pour l’Afrique, un Procureur européen pour lutter contre le terrorisme et la criminalité internationale.

Mais il faut aussi une méthode et un agenda pour changer l’Union. Nous proposons qu’un « Congrès constituant » soit élu en mai 2019 avec le mandat de rédiger une Loi Fondamentale pour créer une Communauté fédérale et que cette Loi soit soumise à un référendum paneuropéen.

Propos recueillis par Xavier de Raulin

Vos commentaires

  • Le 3 avril à 07:58, par Thomas En réponse à : Après Rome quel avenir pour l’Europe ?

    Bonjour,

    Cela fait plus de 50 ans que l’Europe emmène les pays membres droit dans le mur. Vous soulignez que les gouvernements n’ont pas été capables de donner des réponses communes à des problèmes communs. Excellente observation puisque chaque pays a ses spécificités (géographique, politique, culturelle, économique...). Alors comment imaginer un seul instant qu’une solution (commune !) puisse régler le moindre problème ? C’est une illusion.

    De surcroît, vous évoquez une méthode et un agenda pour changer l’Union. Comment voulez-vous mettre d’accord 27 gouvernements ( sinon 28 !) à l’unanimité pour changer la moindre virgule de la constitution européenne ? Le postulat utopique que l’union fait la force ne s’applique pas à l’Europe puiqu’elle est inefficace ! Vous énumérez vous-mêmes les quelques preuves de cela : revenu minimum d’inclusion insuffisant, chômage des jeunes.

    Sauf que les grandes orientations de la politique économique du 18 Mai 2016 et imposées par Bruxelles définissent déjà ce qui doit être appliqué concernant le droit du travail. Par exemple : « il convient que le salaire minimum continue d’évoluer d’une manière propice à la compétitivité et à la création d’emploi ». Appelons un chat un chat, les revenus vont continuer de chuter.

    Ne pas être pro-européen ne signifie pas qu’on n’aime pas les autres peuples, au contraire. C’est apprécier ses voisins pour leurs différences, leurs spécificités. Souverainiste ? Ce n’est pas une définition à la hauteur de l’enjeu. C’est avant tout la liberté pour un peuple de décider de son avenir, c’est la démocratie.

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