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Bayer - Monsanto : Et si l’Union européenne empêchait la fusion ?

, par Robin Alves

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La fusion des deux grands groupes de chimie et de biotechnologies agricoles suscitent des inquiétudes. Les consommateurs européens veulent des garanties quant au respect des réglementations européennes en vigueur. L’action de la Commission européenne est très attendue sur ce dossier.

Le 21 mai dernier, la marche annuelle contre Monsanto a rassemblé des milliers de personnes dans plus de 500 villes dans le monde - CC Flickr / Die Grünen Kärnten

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La fusion Bayer - Monsanto : une bonne chose ?

Mercredi 14 septembre dernier, coup de tonnerre : le géant allemand de la chimie et des pesticides Bayer rachète Monsanto, le colossal groupe américain de semences pour un montant estimé à 59 milliards d’euros. Ou plutôt, ces deux grands groupes se sont entendus sur le rachat du second par le premier. Bayer, bien que très endetté, notamment par le rachat en 2014 pour 11 milliards d’euros du département des médicaments sans ordonnance de Merck & Co a pourtant réalisé la plus grosse acquisition de l’histoire d’un groupe allemand. C’est une domination sans partage qui s’opère avec la maîtrise de l’ensemble de la chaîne alimentaire agricole, de la terre jusqu’à l’assiette du consommateur. La fusion vise 23 milliards d’euros de chiffres d’affaire pour le travail de 140 000 employés. Cette politique de Bayer est l’œuvre de son nouveau PDG Werner Baumann, élu en mai dernier. Il souhaite miser sur le développement de la branche agricole avec la volonté de « nourrir une population mondiale en plein boom démographique ». Le groupe allemand prend la main sur les brevets de Monsanto, y compris ceux qui concernent les organismes génétiquement modifiés (OGM). Bayer s’intéresse aussi à l’agro-technologie. Un modèle d’agriculture moderne à l’américaine, dont Monsanto est un grand spécialiste. Ainsi, le mariage permettra d’augmenter le budget Recherche & développement du groupe.

L’opposition des agriculteurs et des consommateurs !

Ne soyons pas dupes, l’objectif de cette transaction est de maximiser les profits. Le rachat attire donc les curiosités et suscite les critiques. Monsanto souffre d’une mauvaise réputation. Une journée mondiale d’action contre Monsanto fédère chaque année des milliers de personnes. Le produit phare de Monsanto, le Roundup, un herbicide composé de glyphosate, est au centre des contestations. Ce dernier est le pesticide le plus utilisé en Europe et pourrait être cancérogène. De fait, de nombreux acteurs de la société civile craignent que cette alliance se fasse aux dépens des agriculteurs et des consommateurs. Les premiers redoutent que ce nouveau géant s’impose comme le seul fournisseur d’engrais, de semences et de pesticides. « Nous ne pouvons laisser cette fusion redessiner le paysage de notre avenir » a protesté la puissante association des fermiers américains, National Farmers Union.

En Allemagne, l’utilisation des OGM dans des champs hors recherche a été interdite en 2009. La société civile allemande est méfiante, soucieuse de la préservation de la santé et de l’environnement. L’ ONG Compact ajoute : « L’acquisition de Monsanto signifie davantage d’OGM et de glyphosate dans les campagnes ». Même si Monsanto et Bayer prétendent pouvoir nourrir la planète, seules les personnes avec des moyens adéquats pourront acquérir les produits proposés. En étant quasiment en position de monopole, le groupe pourra fixer ses propres tarifs. La majorité des agriculteurs restera marginalisée. La confédération paysanne s’inquiète de la « mise sous dépendance des paysans qui n’auront plus d’autres choix que d’acheter les produits de ce nouveau monstre ». Et tout cela à un moment où l’agriculture doit faire face au défi de l’accroissement démographique et du changement climatique. Les Nations Unies évoquent une augmentation de 3 milliards d’habitants d’ici 2050.

Au secours l’Europe !

Dans ce contexte, la réponse sera Européenne. Sans même parler de la fusion, l’utilisation du glyphosate pose problème dans l’Union européenne. Si la France n’en veut pas, la position des autres pays membres est plus ambigüe. L’autorisation donnée jusqu’en 2012 a été prolongée jusqu’en 2015, puis jusqu’en 2016. Et finalement le 28 juin dernier, le Commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, a annoncé une nouvelle prolongation de 18 mois pour cette molécule. L’influente commissaire européenne Margrethe Vestager, a déclaré que les agriculteurs doivent conserver le pouvoir de choisir leurs pesticides et leurs semences. La danoise suit ce dossier de près, comme celui du projet de fusion entre DuPont et Dowchemical. En réalité, la Commission européenne est la seule instance à pouvoir empêcher le rachat de Monsanto par Bayer, notamment par le biais de l’article 2 du règlement 139/2004 évoquant que « la Commission tient compte de la nécessité de préserver et de développer une concurrence effective dans le marché commun ». En d’autres termes, si le nouveau géant de l’agrochimie est susceptible de fausser ou de réduire la concurrence sur le marché intérieur européen, il ne pourra pas y opérer. De plus, une lettre signée par 55 eurodéputés a été envoyée à la Commission, évoquant que « le chiffre d’affaire total réalisé sur le plan mondial par Bayer et Monsanto est bien au-dessus du seuil des cinq milliards d’euros qui permet à la Commission de déclencher une enquête sur l’impact d’une telle acquisition. » Ils reprennent également le rapport du Centre pour la sécurité alimentaire (CFS) qui montrait qu’une telle fusion augmenterait le prix des semences. Déjà, dans un arrêt du 6 juillet 2010, la Cour de justice de l’UE avait refusé à Monsanto le droit d’étendre la protection d’un de ses brevets aux farines de soja argentin génétiquement modifié, importées en Europe. Mais une décision de la Grande Chambre de Recours de l’Office Européen des Brevets de mars 2015 a permis de faire avancer la cause des multinationales sur le brevetage du vivant.

Rien n’est fixe dans le temps. De nombreux acteurs poursuivent leur combat pour la préservation de la biodiversité, le respect de l’environnement et la santé des consommateurs. Il est temps pour la Commission européenne de poursuivre ses efforts et pour nos dirigeants nationaux de s’affranchir de la pression des multinationales. Ne serait-ce que pour notre bien-être quotidien.

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