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Berlusconi, retour sur un parcours unique au monde

, par Théo Barbe

Depuis le 27 novembre 2013, à 17h43, Silvio Berlusconi n’est plus sénateur de la République italienne. Accessoirement, il est désormais inéligible pendant deux ans et privé de son immunité parlementaire. Revenons sur une carrière politique unique et mouvementée. Une histoire à l’italienne.

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens - Sciences Po.

L’entrée en politique d’un entrepreneur pas comme les autres

Issu de la petite bourgeoisie milanaise, Silvio Berlusconi se lance dans l’entrepreneuriat assez rapidement, en visant deux secteurs qui feront sa fortune : la construction et la télévision. Il est à l’origine de Milano Due, l’un des premiers centres résidentiels modernes d’Italie, construit dans les années soixante-dix par sa société Fininvest. C’est également à ce moment là qu’il a l’idée de proposer une offre télévisuelle privée et plus importante que celle proposée par la RAI. En 1993, il fonde Mediaset, la société privée de télévision la plus importante dans le pays – et ce encore aujourd’hui. Son activité télévisuelle s’étend également à la France ou à l’Allemagne avec plus ou moins de succès. Depuis 1986, il est également propriétaire de l’AC Milan, une des grandes équipes du championnat italien et club le plus titré au niveau international. Il rachète également la maison d’édition Mondadori en 1990. En somme, au début des années 1990, il est déjà l’un des hommes les plus riches d’Italie.

C’est à ce moment là qu’il décide de se lancer dans la politique ; d’abord proche du Parti Socialiste Italien (PSI) – en raison de son amitié avec Bettino Craxi – il s’en éloigne lorsque les scandales, qui vont précipiter la fin de la première république italienne, coulent définitivement le parti, et le Président du Conseil d’alors. Fin 1993, il lance Forza Italia, le parti qui doit lui permettre d’arriver au pouvoir – avec un nom clairement inspiré du monde du football – et qu’il a récemment recréé pour obtenir un nouveau souffle en ces périodes difficiles. Allié avec la Ligue du Nord de Umberto Bossi, Silvio Berlusconi arrive pour la première fois au pouvoir le 27 mars 1994.

Quatre gouvernements et 3 340 jours de pouvoir

Son premier gouvernement ne dure que quelques mois, l’alliance avec la Ligue du Nord lui faisant défaut dès décembre. Il faut attendre 2001 pour voir Silvio Berlusconi revenir au pouvoir, lorsqu’il remporte à nouveau les élections législatives – à nouveau soutenu par la Ligue du Nord. Après une dure défaite aux élections régionales de 2005, il rend sa démission au Président de la République mais est rapidement nommé à nouveau chef du gouvernement. Le deuxième gouvernement de Berlusconi – de 2001 à 2005 – a duré 1412 jours et reste encore aujourd’hui le plus long et stable de l’Italie républicaine. Le troisième gouvernement du Cavaliere ne durera qu’un an, le temps d’arriver aux élections législatives de 2006.

Défait par Romano Prodi en 2006, Silvio Berlusconi, avec le Peuple de la Liberté (PDL), revient une quatrième – et dernière fois, a priori – au pouvoir. Contraint de démissionner en 2011 face à la pression populaire – et surtout internationale d’après le principal intéressé – il continue de diriger le principal parti d’opposition du pays. Le quatrième gouvernement Berlusconi dure plus de trois ans, entre 2008 et 2011, et est à ce titre le deuxième plus long de la République italienne. Cela montre bien que, malgré les nombreux problèmes de crédibilité nationale et internationale, cet homme politique a su conserver le pouvoir de manière inédite dans un pays atteint d’instabilité gouvernementale chronique.

La renaissance avant la fin ?

Donné pour mort par certains – les Italiens ont appris à être prudents à son sujet – Silvio Berlusconi revient fin 2012 en sauveur, dans un PDL en perdition qui peut vanter près de quinze points de retard dans les sondages. Il sauve littéralement le parti d’un naufrage annoncé, démontrant encore une fois à quel point son charisme, son côté hypnotique pourrait-on avancer, a toujours su faire et fait encore la différence. Si on rajoute à cela une gauche italienne qui a toujours préféré se lyncher mutuellement au niveau interne, on en arrive au résultat d’avril dernier. La droite arrive très proche du Parti Démocratique alors que le Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo crée une troisième force équivalente – sans toutefois en faire quelque chose de concret – au Parlement.

Les frasques et les faits divers liés à la vie politique de Silvio Berlusconi sont légion et il semble inutile de les rappeler un par un. Des lois ad personam promulguées pour lui et ses amis, aux révélations sur les soirées « bunga-bunga » d’Arcore, en passant par ses liens avec Marcello Dell’Utri, lui-même en lien avec des personnages siciliens peu fréquentables, l’ancien Premier ministre italien a su défrayer la chronique comme peu d’autres avant lui. Dans la mesure du possible, la justice italienne s’est emparée des très nombreuses affaires qui le regardent et il a été condamné définitivement – pour la première fois – par la Cour de cassation italienne le 1er août 2013 pour fraude fiscale.

Le vote de la semaine dernière marque ainsi une autre page de l’histoire politique de Silvio Berlusconi, le dirigeant qui a gouverné le plus longtemps l’Italie depuis qu’elle est devenue une République, en 1946. Quelle sera la prochaine, seule l’avenir peut le dire.

Il est trop tôt pour parler de fin, un chef de parti ne nécessitant pas forcément un mandat électif. Il a d’ores et déjà annoncé à ses nombreux partisans qu’il fallait plus que cela pour le faire renoncer à la politique. Et par ailleurs, comme il le faisait remarquer lui-même il y a quelques années, son ami Vladimir Poutine et lui se sont entrainés à souffler 120 bougies. Affaire à suivre donc.

Voir en ligne : Crédit photographique : Andres Ubierna

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