Brexit : les Britanniques échouent à trouver un accord…entre eux

, par Geoffrey Besnier

Brexit : les Britanniques échouent à trouver un accord…entre eux
Theresa May et Jean-Claude Juncker lors d’une conférence de presse sur les négociations du Brexit, le 4 décembre 2017 à Bruxelles © European Union , 2017 / Source : EC - Audiovisual Service

Alors que les négociations sur le Brexit ont commencé il y a maintenant six mois, un premier accord sur les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l’UE devait être trouvé lundi 4 décembre 2017. Les négociateurs des deux parties espéraient en effet clôturer ce premier cycle, afin de poursuivre avec les négociations commerciales que Londres attend impatiemment. Mais les oppositions internes au Royaume-Uni persistant, aucun accord n’a été trouvé.

« Malgré nos meilleurs efforts et des progrès significatifs, il n’était pas possible d’atteindre un accord complet aujourd’hui. » Ce sont les mots prononcés par Jean-Claude Juncker ce lundi 4 décembre 2017, au cours d’une conférence de presse expéditive. La brièveté devait être à la hauteur de la déception des deux parties après ce nouveau constat du blocage des négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE).

L’absence de « progrès suffisants »

Depuis le début des négociations liées au Brexit, les responsables politiques européens martèlent que les discussions ne porteront pas sur la future relation entre le Royaume-Uni et l’Europe après le Brexit et un éventuel accord de libre-échange, tant que les conditions du divorce n’auront pas fait l’objet d’un accord de principe. Les 27 Etats membres de l’Union et la Commission européenne que ces derniers ont mandatée pour conduire les négociations veulent des « progrès suffisants » dans trois domaines : les droits des citoyens européens au Royaume-Uni et des citoyens britanniques résidant dans l’Union européenne après le Brexit ; les modalités de la future frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande ; le règlement financier, aussi appelé Brexit Bill, qui fait référence au paiement des engagements financiers pris par le Royaume-Uni pendant qu’il était membre de l’Union européenne

Le 25 novembre, le Président du Conseil de l’Union européenne, Donald Tusk, avait lancé un ultimatum à Theresa May. Elle avait jusqu’au lundi 4 décembre, date d’un déjeuner clé avec le Président de la Commission Jean-Claude Juncker, pour faire des concessions afin que les négociations démontrent des « progrès suffisants », sans quoi le Conseil européen des 14 et 15 décembre n’accepterait pas de lancer les négociations sur la relation post-Brexit.

L’espoir d’un accord

La presse britannique fait état depuis la semaine dernière d’une offre du Royaume-Uni pour le règlement financier qui varie entre €45 et €65 milliards. Cela ne concerne que le paiement au moment de la sortie effective du Royaume-Uni. En tout, le Royaume-Uni aurait même été jusqu’à s’engager à hauteur de €100 milliards pour l’ensemble des dépenses futures auxquelles il pourrait être amené à contribuer après le Brexit. Le Royaume-Uni et l’Union semble pour la première fois proches d’un accord sur ce thème.

Malgré quelques détails à régler sur le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne dans le contrôle de l’accord à venir, la question du droit des citoyens après le Brexit semble également faire l’objet d’un quasi-concensus des deux côtés de la Manche.

Reste donc le problème de la frontière nord-irlandaise. Pour respecter l’accord de paix du Vendredi saint, une frontière « en dur » entre les deux Irlande paraît impossible. Une réunification n’étant pas au programme, la solution envisagée est de conférer un statut spécial à l’Irlande du Nord. Les informations relayées par la presse d’outre-manche indiquaient des progrès significatifs dans ce sens. La une du Times de ce lundi matin évoquait 90% de chances d’arriver à un accord. Le gouvernement britannique aurait notamment proposé une dévolution d’une partie de ses pouvoirs douaniers au gouvernement d’Irlande du Nord afin que les obligations douanières puissent être différenciées selon le type de bien et de service. Selon ces conditions, les transferts d’énergie ou de produits agricoles entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord devraient, par exemple, bénéficier d’un régime particulier qui se rapproche de celui du marché Unique.

Un blocage symbole du désordre britannique

La mine fatiguée, Jean-Claude Juncker a donc annoncé que malgré des progrès significatifs, le Royaume-Uni et l’Union européenne n’avaient pour l’instant pas trouvé d’accord. Les négociations vont cependant continuer cette semaine. Il a insisté sur le fait que cela n’est pas un échec et qu’il croit en la possibilité d’un accord avant le Sommet européen des 14 et 15 décembre prochains.

Mais c’est probablement de l’autre côté de la Manche qu’il faut regarder pour trouver une explication. La journée a été très mouvementée au Royaume-Uni. Premièrement, les unionistes Nord-Irlandais du DUP (Parti Unioniste Démocrate) se sont opposés à tout régime différencié pour l’Irlande du Nord comparé au reste du Royaume-Uni. Or, Theresa May a besoin du DUP pour gouverner faute de majorité à la Chambre des Communes avec son seul parti conservateur. Deuxièmement, le gouvernement écossais, puis le gouvernement gallois ont demandé à ce qu’en cas de régime préférentiel pour l’Irlande du Nord vis-à-vis de l’UE, ils puissent en bénéficier aussi.

Les propos de Theresa May pour expliquer ce blocage lors dans sa conférence de presse commune avec Jean-Claude Juncker sont en cela symptomatiques : « Sur quelques sujets, des divergences persistent, qui nécessitent de poursuivre les négociations et consultations. Celles-ci vont continuer. » L’on est néanmoins en droit de se demander si ces « négociations et consultations » doivent avoir lieu entre le Royaume-Uni et l’UE ou entre britanniques. Theresa May est censée retourner à Bruxelles mercredi 6 décembre pour enfin valider le principe d’un accord. Aux vues de la cacophonie britannique lundi après-midi, rien ne permet d’affirmer qu’elle en a le pouvoir.

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