Accueil > Actualités > Brexit : les exclus du vote discriminés

Brexit : les exclus du vote discriminés

, par Robin Alves

A l’approche finale du vote sur la sortie ou le maintien du Royaume-Uni de l’Union européenne, les exclus du vote représentent un sujet tabou. Si le scrutin influence l’ensemble de l’Union européenne, les citoyens européens hors Commonwealth installés dans le territoire britannique ne pourront pas prendre part au vote. Ni les Britanniques résidant dans un autre pays depuis plus de 15 ans ainsi que les jeunes entre 16 et 18 ans. Injustice, calcul et discrimination ?

Les Européens résidant au Royaume-Uni, les expatriés, les jeunes de 16 et 17 ans sont exclus du vote. Une distorsion qui favorise le camp du « out ». - Pedro Ignacio Guridi (CC/Flickr)

Auteurs

Qui peut voter lors du référendum sur Brexit ?

Le premier ministre David Cameron a délimité le corps électoral. Les listes correspondent aux élections législatives et non aux élections européennes ou locales. Ainsi, les citoyens européens qui vivent et travaillent au Royaume-Uni ne pourront pas voter. En revanche, un citoyen britannique, irlandais ou un ressortissant du Commonwealth pourra voter. Selon le journal The Guardian, plus d’un million de personnes seront exclues du vote. Une aubaine pour les eurosceptiques. Le journal ajoute que des progrès avaient été accomplis lors du référendum portant sur l’indépendance de l’Ecosse avec la participation des jeunes de 16 et 17 ans. Mais, ils ne pourront pas s’exprimer jeudi, alors que le futur de l’Europe les concerne davantage que les plus de 60 ans.

Enfin, les Britanniques vivant à l’étranger depuis plus de 15 ans ne pourront également pas voter, contrairement à une promesse faite par les conservateurs en 2015.

Et selon les chiffres du Parlement, on estimerait à 1,2 million de Britanniques résidant dans l’Union européenne, sans qu’il soit possible de savoir combien d’entre eux y vivent depuis plus de 15 ans. Un nombre considérable d’expatriés qui auraient sans doute peser dans la balance en faveur du « in ».

Les Britanniques vivant à l’étranger les plus touchés en cas de Brexit

La Cour d’appel de Londres a débouté deux Britanniques contestant l’incapacité de vote après 15 ans de vie hors du Royaume-Uni. En l’espèce, Harry Shindler ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale résidant en Italie et Jacquelyn McLennan, une avocate vivant en Belgique. Ils estimaient que cette impossibilité de vote contrevenait au droit de la liberté de circulation au sein de l’Union européenne.

En 2015, David Cameron dans son discours de la Reine de mai s’était engagé à lever l’interdiction de vote des Britanniques vivant à l’étranger depuis plus de 15 ans. Mais une partie des conservateurs ne voulaient pas que les expatriés puissent voter au référendum et David Cameron ne voulait pas essuyer un échec au Parlement. Il préféra patienter. Mais en cas de Brexit, nombre de ces citoyens ne pourront voter pour aucune autre élection. En France par exemple, il ne sera plus possible de prendre part aux élections locale et européennes en France, mais aussi du Royaume-Uni.

Ce choix est d’autant plus critiquable qu’il sépare les citoyens britanniques en deux catégories. Ces personnes exclues de la société politique pourront être exclues de la société elle-même. Jan, un Britannique résidant en France évoque : « Tous nos frais de santé sont remboursés à la France par le Royaume-Uni, par le biais du National Health Service. Si nous quittons l’Europe, cette coopération risque de cesser et nous ne serons plus protégés par les traités européens ». Un autre résident Peter ajoute que « Notre maintien en France risque d’être soumise à l’obtention de visas ou de cartes de résidence ».

Inquiets, ces expatriés redoutent l’éventualité du rétablissement des barrières douanières, des taux de change défavorables de la livre sterling et de nombreux autres facteurs encore inconnus.

Les citoyens européens résidant au Royaume-Uni pris au piège

De nombreux pays accordent le droit de vote aux étrangers à condition d’un certain temps sur le territoire à l’instar du Danemark, de la Suède ou de la Slovénie. Les deux premiers pays autorisant même des étrangers à être élus. Au Royaume-Uni, si le Commonwealth est plébiscité, les citoyens européens ont toutefois de nombreux droits. Ils peuvent voter aux élections locales et européennes, mais aussi pour le Parlement écossais, l’assemblée nationale du Pays-de-Galles et de l’Irlande du Nord s’ils sont respectivement inscrits dans ces pays. L’année dernière, les citoyens européens inscrits en Ecosse ont eu la possibilité de voter lors du référendum portant sur l’indépendance. De là, comment envisager de les exclure du vote sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne ? Ils sont pris au piège et seront marginalisés en cas de Brexit.

Un Canadien, résidant du Commonwealth pourra décider du sort du continent européen tandis qu’un Espagnol résidant depuis 25 ans en Angleterre ne pourra pas. Lucie Hilton, née à Paris de parents portugais s’est installée au Royaume-Uni depuis 16 ans. Elle a lancé une pétition, rassemblant plus de 4 000 signatures en vain. Elle évoque que « votre vie va changer le 23 juin et vous n’avez aucune idée de ce qui va se passer ».

Nishan Dzhingozyan originaire de Bulgarie et résidant en Grande-Bretagne depuis 10 ans a même écrit une lettre à David Cameron : « Nous pensons que c’est un cas flagrant de discrimination. Nous sommes tous installés dans ce pays, nous sommes tous des contribuables. Nous avons des propriétés et nous participons non seulement à la vie économique, mais aussi politique, culturelle et sociale du Royaume-Uni ». La citoyenneté a ainsi de multiples facettes en fonction des pays et de la culture de chacun. L’essentiel étant de définir son contour dans l’optique d’une société harmonieuse. Au Royaume-Uni, le critère de nationalité ou d’appartenance au Commonwealth a le dernier mot.

Les citoyens européens ne pourront que subir le vote du 23 juin. Quant aux expatriés depuis 15 ans et les jeunes de 16 à 18 ans, il est temps de vous faire entendre et d’en terminer avec ces discriminations.

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom