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Cap à l’Est

, par Rémi Laurent

Après avoir échoué à trouver un accord le 16 juillet dernier, le Conseil européen est parvenu à choisir les personnes à nommer à deux postes clés des institutions européennes. Il faut croire que les vacances ont porté conseil tant aux britanniques (qui ont levé leur veto), qu’aux autres États-membres, ces derniers ayant tenu à ce que les nominations se fassent par consensus. Première partie : la présidence du Conseil européen.

Crédit photographique : Kancelaria Prezesa Rady – Passation de pouvoir

Auteurs

  • Juriste, ex-vice président des JE-Lille et Jeune démocrate du Nord.

Du mieux

Côté positif, l’Union européenne a enfin deux personnes partisanes d’une Europe forte. Cela change du trio sortant. Il faut dire qu’il était difficile de faire pire, vu l’échec patent du trio Van Rompuy-Barroso-Ashton. Van Rompuy qu’on confondait souvent avec un huissier chargé de transmettre les maroquins contenant l’ordre du jour aux chefs d’État et de gouvernement dont il était censé coordonner le travail. Une coordination inexistante, l’Europe n’ayant jamais été si divisée depuis 5 ans, entre europhobes et eurosceptiques, entre partisans de l’austérité et partisan d’une relance, entre Nord et Sud, entre Est et Ouest.

En choisissant le Premier ministre polonais, les dirigeants européens ont porté leur choix sur Donald Tusk, pas plus emballé que cela à l’idée de présider le Conseil européen mais tout de même honoré qu’un tel poste revienne pour la première fois à un pays d’Europe de l’Est, 10 ans après leur entrée dans l’Union. Le message d’ailleurs n’est pas uniquement à destination des Européens mais aussi à destination de l’Est et plus précisément de Moscou. Un message d’autant plus clair que Donald Tusk est partisan d’une Europe de la Défense forte et autonome. Un message qui devrait faire plaisir à Paris où les appels du pied pour obtenir des soutiens en la matière étaient tombés dans l’oreille de sourds. Mais les bonnes nouvelles s’arrêtent là.

Une route encore longue

En effet, et pour reprendre un certain Jean-Pierre Raffarin : « La route est droite mais la pente est forte. ». De droite, Donald Tusk l’est assurément. Membre du PPE, il apparait presque comme un centriste face au PiS des frères Kaczyński (dont l’un est décédé en exercice) mais n’en est pas moins un pur conservateur sur les questions de société (opposition à l’avortement notamment). Ses convictions économiques ont cependant su lever l’opposition britannique puisque Donald Tusk est un ardent partisan de Reagan, Thatcher et de leur politique commune : « TINA » (There is no alternative). Soit un État faible avec des dépenses militaires élevées.

L’autre problème de Donald Tusk, c’est qu’il ne parle aucune des deux langues diplomatiques internationales que sont le français et l’anglais. Voilà qui risque de singulièrement compliquer les choses de notre ami alors que des trésors de diplomatie seront requis dans sa nouvelle charge. Mais que l’on se rassure, il parle aussi bien le russe (ce qui peut être utile quand un conflit avec la Russie est en cours aux portes de l’Europe) que l’allemand, langue de la doxa économique imposée par l’Allemagne.

Et c’est bien là le principal problème : en désignant Donald Tusk, l’Europe ne change pas de cap économique. Un cap qui inquiète quelque peu tant en Europe au sein de l’OSCE qu’outre Atlantique, le FMI et plusieurs prix Nobel d’économie s’étant fendu de tribunes vigoureuses contre cette politique suicidaire de l’Europe qui impose toujours plus d’austérité à ses citoyens sans parvenir à atteindre l’objectif fixé de réduction des déficits et de redémarrage de l’économie. Donald Tusk en parfait accord avec cette doctrine économique, est donc le symbole d’une Angela Merkel ayant réussi à imposer sa volonté au reste de l’Europe. Une volonté qui ne s’est heurtée à aucune résistance de la part de François Hollande, celui-ci se couchant littéralement face à l’Allemagne.

L’Europe a donc un cap, décidé par l’Allemagne conséquence de l’absence de contre-proposition française sur le sujet. Pire, la gouvernement « socialiste » de Manuel Valls estimant « [qu’]il n’y a pas d’autre choix possible » semble s’être aligné sur la doctrine TINA actuellement imposée en Europe. Reste l’Italie de Matteo Renzi pour proposer une alternative. Italie qui semble avoir marqué un point avec la nomination de Federica Mogherini.

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Vos commentaires

  • Le 9 septembre 2014 à 13:39, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Cap à l’Est

    « Von Rompuy-Barroso-Mogherini. » : Ashton plutôt...

  • Le 9 septembre 2014 à 22:41, par Ferghane Azihari En réponse à : Cap à l’Est

    Effectivement. C’est corrigé.

  • Le 10 septembre 2014 à 10:42, par Alexandre Marin En réponse à : Cap à l’Est

    Le fait qu’il soit opposé au droit à l’avortement ne semble pas être un gros problème, étant donné que cette question ne rentre pas dans le champ de compétences de l’Union européenne.

    Ensuite, Donald Tusk et Federica Mogherini sont tous deux pro-européens (rappelons que Matteo Renzi qui a soutenu la candidature de Mogherini s’est publiquement déclaré en faveur des Etats-Unis d’Europe).

    Ils sont de surcroît assez complémentaires. Lui est un libéral de la vieille école des années 1980, elle est social démocrate, il est favorable à une politique de confrontation avec la Russie, elle soutient plutôt une politique de détente...

    La complémentarité de ce duo représente assez bien la diversité politique des différentes régions d’Europe.

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