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Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

, par Le Bureau national des Jeunes Européens - France

Alors que la Lituanie vient d’entrer dans la zone euro par le respect de critères drastiques en matière de budget et de dépense publique, Angela Merkel, la chancelière allemande, et Wolfgang Schäuble, ministre des Finances, envisagent une sortie de la Grèce de la zone euro si le 25 janvier prochain, le parti de la gauche radicale d’Alexis Tsipras arrive en tête des élections législatives, celui-ci remettant en cause les politiques austéritaires.

Angela Merkel, à la tête de la CDU, opère un tournant en envisageant la sortie de la Grèce de la zone euro, flirtant ainsi avec certains mouvements eurosceptiques tels que l’AfD. - www.GlynLowe.com

Syriza, le parti de la gauche radicale pro-européenne et anti-austéritaire d’Alexis Tsipras, arrivé en tête en Grèce aux élections européennes de mai 2014, pourrait rafler la mise le 25 janvier prochain lors des élections législatives anticipées. Le 29 décembre dernier, le candidat à la présidence de la République, Stavros Dimas, candidat de la coalition gouvernementale conservateur-socialiste (Nouvelle Démocratie-PASOK), n’a pas obtenu du Parlement les suffrages nécessaires à son élection (168 voix seulement, alors qu’il en faut au moins 180). Cette crise a entrainé une dissolution du Parlement et de nouvelles élections. Syriza a le vent en poupe selon les sondages et c’est ce qui inquiète Berlin.

Tout ça pour ça ?

Après cinq ans d’une crise de la dette violente en Grèce, rythmée par les plans de sauvetage et les mesures austéritaires brutales, la chancelière allemande, Angela Merkel, envisage que la Grèce quitte l’Eurozone selon le magazine allemand, Der Spiegel. Wolfgang Schäuble « juge supportable une sortie du pays de la monnaie unique ». Si le 25 janvier prochain, le parti d’Alexis Tsipras prend la tête du gouvernement grec, il pourrait diriger une coalition de gauche à tendance radicale anti-austéritaire. Merkel et Schäuble préviennent que si Tsipras remet en cause la politique d’austérité, la zone euro pourrait bien laisser sur la touche l’Etat grec.

Depuis 2010, le pays est placé sous la tutelle de la Troïka, réunissant les représentants de la BCE [1], du FMI [2] et de la Commission européenne. La Troïka met en place plusieurs plans de sauvetage pour éviter la faillite grecque. L’aide étant conditionnée, l’Etat grec a pris des mesures d’austérité drastiques, condamnant l’économie à la récession et la population au chômage. Aujourd’hui, la dette grecque demeure abyssale (171,8% du PIB fin 2013) et l’économie est au plus mal, témoignant de l’échec de la Troïka et des politiques austéritaires, n’envisageant aucunement la relance et la croissance. La zone euro en crise, qui a vu défiler les sommets européens, cumulant les échecs et les lenteurs pour rétablir la confiance et la stabilité, a finalement accouché d’un mécanisme européen de stabilité pour prévenir de nouvelles secousses.

Jusqu’à présent, nul chef d’Etat de l’Union européenne n’envisageait une sortie de la Grèce de la zone euro, même au plus profond de la crise. Angela Merkel et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, viennent de franchir la ligne rouge. Après tant d’efforts, la Grèce se relève difficilement. Pourquoi abandonner maintenant le peuple grec qui souffre encore de la crise et de l’austérité forcée ? La sortie de la Grèce de la zone euro n’a aucun sens.

A quoi joue la CDU ?

C’est ainsi que le magazine le Spiegel relate l’ultimatum du gouvernement allemand à Athènes : « Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras dirige le gouvernement après les élections, abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays ». La CDU et à sa tête Angela Merkel jouent ici un jeu dangereux.

Sous couvert d’électoralisme, Angela Merkel ravive un populisme latent en Allemagne, qui dresse depuis plusieurs années les Allemands face aux Grecs, les créanciers face aux débiteurs. Une rhétorique simpliste et belliqueuse. C’est d’ailleurs le parti anti-euro AfD (Alternative für Deutschland), qui a applaudi les propos de la chancelière et de son ministre. Michael Roth, social-démocrate qui possède le portefeuille des Affaires européennes dans le gouvernement de la chancelière, a réagi vivement face à de tels propos : « La Grèce est membre de la zone euro. Et doit le rester. Il faut éviter de provoquer, par la parole, des conséquences politiques et économiques qui seraient malvenues. »

De plus, Syriza, dirigé par Alexis Tsipras, se revendique pro-européen et n’a pas l’intention de quitter la zone euro. Modérant son discours à mesure que la victoire devient possible, le leader de la gauche radicale prépare un gouvernement de coalition, ce qui normalisera son action à la tête du gouvernement grec. Il faut laisser au peuple grec la liberté de choisir son gouvernement et non entraver la démocratie par un chantage regrettable.

Rétablir la démocratie face à l’intergouvernementalisme autoritaire

Poursuivre à marche forcée la politique d’austérité sans perspective de relance est irresponsable. C’est le constat tardif de la Troïka et de plusieurs partenaires internationaux. L’intergouvernementalisme dans la résolution de la crise de la zone euro a bafoué la démocratie à maintes reprises, échouant à rétablir rapidement une économie saine dans l’Union. La crise a témoigné des faiblesses de la zone euro, régie par le Conseil européen. Aujourd’hui encore, les rapports de force entre Etats poussent la chancelière à instrumentaliser le scrutin grec.

Plus que jamais, il convient de cesser ces pratiques et d’introduire une institution démocratique de contrôle de la Troïka et des instruments de résolution de la crise, évitant ainsi les querelles entre les Etats et les pressions qui en découlent. Nous souhaitons réaffirmer la place de la Grèce dans la zone euro, y compris avec un gouvernement de la gauche radicale, en vertu des traités qu’elle a signé. Le Parlement européen doit assurer un contrôle renforcé sur la Troïka, et à terme une assemblée démocratique doit orienter la politique de la zone euro, afin de répondre au mieux aux besoins des citoyens européens et non aux intérêts particuliers des Etats membres.

Voir en ligne : Photo : CC

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Vos commentaires

  • Le 5 janvier 2015 à 10:39, par AB En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Je pensais que Schäuble était européiste, mais apparemment non...

  • Le 5 janvier 2015 à 12:03, par Bernard Giroud En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Trêve de plaisanteries SVP. Il est beaucoup plus facile de promettre les lendemains par les discours, que de faire passer la pilule de l’adaptation entre le désir de la consommation journalière, et la monnaie qui manque au portefeuille.

    C’est une faute, en droit et bon sens, que de maintenir autrui au biberon de la facilité du bien d’autrui.

    A faire ainsi, les exemples de l’histoire nous prouvent tous que l’on affaibli le niveau en décourageant celui qui se fait discipline et violence pour équilibrer tous les jours le bon niveau chez lui.

    De même à contrario, s’il est une faute de ne pas prendre garde, de succomber trop facilement au miroir aux alouettes, c’en est une autre que d’être le tentateur, en sachant que le tenté succombera, et alors de le violenter. L’un est aussi coupable que l’autre.

    Il ne nous reste plus qu’un choix, choix bien connu d’ailleurs : se retrousser les manches et suivre le bon exemple, dans un esprit de stimulation et d’entre aide ;

    Donc dans cette hypothèse, le fort s’attache à stimuler, en idées et en faits, à remonter la mécanique de l’autonomie chez celui qui l’a perdu et l’aider à en préserver l’équilibre, au niveau que ce dernier souhaite suffisant.Les faits en la matière, sont seuls juges.

    On sait que pour cela le ciel aidera celui qui s’aide..

  • Le 5 janvier 2015 à 14:02, par Valéry En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Seule la Grèce peut décider de se retirer de l’euro, en utilisant l’article 50 du traité et en quittant l’Union européenne. Il n’existe pas de mécanisme pour l’en exclure.

    En réalité ce n’est pas la sortie de la Grèce que l’on doit juger « supportable » mais le fait qu’elle mène, au sein de la zone euro, des politiques que n’apprécie pas la droite allemande.

    Une gestion satisfaisante de la zone euro est impossible sans un gouvernement fédéral européen. Il serait temps que notre establishment soi-disant européiste qui a privilégié une Europe intergouvernementale revienne à plus de réalisme et entreprenne les changements nécessaires en ce sens.

  • Le 5 janvier 2015 à 14:54, par Xavier C. En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Le Bureau national des JE-France devrait rester neutre, me semble-t-il, et ne pas balancer des affirmations de ce genre : « l’Etat grec a pris des mesures d’austérité drastiques, condamnant l’économie à la récession et la population au chômage » On ne doit pas avoir les mêmes données. Quand je regarde les stats sur Eurostat, je ne vois pas de baisse drastique des dépenses publiques par rapport au PIB, ni même de baisse du tout en ce qui concerne les prestations sociales par rapport au PIB. Alors certes le PIB baisse, mais si le poids de l’État ne baisse pas par rapport à la richesse de l’économie, l’austérité, c’est seulement dans votre tête je le crains.

    « témoignant de l’échec de la Troïka et des politiques austéritaires, n’envisageant aucunement la relance et la croissance » Il n’y a pas eu de réelle politique d’austérité en Grèce (cf. exemples Canada et Nouvelle-Zélande ça c’est de l’austérité). Quant à la relance, vous la financez comment ? L’impôt donc la baisse du pouvoir d’achat ? Les prêts donc l’assèchement du financement privé ? La planche à billet donc l’inflation ?

    La Grèce ne souffre pas de l’austérité forcée, elle souffre d’un État obèse mal géré et vous suggérez de le nourrir davantage. Maintenant on en a marre de leur faire un chèque avec des conditions qu’ils ne respectent pas, ce qui revient à faire un chèque en blanc.

    La sortie de la zone euro doit être envisagée, sinon cela ne sert à rien, strictement à rien, de pondre un traité avec des conditions précises. Et on devrait faire pareil avec la France, peut-être qu’on aura alors un budget équilibré.

  • Le 6 janvier 2015 à 11:54, par Letaulier En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Merci à Xavier C. pour ces propos de bon sens. Toute les opinions ont le droit de s’exprimer mais quand on écrit un article collégial on se doit d’être neutre. Dans le cas présent on a un rédacteur clairement situé à gauche de l’échiquier politique et qui pose ses opinions politiques comme allant de soit.

    Ce n’est pas faire insulte à la Grèce que de dire qu’elle n’a pas sa place dans l’Eurozone. C’est juste un constat de bon sens, et c’est un peu dommage que ceux qui ont fait le forcing pour la faire entrer (Chirac et Jospin) n’ait pas eu cette clairvoyance.

  • Le 6 janvier 2015 à 12:11, par Gauthier En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    Selon moi, on amplifie la porté des propos de la chancelière allemande.

    Il s’agit avant tout d’une manoeuvre politique. D’un côté, Angela Merkel met la pression sur les électeurs grecs, de l’autre elle envoie un message clair à Tsipras : « même si vous arrivez au pouvoir, vous ne pourrez pas mettre en cause la politique d’austérité ». En effet, il n’est pas dans l’intérêt de l’Allemagne que la Grèce sorte de la zone euro.

    Il est néanmoins vrai que cette déclaration peut avoir des conséquences désastreuses à savoir le retour de la spéculation sur la dette grecque.

  • Le 7 janvier 2015 à 12:34, par Hervé Moritz En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    L’article n’adopte pas une position de gauche. Il respecte le droit des Grecs à choisir leur majorité politique. Merkel adopte un revirement à l’annonce de la possible victoire de Syriza, posture critiquée par la Commission, présidé par Jean-Claude Juncker (PPE), et plusieurs dirigeants européens. Ce n’est pas de cette manière que l’on ramène la confiance. Aujourd’hui, la droite européenne reconnaît les erreurs d’une politique exclusivement austéritaire et s’accorde sur une relance partielle tout en poursuivant les politiques de réduction du déficit.

  • Le 11 janvier 2015 à 06:15, par Xavier C. En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    @Hervé

    La position de gauche de l’article n’a rien à voir avec le droit des Grecs à choisir leur majorité politique. Il s’agit du postulat selon lequel 1) une politique d’austérité (réduction drastique du fardeau fiscal, réduction drastique des dépenses publiques) est réellement appliquée en Grèce (et pas seulement votée) 2) une politique d’austérité ne fonctionne pas et amplifie les problèmes (alors que les exemples Canadiens et Néo-Zélandais prouvent le contraire, pour ne citer qu’eux : quand on a un problème de dette, y’a pas de miracle, l’État - et non le peuple - doit se serrer la ceinture).

    Il est totalement faux de parler d’une politique « exclusivement austéritaire » en Grèce comme ailleurs en Europe alors que depuis 2008 on n’observe aucune baisse drastique (et constante) des dépenses publiques et du fardeau fiscal. Et il est également faux de dire qu’il n’y a eu aucune politique de relance partielle vu le rôle de la BCE et la présence dans de nombreux pays européens de subventions (et puis suffit de regarder l’évolution des budgets nationaux : c’est à la hausse dans plein de pays).

    Et il est totalement illusoire et illogique de mettre en place une politique de relance économique menée de concert avec une réduction du déficit :
    - une relance financée par l’impôt n’a aucun sens (je te prends 10€ de plus et après je les dépense à ta place....)
    - une relance financée par la dette, mécaniquement, augmente le déficit (en plus d’assécher le financement privé...), d’ailleurs le principe keynésien, à la base, c’est bien de relancer en creusant le déficit et quand ça va mieux, en profiter pour réduire le trou... mais bon, on en voit pas beaucoup des politiciens qui sont rigoureux et ne bavent pas devant un buffet à volonté,
    - une relance financée par la planche à billets (outil magique) permet effectivement de réduire le déficit, mais ça relance que dalle et en théorie la BCE protège l’épargnant européen de telles errances démagogiques.

  • Le 15 janvier 2015 à 02:49, par tnemessiacne En réponse à : Carton rouge à Angela Merkel et à Wolfgang Schäuble : la Grèce a sa place dans la zone euro

    @ Xavier C.

    « La position de gauche de l’article n’a rien à voir avec le droit des Grecs à choisir leur majorité politique. Il s’agit du postulat selon lequel 1) une politique d’austérité (réduction drastique du fardeau fiscal, réduction drastique des dépenses publiques) est réellement appliquée en Grèce (et pas seulement votée) »

    Oui je pense que la politique de rigueur augmente le fardeau fiscal. On est content la Grèce et l’Espane retrouve la croissance et la baisse du chômage.

    Mais ce genre de considération dure (avec des relatifs) depuis 1973 et la crise pértrolière. Moi ce que je note ce qu’il me semble, j’étais pas né à cette époque c’est qu’il y a un énorme foutage de gueule et que je hais ce qui ’ont pas le courage de se reconnaitre.

    Mais pourquoi insister dans le vice c’est à ce dire si c’est pas inné. Et nan la politique c’est de rendre les gens heureux, satisfait, plus de 80 % selon les sondgaes qui ne veulent rien dire le sont.

    Mais avez vous vu la soirée spéciale théma sur sur Auschtiwtcj ? Soit on se dit que ça n’a pas existé et on continue soit on se dit que c’est bizarre et qu’on a pas envie que ça recommence. Mais les « âmes » actuelles en vaut elles la peine ?

    Français européens, le vice vous le connaissez, l’hyporcrisie, paix.

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