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Ce que Trump veut dire pour les fédéralistes

, par Tom Vasseur, Traduit par Juliette Krawiec, Traduit par Loris Birkemeyer

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Alors que Donald Trump est arrivé depuis bientôt quatre semaines sur la scène internationale, beaucoup de choses restent encore inconnues. Malgré cette incertitude, on peut discerner deux conséquences importantes de la victoire de Trump pour l’Europe et pour les fédéralistes : premièrement, les conséquences géopolitiques de sa présidence sur l’action européenne à l’étranger, et deuxièmement, les changements idéologiques symbolisés par son élection.

cc The New Yorker, Liam Walsh

Relations euro-américaines : le fossé se creuse

L’inquiétude porte principalement sur trois points : la politique étrangère, la politique économique et la politique environnementale. La politique étrangère que Trump propose a le potentiel d’ébranler directement l’unité européenne, notamment en ce qui concerne le principe de défense collective énoncé à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, ce qui a conduit les politiciens européens à rapidement le réprimander, lui demandant de respecter son engagement envers les valeurs de l’OTAN. Mais la diplomatie ne suffira pas, le mal est déjà fait : dès que l’article 5 a été remis en question, la stabilité et le pouvoir de l’OTAN ont été compromis.

Les gouvernements européens devront accepter que nombre d’entre eux ont en effet négligé leurs engagements économiques pour la réparation des dégats faits à l’OTAN. Les membres européens de l’OTAN ne peuvent pas demander aux États-Unis de tenir leurs obligations sans remplir les leurs. Les budgets de défense devront augmenter à 2% du PIB. Les fédéralistes ne peuvent pas se contenter d’attendre avec impatience la fin de l’OTAN dans l’espoir que cela mènerait à la création d’une armée européenne. Il n’y a toujours pas d’alternative à l’OTAN, et en construire une prendra du temps.

À la place, les fédéralistes devraient avancer des propositions basées sur la construction d’une alternative à l’OTAN depuis l’intérieur. Il y en a clairement besoin, car même si les Etats membres européens commencent à remplir leurs engagements financiers, un air de suspicion et d’incertitude flottera toujours dans l’air tant que Trump sera notre interlocuteur américain. Des propositions à moyen terme plus concrètes pourraient participer à européaniser partiellement les capacités de défense à l’intérieur même du cadre de l’OTAN, ou à structurer les initiatives de coopération de défense européenne bi- et multilatérales.

Par ailleurs, la cooperétion entre l’Union européenne et l’OTAN devrait avoir pour but la mise en place de structures européennes qui, dans l’éventualité d’un effondrement de l’OTAN, seraient capables de prendre le relais assez rapidement. La situation en Ukraine est le prochain point important dans notre liste des politiques étrangères. Trump a exprimé sa volonté de renégocier avec Poutine pour apaiser les relations, mais jusqu’à présent les conséquences pour l’Ukraine restent peu claires.

Déjà avec l’administration d’Obama, les intérêts des États-Unis et de l’Union européenne avaient différé sur la question, mais l’accord demeurait pour dire qu’il était inacceptable que des parties de l’Ukraine passent sous influence russe. On ne sait toujours pas si l’attitude des États-Unis envers le statut de l’Ukraine changera, mais les fédéralistes devront rester attentifs. Nous devons garder à l’esprit que si les fédéralistes partagent souvent les intérêts de l’Union européenne, cela pourrait ne pas être le cas ici.

Dans le cas d’un changement de politique américaine envers l’Ukraine, l’Union européenne pourrait avoir à donner la priorité à sa relation avec les États-Unis, au détriment d’une Ukraine libre et indépendante. Si cela arrive, les fédéralistes ne devront pas oublier leur engagement envers la démocratie et montrer leur solidarité avec leurs camarades européens en Ukraine.

Le TTIP

Ensuite, il y a le TTIP. L’élection de Donald Trump va probablement achever d’enterrer les négociations déjà difficiles autour du Traité Transatlantique. Sur ce point, les fédéralistes et les autres membres de la société civile seront bien sûr encore plus divisés qu’en ce qui concerne l’OTAN et l’Ukraine. Ce serait un problème qui chamboulerait l’Europe si Donald Trump décidait de se lancer dans une guerre commerciale en dressant des barrières pour protéger l’industrie américaine.

Le changement climatique

Le plan de Trump en ce qui concerne le changement climatique est moins directement lié à l’unité européenne, mais est d’une importance encore plus grande. À un moment où des climatologues ont conclu qu’il est déjà trop tard pour atténuer les effets du changement climatique causé par les Hommes, les projets du président Trump ne feraient qu’augmenter les émissions de l’un des pays les plus pollueurs. De même qu’avec la politique étrangère, une distance entre Europe et Etats-Unis concernant la politique environnementale pourra être observée suite à l’élection de Trump.

Bien qu’il est peu probable que l’Accord de Paris soit purement et simplement annulé, une stagnation dans la progression vers les objectifs climatiques semble être le meilleur scénario envisageable sous son administration.

Les fédéralistes, en reconnaissant le danger que représente le changement climatique pour le monde et l’Europe, devraient inciter les Etats membres à laisser volontairement plus de marge à l’Union pour qu’elle puisse négocier en leur nom dans le domaine de la politique environnementale internationale.

Ce faisant, on pourra s’assurer que les Etats-Unis n’essaieront pas d’annihiler les efforts de l’Union contre le changement climatique en dressant les Etats membres les uns contre les autres. De plus, nous devons tenir compte du fait que la Commission européenne elle-même a revêtu un rôle peu exemplaire en ce qui concerne la politique environnementale.

Trump : l’histoire d’un espoir perverti

Le succès électoral de Trump a aussi d’importantes implications politiques et idéologiques. Son élection a été suivie d’un épanchement d’étonnement et de déception qui a traversé le spectre politique. Maintenant que "les populistes" ont gagné l’une des fonctions les plus importantes au monde, d’autres sont à même de suivre cette trajectoire. Les partis politiques traditionnels déplorent la nouvelle. Mais nous devrions être alarmés du manque de réflexion sérieuse que ces événements devraient initier.

En tant que fédéralistes européens, nous devrions questionner les catégories de base utilisées pour analyser notre situation. Dans les jours qui ont suivi l’élection, une déclaration de Vaclav Havel a été citée plusieurs fois, en ces termes : « L’espoir est différent de l’optimisme. L’espoir ce n’est pas de croire que tout ira bien, mais de croire que les choses auront un sens, indépendamment de leur tournure ».

Le message de ceux qui ont cité les mots de Vaclac Havel est clair : Clinton a perdu, mais n’abandonnez pas. Cependant, tandis que l’observation de Havel est citée en opposition à Trump, une considération plus réfléchie de sa déclaration pourrait mener à un point de vue différent. Ces propos peuvent être difficiles à accepter, mais Trump incarne une forme d’espoir. Sa campagne n’avait rien d’optimiste : il a rejeté le mythe de l’exceptionnalisme américain et a montré du doigt le triste état du rêve américain. Pourtant, son message de base n’est pas un rejet de la politique d’espoir d’Obama, mais une continuation dénaturée de celle-ci : Yes we can (make America great again), Oui nous pouvons (rendre sa grandeur à l’Amérique).

La campagne de Clinton, d’un autre côté, délivrait un message d’optimisme : l’Amérique est déjà grande, et ses plus belles années sont devant elles. Ce message n’a pas eu la résonance escomptée, parce qu’il était trop loin de la réalité vécue par beaucoup d’américains. L’incompatibilité fondamentale de l’optimisme avec le mécontentement est sa principale faiblesse, car traiter cette dernière nécessite de reconnaitre que tout ne sera pas forcément bien. Au lieu de cela, la campagne de Clinton n’a cessé de porter sur le progrès quand la société américaine expérimentait la stagnation.

Le mécontentement des fédéralistes est partagé par beaucoup. Le mouvement fédéraliste a besoin de devenir moins minoritaire au sein de l’establishment et d’incarner davantage un mouvement d’opposition constructif. C’est l’autre leçon à tirer de l’échec de Clinton, la candidate modérée par excellence : est venu le temps où défendre résolument nos idéaux n’est plus une disqualification. C’est à notre tour !

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