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Charlie Hebdo, et demain ?

, par Théo Verdier

Enfin fini. Le bruit, les analyses, les grandes phrases et les plus petites, celles qui font mal, sur les attentats de Charlie Hebdo. Le temps de l’action se termine pour ouvrir la porte au recueillement. L’unité nationale laissera bientôt la place au débat, et celui-ci marquera un tournant majeur.

Après les attentats de Charlie Hebdo, les débats vont débuter autour des mesures à prendre. Ferons nous le choix d’adopter des lois antiterroristes, peut être liberticides, pour notre sécurité, ou ferons-nous le choix de la liberté ? - Carlos ZGZ

Auteurs

Deux questions se poseront lundi matin. La première traite de l’équilibre entre notre sécurité et nos libertés, celle que défendaient Cabu, Charb, Wollinsky, et les autres.

Les trois terroristes étaient connus de la police, deux d’entre eux sortaient de prison tandis que Chérif, le cadet des deux frères, revenait d’un camp yéménite.

Leur entrée en possession d’armes lourdes, leur capacité à organiser et à réaliser cet attentat, voilà qui nous force à reconsidérer l’efficacité des mesures qui nous protègent. Quel degré de surveillance et de contrôle des individus mettre en œuvre sans fouler au pied nos principes de liberté de penser, de s’exprimer, de circuler, de se rassembler ? Renoncerons-nous à ces libertés, principes universels, qui sont le fondement de notre civilisation ?

La deuxième question est bien plus humaine, plus proche. Saif et Chérif étaient deux gamins paumés du XIXe arrondissement, dégâts collatéraux de gourous malveillants, de ceux qui prolifèrent dans la misère et la solitude. Cette misère, c’est celle de nos quartiers prioritaires. Les paradis urbains des années 1960 sont désormais séparés des villes et des consciences par un profond fossé. Le regroupement des populations en difficulté économique et la fuite des services publics n’ont jamais fait bon ménage.

Accompagner ces deux gamins, leur fournir l’accès aux droits, à l’éducation, à l’information, c’est d’abord revoir nos politiques, celles de la Ville et de la Jeunesse, celles qui désenclavent et font naître les échanges, celles qui créent la cohésion sociale.

Arbitrer des investissements, décider d’une politique d’insertion cohérente est une démarche longue et laborieuse. Lundi matin, après nous êtres recueilli, silencieusement, aurons-nous la force d’entendre ces mots ? Raison. Patience.

L’Europe, représentée lors de la manifestation de dimanche par les chefs d’Etats voisins et les représentants des institutions européennes, doit demain prendre le chemin du dialogue, commun et global. Sa hauteur de vue et ses principes directeurs fourniront au débat le meilleur des cadres pour apaiser les peurs, et rationaliser les mesures à prendre.

Car il est à craindre que ce soit la colère qui nous emporte au réveil. De celle qui part du pied gauche pour nous mener au fond du trou. A ce prix là, encore faut-il ne pas se lever lundi. Aujourd’hui, ce qui n’est pas logique est encore ce qu’il y a de moins con.

Voir en ligne : Photo : CC

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Pour suivre la mobilisation, #JeSuisCharlie #CharlieHebdo

Vos commentaires

  • Le 11 janvier 2015 à 19:53, par Bernard Giroud En réponse à : Charlie Hebdo, et demain ?

    On veut tuer l’esprit, l’esprit critique. Chez ce peuple de France ; s’attaquer à l’esprit critique , c’est comme s’attaquer au soleil, s’attaquer à l’esprit des lumières, c’est s’attaquer à l’esprit des libertés fondamentales, s’attaquer à la pensée, ce qui s’est fait de mieux depuis des siècles pour le service de l’humanité. Plus encore, c’est s’attaquer à penser.

    C’est une faute si grave que l’on peut dire que c’est l’humanité entière qu’on veut tuer, en voulant faire disparaitre un outil dont chacun de nous a besoin pour se tenir debout, continuer à croitre, faire en sorte que nous tous, toute l’espèce humaine puisse continuer à progresser La fonction la plus évidente de la critique c’est de tailler dans le buisson ardent, labyrinthe un chemin du futur, le chemin de l’aventure.

    Notre imaginaire, faible instrument, ne peut pas, sous peine de statuquo suicidaire faire l’économie de passer au crible, toutes les nouvelles ouvertures, ou systèmes de pensées qui veulent peser dans cette démarche d’aventure, même les surannées inadaptables, devenues encombrantes et gênantes.. Un crible sans concession, pour les faits et les idées, toutes sortes de nouveautés qui se présentent,

    La critique est donc une sorte d’éclairage à facettes multiples, l’épreuve du regard de tous, des milliards de projecteurs, une diversité, qui en fin de compte nous assure de la plus grande sécurité possible.

    Dans ce combat sans concession pour le progrès, pour s’émanciper de lourdeur de nos conditions, la voie n’est pas simple ; Elle n’a comme meilleure alliée pour aller, que l’appui de la logique, de notre petite logique, Le fondement de nos expériences séculaires, millénaires sont passés de fait, à ce crible de la logique pratique ; Il y aura eu, parfois les moments bénis, étincelants de progressistes hors normes, sortes de mutations, guides des chemins de la liberté.

    Mais tout revient toujours à un souci pratique d’économie, à long terme.

    Vouloir donc s’extraire de ces méthodes critiques, que le siècle des lumières nous a solidement réimplanté, est un retour en arrière, du temps perdu. Tenons donc pour un acquis profitable la réaction de tout un peuple, et tout (presque) un monde entier.

    L’heure est maintenant de savoir comment un tel monstre à t-il pu venir mordre et tuer chez nous. On peut tout de suite imaginer que des payeurs sont à la manœuvre, et que parmi les solutions, c’est eux qu’il faut toucher.

    Leurs moyens financiers serviront de bien meilleure manière à être rediriger vers un vrai développement de ceux qu’ils veulent tenir en esclavage en les endoctrinant.

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