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Climat et sécurité : la parole aux citoyens

, par Maria Popczyk

Les Jeunes Européens de Dijon, en décembre, ont interrogé les passants au sujet de l’environnement et de la politique sécuritaire au sein de l’Union européenne. Des réponses comme « On aura réussi l’Europe si on parvient à un consensus. L’Europe est la voie » étaient au rendez-vous, mais le consensus est loin d’être acquis parmi les personnes interrogées place Darcy.

Les Jeunes Européens étaient place Darcy pour interroger les citoyens dijonnais.

Auteurs

  • Etudiante franco-polonaise ayant grandi avec l’approfondissement de l’Union européenne. Impliquée dans les affaires françaises et polonaises en raison d’un parcours scolaire binational, s’intéresse à la construction d’un réseau toujours plus fort entre les jeunes de l’Union européenne.

Mots-clés

La première question posée aux passants était : « L’Union européenne peut-elle répondre à la crise environnementale ? » Le climat, après la COP21, reste une préoccupation d’actualité : cet hiver, alors que nous décorions nos cartes de Noël de flocons et bonshommes de neige, des températures exceptionnellement élevées pour la saison ont accompagné le dernier mois de l’année 2015. Que faire pour arrêter le réchauffement climatique ? L’Union est-elle en mesure de limiter la pollution des Etats membres ?

Entre eurosceptiques et visionnaires européistes

Ce sujet mène systématiquement à la dichotomie pro- ou anti-européens. Comme tout débat concernant la politique de l’Union européenne, une partie des personnes interrogées s’est prononcée favorable à une action à l’échelle communautaire et une autre préfère que des mesures soient prises au niveau national.

Ces derniers argumentent notamment que « tous les Etats sont différents, (…) alors il serait difficile de fournir une seule réponse européenne » - ce qui n’est pas faux, puisque l’économie de certains Etats membres de l’Union européenne repose sur les sources d’énergie fossile. L’Union sollicite ses 28 membres à réduire leurs émissions de dioxyde de carbone, cependant le secteur minier constitue un atout important de certains d’entre eux, surtout en Pologne, qui mise encore sur le charbon.

Voilà ici un exemple où il est nécessaire de prendre en compte les spécificités de chaque Etat notamment en termes de structure de l’emploi (dans l’Union, 1 mineur sur 3 travaille en Pologne).

D’autres Dijonnais qui ont un doute sur la puissance d’action à l’échelle de l’Union préfèrent agir pour le climat tous seuls : « Je crois en l’initiative individuelle, je trie mes déchets et mange bio ».

« Si consensus il y a, beaucoup de pays auront du mal à suivre, d’autant plus qu’il y a déjà beaucoup de problèmes aujourd’hui en Europe qui ne sont pas résolus » - ajoute un passant.

Les plus optimistes estiment que l’Union est capable de résoudre la crise environnementale « car l’Europe est une puissance économique de premier ordre ». N’oublions pas que les 28 Etats formant l’Union européenne disposent de moyens financiers considérables pour imposer un plan d’action pour protéger l’environnement. Première économie mondiale en termes de PIB (en 2014), l’Union peut encadrer les politiques climatiques des Etats et les aider à financer leurs projets environnementaux pour amorcer la transition verte.

Certains ont tenté de concilier souveraineté de l’Etat et échelon supranational : « Chaque Etat doit avoir sa voix, il faut donc une politique commune et des marges de manœuvre ». Le consensus est certes compliqué, mais imposer des règles communes tout en laissant une part de décision aux pays pourrait être une bonne chose. « On n’a pas fait l’Europe pour rien » nous a-t-on rappelé.

Une préoccupation à relativiser

Une autre opinion est apparue parmi les nombreuses réponses de ce micro-trottoir. La question climatique a été qualifiée de « semi-prioritaire » par rapport à l’emploi ou la sécurité. En effet, le problème des hausses de température inquiète moins que le chômage, et le terrorisme à la suite des attentats du 13 novembre, la sécurité se trouve au cœur des préoccupations.

La seconde question était justement liée aux tristes événements de novembre dernier : La solution aux problèmes sécuritaires doit-elle passer par l’Union européenne ? Les dessins, messages et bougies déposés en signe de solidarité par les Dijonnais après les attentats du 13 novembre sont encore là, sous l’arc de triomphe de la place Darcy.

Rétablir les douanes et les contrôles aux frontières ?

Selon les partisans de la fermeture des frontières, les citoyens européens seraient mieux protégés si l’on supprimait la libre circulation des individus, et « cela n’aurait pas d’impact négatif sur le commerce, au contraire cela éviterait qu’il y ait trop de concurrence » précise l’un d’entre eux, visiblement protectionniste.

Un adolescent a contre réagi « Ce n’est pas un problème de frontières. Il doit y avoir une politique sociale européenne et un système européen de contrôle » - sans doute faisait-il allusion au problème de marginalisation sociale pouvant déboucher sur une radicalisation des individus et à la surveillance des personnes susceptibles d’être mêlées à une organisation terroriste.

« Politique commune car ennemi commun, il faut mutualiser les moyens » - déclare une autre personne, tout en ajoutant que la fermeture des frontières est « coûteuse et inadaptée ».

Une armée européenne ?

« Toute l’Europe rassemblée militairement, ce serait le top » - l’idée de créer une armée de l’Union européenne revenait souvent lors de cette action de rue. Cependant, la voix du pacifisme s’est également laissée entendre : « Les pays européens ne doivent plus vendre d’armes ». La diplomatie des armes et des arrangements avec certains régimes douteux, jouant souvent un double jeu au Moyen-Orient, en a agacé plus d’un.

Un autre groupe de personnes résout ce désaccord et préfère que la défense reste aux mains des Etats. « Il vaut mieux une collaboration des services nationaux, c’est plus efficace ». Les Jeunes Européens ont aussi pu interroger un passant anglo-saxon, pour qui le meilleur modèle de coopération militaire entre Etats indépendants est l’OTAN.

Besoin d’une solution mondiale

« La solution au problème sécuritaire doit être mondiale et non européenne » - ce propos vient rappeler que l’Union européenne n’est pas la seule à devoir s’améliorer en matière de défense. En effet, la menace terroriste ne pèse pas que sur le Vieux continent.

De ce fait, décider de créer une armée européenne ou en rester à une collaboration militaire entre Etats indépendants n’est qu’une affaire interne – le plus urgent est de renforcer la coopération à l’échelle mondiale pour réduire le plus possible toute menace.

Ainsi, la solution aux problèmes sécuritaires doit passer aussi bien par les Vingt-Huit que par une coopération des autres Etats du globe.

Les Jeunes Européens ont recueilli des avis très variés sur chacune des deux questions, allant des plus européistes aux eurosceptiques. Les idées évoquées méritent d’être réfléchies pour se forger sa propre vision de ces sujets. En général, les solutions arrivent plus vite dans l’urgence, espérons que l’année 2016 apporte une réponse concrète aux questions climatiques et sécuritaires.

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