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Climat : In Vino Veritas ?

, par Alexandre Lémonon

En cette période de forte médiatisation des questions environnementales, le monde de la viticulture connaît aussi ses propres interrogations. Une diversité européenne menacée par l’évolution des climats. Des plus grandes caves et terroirs en passant par les régions viticoles, les amateurs et professionnels ne peuvent plus nier le phénomène. De nouvelles problématiques émergent, conséquence du changement climatique. Tour d’horizon de ce patrimoine culturel immatériel tant apprécié des Européens.

Les vignobles du sud de l’Europe subissent déjà de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Ici, en Charente maritime, il faudra sans doute s’adapter en changeant les cépages et les productions. - fra298 (CC/Flickr).

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Des indices incontestables du changement climatique

Millésime après millésime, le monde viticole est confronté à une évolution sans précédent des risques climatiques. Intempéries en hiver, vagues de chaleur estivale, épisodes de grêles, nouvelles maladies de la vigne. En ce XXIe siècle, la viticulture n’est pas de tout repos ! Ces phénomènes récurrents apportent des conditions toujours un peu plus délicates. Face à ce défi, outils et solutions divergent, néanmoins, la problématique est prise au sérieux.

Les premières observations viennent des épisodes caniculaires répétés. Les fortes chaleurs affectent la production viticole et la maturation du raisin. La croissance du cep de vigne, très sensible aux aléas climatiques décale son cycle de croissance (bourgeonnement et floraison du cep).

Le constat qui en découle, c’est l’avancement progressif sur le calendrier de la saison des vendanges. Pour faire face à la maturation précoce du raisin, il est aujourd’hui de plus en plus rare de reculer la date de la récolte. Certains domaines choisissent même de ramasser le raisin par des températures basses, c’est-à-dire à l’aube ou même de nuit afin de conserver la qualité du raisin.

Il en est de même pour l’étape de vinification. Conséquence directe du changement climatique, on retrouve un vin plus alcoolisé, peu acide et des concentrations en sucre élevés. Ces vins capiteux ont tendance à moins se conserver dans la durée. Les vignes exposées non loin du pourtour méditerranéen sont déjà habituées à de telles conditions ce qui n’est pas le cas d’autres régions viticoles bien moins accoutumé au phénomène.

Quel niveau de menace sur la viticulture ?

Si l’on tient compte des estimations de hausse des températures sur le continent, de nouvelles approches pourraient émerger. En effet, la production viticole est très influencée par le changement climatique. Progressivement, nous nous dirigeons vers une relocalisation des régions viticoles vers le nord. Les pays les plus affectés seraient l’Italie, le Portugal, l’Espagne et la France, quatuor dominateur des productions en vin dans le monde.

Il faut cependant modérer ces propos. La donnée fondamentale à surveiller au fil de ces prochaines années, est la température moyenne annuelle. Ce n’est qu’au-delà d’un réchauffement de 4°C par rapport à la normale, que les terroirs et appellations d’origine contrôlées n’auraient plus de sens.

Ainsi, de nouvelles régions plus au nord de l’Europe, à la fois bien exposées et bénéficiant d’une terre de qualité pourraient à plus ou moins long terme devenir de nouvelles destinations viticoles. La Grande-Bretagne et la Pologne pourraient bénéficier du changement climatique et établir de nouvelles exploitations viticoles. Redessiner la carte des vins d’Europe n’est pour le moment pas envisagé mais reste une hypothèse crédible.

Plus au sud, la salinité des sols devient une menace croissante pour la culture de la vigne. Cette concentration en sel attaque les pieds de vigne et réduit considérablement le rendement en raisins. Le pourtour méditerranéen est la région la plus concernée par ce défi de taille.

Enfin, le blanc contrairement au rouge a besoin de températures un peu plus fraîches, sa maturation est également finement corrélée avec les précipitations. En cas d’une hausse importante des températures, le raisin blanc aurait donc plus de difficultés à être produit.

Une solution d’appoint, de nouveaux cépages ?

Face aux nouvelles menaces, certains chercheurs et biologistes ont d’ores et déjà réagi et trouvé des alternatives. La logique étant avant tout de s’adapter du mieux possible au changement climatique.

Première solution, l’apparition de nouveaux cépages de vigne pourrait répondre aux craintes des viticulteurs. Dans le bordelais par exemple, la montée des températures pose de grosses inquiétudes pour l’un de ces cépages de renom, le merlot.

Pour le moment interdit, en raison d’une appellation d’origine, la région bordelaise pourrait un jour réussir à implanter de nouveaux cépages venus du Portugal et d’Espagne. Des cépages qui résisteraient mieux aux épisodes caniculaires mais qui changeront significativement l’arôme du vin.

Le pinot noir de Bourgogne pourrait suivre la même direction mais pour cela, deux logiques devront se confronter. La logique du pragmatisme climatique face à la logique de terroir : d’une image de marque mondialement connue.

Une seconde solution plus consensuelle serait de replanter d’anciens cépages tombés en désuétude. Il permettrait de conserver un indice d’origine géographique tout en conservant des méthodes ancestrales et un caractère de terroir si cher dans le monde du vin.

D’autres solutions sont également envisagées et concernerait davantage le travail de vinification. Il s’agirait principalement de réduire le niveau d’alcool des vins produits. Cette solution plutôt polémique serait pour autant envisageable si d’autres solutions n’étaient pas appliquées en amont.

Quid du patrimoine millénaire

La prise de conscience de l’alerte climatique est faite, toutefois la réaction des pouvoirs publics n’est toujours pas celle que l’on peut espérer. Les institutions européennes n’ont pour le moment pas spécifiquement mis à l’agenda ou même pointé du doigt cette problématique, se contentant avant tout d’agir à plus grande échelle pour l’environnement et la protection des espaces agricoles.

Des réticences dans la profession sont aussi présentes, notamment chez les œnologues et cavistes. L’importance du patrimoine rattaché au vin, à son origine et par conséquent, ses déterminants olfactifs, visuels et gustatifs.

Cette analyse peut aussi s’appuyer sur la récente nomination des climats du vignoble de Bourgogne dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance montre le poids historique d’un métier issu de générations fait d’une harmonie entre la main de l’Homme et la diversité des climats bourguignons. On pourrait résumer cette dimension par les propos de Beaudelaire « Si le vin disparaissait de la production humaine, il se ferait dans la santé et dans l’intelligence un vide, une absence plus affreuse que tous les excès dont on le rend coupable. » Alors, in vino veritas ?

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