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Comment améliorer l’UE : les propositions de la jeunesse étudiante pour le prochain Parlement européen

, par Marion Gaillard , Pierre-Adrien Hanania

À la veille d’élections européennes qui ont vu triompher l’abstention et les partis europhobes, des étudiants de Sciences Po ont profité d’un cours sur l’UE pour proposer aux futurs députés et à la prochaine Commission des pistes de réflexion pour améliorer la visibilité de cette dernière et développer le sentiment d’appartenance commune de ses citoyens.

Auteurs

  • Pierre-Adrien, étudiant en Sciences Politiques et rédacteur en chef du magazine franco-allemand l’Ingénu

  • Diplômée de l’IEP de Paris et docteur en Histoire, spécialiste des relations franco-allemandes et des questions européennes

Mieux communiquer sur l’UE et ses actions

Voilà une proposition simple ne nécessitant ni réforme des traités ni débat houleux sur de nouveaux transferts de compétences !!! Il s’agirait simplement de lancer une vaste campagne de communication sur le fonctionnement de l’Union et sur ses différentes actions en matière d’agriculture, de cohésion, de recherche, de développement durable, de lutte contre le chômage des jeunes, d’éducation, de solidarité internationale. Cette campagne devrait bien entendu être diffusée simultanément dans les 28 Etats membres et mettre l’accent sur ce que l’UE apporte aux citoyens sur tout son territoire.

Devant l’échec de la Commission à communiquer efficacement, il conviendrait de charger une agence ayant déjà connu de grands succès de mettre en place cette campagne, qui devrait par ailleurs tenir compte des spécificités locales comme le font les publicitaires pour les entreprises internationales.

Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de communiquer davantage sur les règlements et directives votés par le Conseil et le Parlement. Il est frappant de voir que s’ils ne prennent pas l’initiative de chercher, les citoyens n’ont guère d’occasion d’être informés des grands textes législatifs adoptés par l’UE, ce qui renforce l’impression d’opacité du système et surtout prive l’Europe de faire connaître au plus grand nombre l’ampleur des actions qu’elle entreprend.

On touche là à un deuxième point mis en avant par les jeunes :

La nécessité d’européaniser l’information.

Pour avoir accès à des informations sur l’Union elle-même ou sur ses pays membres, il faut vraiment la chercher, il faut faire la démarche spécifique de regarder les journaux étrangers, une chaîne comme Euronews, ou, lorsque cela existait encore, le site Presseurop. Cela fait d’ailleurs partie des mesures attendues par la jeunesse étudiante : la réouverture de ce site essentiel à l’européanisation de l’information.

Mais au-delà des chaînes ou sites spécialisés qui rendent accessibles l’information à celui qui la cherche, il faut impérativement la diffuser à celui qui ne la cherche pas, faute de quoi l’UE restera connue de ceux qui s’y intéressent déjà ! Pourquoi ne peut-on pas imaginer parler d’Europe non pas seulement quand elle va mal mais quand elle vote un texte important, quand elle propose un nouveau programme de lutte contre le chômage de la jeunesse ou quand elle lance un nouveau plan de lutte contre le réchauffement climatique ? Il faudrait que les journaux télévisés des grandes chaînes nationales comme TF1, BBC, ARD ou autres fassent chaque jour un sujet sur l’UE ou sur un de ses pays membres. De plus, on pourrait imaginer une sorte d’ « exception culturelle européenne » qui, sur le modèle français, imposerait un quota d’œuvres européennes (chansons, fictions, films…) à la télévision et à la radio.

Le seul moyen de populariser l’UE est d’utiliser les médias de masse et non pas quelques parutions confidentielles, certes essentielles mais qui ne touchent pas le plus grand nombre. Une idée mise en avant par une étudiante serait de créer une émission de « téléréalité » offrant au gagnant un voyage autour de l’Europe. On pourrait aussi imaginer un jeu télévisé sur le modèle de « Qui veut gagner des millions ? » dont les questions ne porteraient que sur l’Europe, sa géographie, sa culture, son histoire, sa cuisine, sa musique… L’idée d’offrir au vainqueur un tour d’Europe permettrait aussi de mieux faire connaître le continent à ses citoyens.

Développer l’enseignement de l’Europe

Une autre proposition va dans le même sens, celui de davantage faire connaître l’Union à ses citoyens : développer dans les manuels scolaires la connaissance du patrimoine naturel, historique, artistique, culturel et architectural des pays membres afin de mettre en avant à la fois l’héritage commun du continent mais aussi sa diversité, qui en fait sa richesse. L’élargissement à l’Est a renforcé le patrimoine européen mais les nouveaux Etats entrés depuis 2004 restent souvent méconnus à l’Ouest et l’enseignement en histoire, en géographie, en histoire de l’art ou en musique par exemple pourrait contribuer utilement à combler ces lacunes.

De même, on pourrait envisager, comme l’ont suggéré certains étudiants, de faire du 9 mai, jour de la fête de l’Europe, une vraie fête « nationale » en en faisant une « Journée de l’Europe » à l’école. On utiliserait cette journée pour évoquer les grandes dates de la construction européenne, ses acquis, ses actions, mais aussi justement en évoquant ses pays membres et leur patrimoine, à travers des photos ou des documentaires. On pourrait la préparer en amont en invitant les élèves qui sont partis en vacances ou sont originaires d’autres pays à apporter leurs photos et à raconter leur expérience. Une autre idée a été de mettre en place dans les cantines « une semaine du goût européenne » pendant laquelle on ferait déguster des spécialités des différents Etats.

Enfin créer un Musée de l’Europe dans chaque capitale a été aussi avancé pour favoriser une meilleure connaissance de l’UE et de ses membres parmi les citoyens.

Approfondir Eramus

Toujours en lien avec l’enseignement, il a été suggéré d’améliorer le fonctionnement du programme Erasmus en instaurant davantage de réciprocité entre l’UE et les étudiants. Il s’agirait en réalité d’impliquer plus les bénéficiaires des bourses Eramus dans la promotion de l’UE et de ce programme. Une étudiante a proposé de rendre obligatoire un cours sur l’Union avant ou pendant le séjour à l’étranger. En outre, les étudiants Erasmus auraient l’obligation de partager leur expérience avec leurs camarades par le biais de présentations orales au sein de leur établissement. Ils pourraient également être incités à donner des conférences dans des écoles, des collèges et des lycées pour sensibiliser la jeunesse à l’Europe et la rendre plus concrète et plus attrayante par un récit fondé sur une expérience personnelle. Enfin, pour développer l’échange entre l’UE et les étudiants Erasmus, il pourrait être intéressant que le Parlement reçoive chaque année des étudiants ambassadeurs de leur programme pour en discuter et y apporter des améliorations si besoin.

En outre afin de resserrer les liens entre les institutions et la jeunesse, un étudiant a énoncé l’idée de créer une commission parlementaire « Jeunesse » au PE et un poste de commissaire à la jeunesse spécifique au sein de la Commission européenne.

La nécessité de renforcer le sentiment européen chez les citoyens apparaît ainsi au cœur des préoccupations de la jeunesse. Toutes les propositions ci-dessus vont dans ce sens, tout comme celle de créer une Maison de l’Europe dans chaque ville de plus de 10 000 habitants. Celle-ci serait chargée d’offrir des cours de langues, de diffuser des renseignements sur les migrations du travail au sein de l’UE, sur les modalités d’installation dans un autre Etat membre, sur les voyages étudiants, sur le service volontaire européen, sur les actes législatifs votés par l’UE, sur les droits garantis par la charte des droits fondamentaux.

Pour rapprocher l’Europe des citoyens, il conviendrait aussi que celle-ci puisse agir réellement sur les problèmes qui les préoccupent, au premier rang desquels l’emploi. Or l’UE n’est pas compétente dans ce domaine où elle ne fait qu’appuyer l’action des Etats membres. Pourtant, il a été suggéré de créer un Pôle Emploi européen, qui regrouperait les offres et les demandes d’emploi sur tout le territoire de l’UE afin de parachever le marché intérieur et de favoriser la mobilité du travail.

Les étudiants ont donc manifesté un vif intérêt pour tout ce qui pourrait faire émerger un réel sentiment d’appartenance à l’UE. Mais ils ont aussi évoqué les questions économiques et fiscales, prônant notamment la création d’un impôt européen, qui permettrait d’ailleurs aussi de renforcer le sentiment citoyen, à la condition qu’il soit, dans un premier temps tout du moins, symbolique (voire qu’il soit créé en échange d’une baisse du même montant des impôts nationaux) et affecté à des projets précis, connus des contribuables et susceptibles d’emporter leur adhésion (lutte contre le chômage des jeunes, rénovation du parc éducatif, aide à la transition énergétique, aide à des laboratoires de recherche…).

En outre, il a été proposé de créer des incubateurs européens spécialisés dans les domaines d’avenir comme le numérique, l’écologie, la formation professionnelle, la santé et qui seraient financés par le budget de l’UE (éventuellement d’ailleurs par ce nouvel impôt). Cela permettrait des synergies au niveau du continent pouvant accélérer les progrès dans ces secteurs clés pour l’avenir, la croissance et l’emploi.

Voilà ainsi quelques propositions sur lesquelles nos futurs députés pourraient plancher de manière utile pendant leur prochain mandat !

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Vos commentaires

  • Le 30 mai 2014 à 11:41, par Jean-Luc Le"fèvre En réponse à : Comment améliorer l’UE : les propositions de la jeunesse étudiante pour le prochain Parlement européen

    Développer l’enseignement de l’Europe ? Comment ne pas être d’accord avec cela ? Mieux faire connaître le patrimoine naturel, historique, culturel, artistique et architectural...notre héritage commun et sa diversité ? D’accord encore ! Mais n’est-ce pas déjà le cas ? Dans la formation des lycéens, ne leur parle-t-on pas, déjà, de toute ce patrimoine, dans toute sa diversité ? Sans doute avez-vous raison quand vous dénoncez le fait que nos manuels scolaires n’ont pas accompagné l’élargissement de l’Union, vers l’est notamment. Mais ont-ils jamais fait place, même marginale, au patrimoine des cultures situées aux marches du continent ? Mais ont-ils jamais permis une approche autre que nationale de ce patrimoine ? Mais ont-ils jamais présenté ce patrimoine autrement qu’en termes de différences,voire de spécificités alors que partout il est tissé de mutuelles influences ? L’approfondissement de l’enseignement de l’Europe que vous appelez de vos vœux est indispensable. Il n’est cependant possible qu’à certaines conditions. D’abord, accepter de sortir du cadre strict de la subsidiarité et, pour cela, accepter l’idée que nos cultures et nos patrimoines sont métissés ( le drapeau anglais - Saint Georges renvoie à un martyr...palestinien, la rocaille de ce palais letton est italienne, la tapisserie des Gobelins est aussi flamande...). Accepter enfin que nos manuels scolaires échappent à la tutelle nationale des ex-grandes puissances et soit confiée à des historiens venus des « petits » pays en Europe : d’européen, le manuel franco-allemand d’histoire n’en a que le nom. C’est une juxtaposition de points de vue, l’essai de synthèse n’a pas été conclu !

  • Le 30 mai 2014 à 12:59, par Ferghane Azihari En réponse à : Comment améliorer l’UE : les propositions de la jeunesse étudiante pour le prochain Parlement européen

    Fonder le sentiment d’appartenance sur les musées,l’histoire et la culture, cela me rappelle la construction des États-nations. L’Europe ne s’est pas construite contre les nationalismes pour en reproduire un à son échelle, ce qui serait bien évidement contre-productif comme nous le montrent les exemples espagnols et belges puisque ce sont les nationalismes étatiques qui engendrent les nationalismes locaux (Catalogne & Flandre).

    Une surenchère euro-nationaliste ne ferait qu’exacerber les nationalismes étatiques. Si l’Europe est en droit de promouvoir son identité et son histoire (même si tout cela reste un artifice idéologique arbitraire), ce n’est pas dessus qu’elle doit se fonder mais sur un quelque chose de rationnel (et donc universel) capable de s’élever au-dessus de tous les particularismes du vieux continent. Même si cette rationalité doit-être irrationnellement inculquée (l’habitude).

    Si l’Union européenne veut avoir un sens pour ses citoyens, elle doit cesser de véhiculer le nationalisme avec ses structures intergouvernementales qui entretient l’idée qu’elle est une affaire étrangère. Se sentir citoyen d’un espace accaparé par des diplomates est en effet impossible.

    Et c’est uniquement lorsqu’on passera d’une Europe des diplomates à une Europe des citoyens que la citoyenneté européenne aura un sens pour tous ceux qui en sont titulaires. Bien évidemment, cela implique aussi de rompre avec l’environnement stato-nationaliste à l’échelle étatique et locale.

  • Le 31 mai 2014 à 14:20, par tnemessiacne En réponse à : Comment améliorer l’UE : les propositions de la jeunesse étudiante pour le prochain Parlement européen

    @Jean-Luc Le« fèvre »Développer l’enseignement de l’Europe ? Comment ne pas être d’accord avec cela ? Mieux faire connaître le patrimoine naturel, historique, culturel, artistique et architectural...notre héritage commun et sa diversité ? D’accord encore ! Mais n’est-ce pas déjà le cas ?"

    Je peux citer plusieurs régions, villes, départements, fleuves, montagnes, domaines etc... en France, mais en dehors...

    Ce doit être une dizaine maximum par pays.

    Un idée, serait par exemple de traduire ces données en français. Car par exemple sur Google map, qui est facile d’accès, regarder les noms en polonais, c’est difficile de se faire une idée.

  • Le 3 juin 2014 à 02:07, par Alexandre Marin En réponse à : Comment améliorer l’UE : les propositions de la jeunesse étudiante pour le prochain Parlement européen

    « Fonder le sentiment d’appartenance sur les musées,l’histoire et la culture, cela me rappelle la construction des États-nations ».

    Sans vouloir t’accuser de voir le mal un peu partout, personne n’a parlé de fonder le sentiment d’appartenance sur les musées, l’Histoire et la culture. Il s’agit juste d’enseigner aux élèves l’Histoire et la culture, il ne s’agit pas d’éducation civique.

    Ensuite, pour connaître et apprécier la culture des autres, il faut bien connaître la sienne. Par exemple, sur une plate-forme comme Youtube, spécialement renommée pour la bêtise de ses commentaires, les gens qui accusent l’Europe et l’immigration de vouloir écraser la langue française s’expriment souvent dans un Français, pour le moins rudimentaire.

    On a peur de perdre ce que l’on n’a pas, et la peur de l’autre vient d’abord de l’ignorance de soi-même.

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