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Conventions nationales : la fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

, par Hervé Moritz

Alors que le non-candidat Emmanuel Macron sillonne la France pour dresser le « diagnostic » de la société française, il évoque au détour de certains de ses discours les premières propositions pour la relance du projet européen.

Emmanuel Macron, non candidat à la présidentielle de 2017. – © Claude Truong-Ngoc /Wikimedia Commons

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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« Macron, l’Européen » ? La presse ne s’y trompe pas. Dans la campagne des présidentielles qui s’ouvre, le jeune loup Macron s’affiche comme le « Trudeau à la française », réformiste européen qui n’hésitera pas à aller au front pour défendre le projet des pères fondateurs. Cependant, à la lumière de ses premières propositions, le portrait n’est pas sans ombre au tableau.

Le 4 octobre dernier, le non-candidat à la présidentielle était à Strasbourg pour la première étape des meetings d’ « En Marche ! ». Il en a profité pour lancer quelques propositions qu’il estime pertinentes pour relancer l’Union européenne, actuellement au point mort.

Des listes paneuropéennes

Le mot d’ordre d’Emmanuel Macron en matière de démocratie est de « changer la représentativité en politique ». Le non-candidat déplore l’écart entre la composition de la représentation nationale et le suffrage des électeurs, prônant ainsi l’introduction de la proportionnelle en France. Même logique au niveau européen.

« Je souhaite qu’on puisse avancer sur cette belle idée qui a été proposée il y a quelques mois par Daniel Cohn-Bendit, celle de précisément utiliser le contingent de parlementaires britanniques pour en faire un vrai contingent de parlementaires européens élus sur un scrutin de liste paneuropéen, c’est-à-dire faire vivre enfin cette démocratie européenne. » (1)

Si les citoyens européens sont mal représentés, mal écoutés, au niveau européen, c’est parce que le débat reste national. Le remède à cette « nationalisation » des scrutins électoraux et des débats politiques, serait l’introduction de listes paneuropéennes. Cette idée qui a germé dans l’esprit de Dany Cohn-Bendit (qui soutient d’ores et déjà le non-candidat Macron), n’est pas neuve. Le Brexit offre une occasion inespérée d’appliquer la mesure lors des élections européennes de 2019. Les 73 députés européens britanniques ne seront pas remplacés, si les négociations sur le Brexit aboutissent d’ici-là. Au lieu de réduire le nombre de députés européens, ces 73 sièges pourraient être pourvus à la proportionnelle grâce à un scrutin de listes. Qu’importe la nationalité des candidats, chaque parti européen présenterait une liste et son chef de file, dont la campagne serait continentale et ne se limiterait pas aux frontières nationales. Ces dispositions devraient faire émerger dans le meilleur des scénario un débat paneuropéen sur l’avenir de l’Union, un véritable espace public européen.

Des conventions nationales

La visière nationale entache pourtant la deuxième proposition phare du programme en cours d’écriture d’Emmanuel Macron.

« Si nous voulons refonder l’Europe, nous devons organiser des conventions démocratiques dans l’ensemble des pays, donner six mois, un an, à un vrai débat citoyen, organisé librement dans les 27 pays, non pas pour construire un texte incompréhensible, mais les principes d’une Europe que nos concitoyens veulent, c’est-à-dire une vision partagée. Il faut engager le peuple. C’est ainsi que nous redonnerons cette vitalité, cette adhésion au projet européen à nos concitoyens pour les projets que nous portons. » (2)

La nuance réside dans le nombre. Laisser les 27 Etats-membres organiser des conventions démocratiques peut se traduire par l’organisation de 27 conventions nationales, ouvrant la porte à un débat citoyen nécessaire, mais étriqué. Dans ce cas de figure, le débat ne serait pas européen, il serait national. Or, la tenue de 27 débats nationaux, organisés par les Etats membres, n’est pas souhaitable.

Sortir du carcan national

Si la solution ne peut pas venir des Etats, on ne peut laisser l’Etat-nation, qui défendra toujours ce qui lui reste de souveraineté, même si c’ est au détriment de la souveraineté globale de ses citoyens, organiser de telles conventions citoyennes dont l’objectif est la refonte de l’Europe. Procéder ainsi, c’est enfermer ces débats sur le projet européen dans un carcan national. Or l’entre-soi national ne peut pas faire naître un projet commun.

Pire encore, à l’issue de ces conventions nationales, comment concilier les 27 projets issus de ces discussions ? Comment ne pas imaginer que les Français refuseront le projet allemand, que les Allemands refuseront celui des Français, des Grecs ou des Italiens ? Comment choisir le projet qui fera l’unanimité des Européens sans braquer une grande partie des citoyens, qui auront participé à l’élaboration d’un projet écarté ? Comment éviter le consensus mou ?

Ces interrogations mettent en lumière l’épine du problème. Il ne peut y avoir 27 conventions nationales, car nous ne voulons pas de 27 projets européens, nous en voulons un, un seul, qui remporte l’adhésion des citoyens de l’Union européenne. La solution est alors évidente. Il ne faut pas 27 conventions, mais une seule, une convention européenne, qui saura porter la voix des citoyens dans leur ensemble et animer un débat qui sortira des frontières nationales. Cette Convention doit inclure tous les citoyens par leur participation à la rédaction de ce projet et par leur représentation au sein d’une assemblée. Cette assemblée, c’est le Parlement européen issu du scrutin de 2019. Le Parlement doit faire la révolution qu’il n’ose pas mener : reprendre l’initiative sur l’écriture du projet européen.

En attendant, l’élève Macron peut mieux faire.

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Vos commentaires

  • Le 28 octobre à 16:47, par Benjamin En réponse à : Conventions nationales : la fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

    Bonjour Hervé Moritz

    Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

    Tu ne te prends pas un peu au sérieux ? « En attendant, l’élève Macron peut mieux faire. »

    Attendons un programme plutôt que d’essayer de lire entre les lignes pour chercher des erreurs dans ce qui n’existe pas encore...

    Ce qui est vrai je pense c’est la volonté pour EM d’ouvrir la France à plus d’Europe pour peser dans un monde qui n’est plus le même que celui de nos parents. En attendant la méthode, il faut déjà s’en convaincre (que l’Europe est bonne pour nous surtout si elle est forte) et ce n’est pas la volonté de tout le monde en France.

  • Le 28 octobre à 22:26, par Rémi En réponse à : Conventions nationales : la fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

    L’idée parait en effet saugrenue. Parler d’Europe sans les autres Européens, c’est oublier la nécessité d’une vue d’ensemble. On a d’ailleurs vu ce que donnait la méthode sur la question des réfugiés, un bordel incroyable, des pays dépassés et... pas de solution. Pour faire émerger quelque chose de nouveau, il faut se confronter aux autres surtout quand ils ne sont pas d’accord.

    Par ailleurs, Trudeau a deux différences avec Macron. La première est qu’il était le chef d’un parti solidement ancré dans le paysage politique. Et en politique, sans parti, on arrive à rien. La deuxième est qu’il a remporté les élections générales de son pays tandis qu’Emmanuel Macron ne s’est jamais présenté à une seule élection.

  • Le 28 octobre à 22:26, par Rémi En réponse à : Conventions nationales : la fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

    L’idée parait en effet saugrenue. Parler d’Europe sans les autres Européens, c’est oublier la nécessité d’une vue d’ensemble. On a d’ailleurs vu ce que donnait la méthode sur la question des réfugiés, un bordel incroyable, des pays dépassés et... pas de solution. Pour faire émerger quelque chose de nouveau, il faut se confronter aux autres surtout quand ils ne sont pas d’accord.

    Par ailleurs, Trudeau a deux différences avec Macron. La première est qu’il était le chef d’un parti solidement ancré dans le paysage politique. Et en politique, sans parti, on arrive à rien. La deuxième est qu’il a remporté les élections générales de son pays tandis qu’Emmanuel Macron ne s’est jamais présenté à une seule élection.

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