Le Danemark a un nouveau gouvernement mais pas une nouvelle cheffe de gouvernement ! La Première ministre Mette Frederiksen repart pour un 3e mandat consécutif avec un gouvernement de coalition comme le Danemark en a l’habitude, appelé « le trèfle » car composé de 4 partis danois allant du centre droit au centre gauche. De tendance écolo-européiste, la nouvelle coalition est composée du parti Social-démocratie, du Parti populaire socialiste (SF, pour « Socialistisk Folkeparti »), du Parti social-libéral (Radikale Venstre, centre gauche) et des Modérés (Moderaterne, centre). Pour la première fois, le gouvernement compte plus de femmes que d’hommes, avec 11 ministres féminins sur les 21 ministres nommés par Mette Frederiksen.
Une coalition plus à gauche mais avec un programme de droite
Le Danemark a une économie qui va bien. Le pays connaît actuellement un énorme excédent économique, notamment grâce aux recettes fiscales massives provenant de grandes entreprises comme le géant pharmaceutique Novo Nordisk.
De plus, le gouvernement danois a supprimé un jour férié, le Store Bededag (« Grand Jour de prière »), une fête religieuse datant du XVIIe siècle célébrée le quatrième vendredi après Pâques. Depuis 2024, ce n’est plus un jour chômé, ce qui permet une rentrée supplémentaire de plusieurs milliards d’euros dans les caisses publiques.
Dans son programme, le gouvernement danois s’accorde sur plus de dépenses publiques et une baisse d’impôts. Pour les dépenses publiques, ils planifient une augmentation de certaines politiques sociales telles que les transports publics gratuits pour les moins de 22 ans, une extension progressive des soins dentaires gratuits, des aides accrues pour certains retraités, et le renforcement de la psychiatrie infantile et des services publics. Pour la réduction des impôts, ils tablent sur une réduction de l’impôt sur les entreprises, une suppression ou baisse de certaines tranches d’impôt sur le revenu, et une baisse de TVA sur l’alimentation, voire suppression pour les fruits et légumes, sera mis à l’ordre du jour des discussions parlementaires.
Un autre pilier de la politique économique danoise passe aussi par la formation, avec un premier mouvement de transformation des formations. Une réforme de l’enseignement supérieur a visé à raccourcir certains cursus universitaires, notamment en passant les Masters de 2 ans à 1 an et quart, pour accélérer l’entrée sur le marché du travail. A cela s’ajoute un recentrage des universités et de la formation sur les besoins économiques immédiats et les pénuries de main-d’œuvre. Ainsi, les universités sont poussées à adapter leurs formations aux secteurs en tension comme l’ingénierie, le numérique, la santé ou encore la transition écologique.
Marché du travail : une réforme structurelle sur des bases idéologiques
Le second pilier a également été de réformer le marché du travail pour augmenter le taux d’emploi par trois biais : une réforme de la recherche d’emplois, la réduction des allocations chômage pour les jeunes diplômés et l’obligation de travail des immigrés.
Les centre de chômage danois dans lesquels les danois devaient se rendre pour chercher un emploi et percevoir une aide financière étatique sont en train de fermer à cause de leur caractère trop bureaucratique et et à la place, des acteurs privés (par exemple les syndicats et les caisses d’assurance chômage) devront aider les personnes à retrouver un emploi pendant les six premiers mois. Le montant des allocations chômage a été sensiblement réduit pour les nouveaux diplômés afin qu’il soit financièrement plus avantageux d’accepter un emploi plutôt que de rester au chômage. Concernant les immigrés non occidentaux, le gouvernement a instauré une obligation de travail fixe. Si une personne immigrée vit au Danemark depuis plusieurs années et reçoit des aides sociales, elle doit travailler 37 heures par semaine dans ce qu’on appelle des « emplois d’utilité publique » afin de continuer à percevoir ses aides.
A cela s’ajoute une augmentation progressive de l’âge de la retraite afin d’adapter le système au vieillissement démographique. Des règles relativement flexibles pour les entreprises pour qui il est plus facile d’embaucher et de licencier qu’en France avec en échange, des aides importantes mais avec des obligations fortes de formation, de recherche active d’emploi, et d’acceptation plus rapide des offres proposées. C’est la logique danoise de la « flexisécurité ».Le raisonnement danois est souvent celui d’une adaptation rapide et permanente plutôt qu’une protection rigide des structures existantes.
Écologie : le choix de l’ambition
En matière d’écologie, le mot d’ordre a été l’ambition. Le gouvernement danois veut insuffler une modernisation technologique et écologique de l’agriculture grâce à des investissements publics, des taxes carbone et des subventions à l’innovation verte. Les agriculteurs sont contraints d’investir des milliards dans de nouvelles technologies (par exemple des aliments permettant de réduire les émissions de méthane des vaches, des machines capables de récupérer les résidus de lisier, ou des aliments qui réduisent chimiquement les gaz et émissions des vaches) ou de convertir certaines terres agricoles en forêts.
L’objectif est donc que le Danemark continue à produire beaucoup de nourriture à l’avenir, mais avec une empreinte climatique nettement plus faible.
Il y a aussi d’autres mesures écologiques portées par le gouvernement en vu d’une forte accélération de la transition énergétique, avec le développement massif de l’éolien offshore, l’électrification et objectifs climatiques très ambitieux (réduction de 70 % des émissions d’ici 2030), une barre placée haute en termes d’ambitions et de chiffres, ainsi que de politiques de logement et d’urbanisme très orientées vers les transports publics, le vélo et la sobriété énergétique.
L’Immigration : le sujet qui fait grincer des dents
Vient ensuite le sujet de l’immigration, avec un durcissement important de la politique migratoire depuis plusieurs années, comprenant expulsions renforcées des étrangers condamnés, soutien des centres de rétention hors d’Europe, limitation de l’immigration irrégulière et durcissement des lois pour le rapatriement familial.
Le Danemark possède des règles de regroupement familial parmi les plus strictes en Europe. Le principal problème, critiqué par le Conseil de l’Europe, concerne ce qu’on appelle la « règle des 24 ans » et le « critère de rattachement ». Pour pouvoir faire venir son, conjoint étranger au Danemark, il est demandé de remplir une longue série de conditions strictes : les deux conjoints doivent avoir plus de 24 ans, verser une garantie financière (caution bancaire) de plus de 100 000 couronnes à l’État ; la personne vivant déjà au Danemark doit disposer d’un logement d’une certaine taille et ne pas avoir perçu d’aides sociales pendant trois ans ; et réussir des examens de danois difficiles.
Politique étrangère et européenne : un terrain de discussion et des opportunités pour le continent européen
Sur le plan international, le pays se montre favorable à la militarisation du continent, avec des investissements dans la défense depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un rapprochement renforcé dans le cadre de l’OTAN et la protection de l’Arctique et du Groenland.
Le Danemark apparaît ainsi comme un État nordique de plus en plus affirmé sur les questions stratégiques et sécuritaires européennes, ouvrant une vraie porte de coopération internationale et européenne pour le pays.
Face à la pression croissante sur le modèle social, le Danemark reste très protecteur, mais avec une logique plus exigeante de contrepartie (travail, formation, activation) et une volonté de maintenir un haut niveau de confiance sociale et de cohésion malgré les transformations économiques.
En réalité, le projet danois actuel ressemble à une forme de social-démocratie modernisée, très orientée vers le travail, technologiquement optimiste, écologiste mais productiviste, avec un État fort mais économiquement pragmatique. Le pays n’est plus l’eldorado social connu, mais cherche à maintenir un système de haut niveau, même si cela signifie quelques réformes, et des contreparties parfois très contestées.
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