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Carton rouge à David Cameron : le nationalisme xénophobe n’a pas sa place en Europe

, par Ferghane Azihari

Le Premier ministre britannique, David Cameron a récemment tenu des propos historiques, d’une xénophobie sans précédent pour un dirigeant européen et cela depuis très longtemps. Cette stigmatisation délibérée, imprégnée de considérations populistes, est en réaction au fait que dès le premier janvier 2014,bulgares et roumains pourront pleinement jouir de la libre-circulation au même titre que tous les citoyens européens

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Il est regrettable que la seule stratégie du Premier Ministre britannique consiste à singer l’extrême-droite au lieu de l’attaquer de front. Plus que lâche, cette stratégie est inefficace car on préfère toujours l’original à la copie. Le locataire de Downing Street aurait du suffisamment observer ce qu’il se passait de l’autre côté de la Manche pour éviter de commettre les mêmes erreurs. Mais cela pose encore fois la question de la vision britannique de l’Europe. Si ces derniers sont incapables de la voir autrement qu’une vulgaire société de marchands, il va bien falloir qu’ils en tirent les conclusions.

L’Europe n’est pas qu’un projet utilitariste.

Oui à la libre-circulation des biens. Oui à la libre-circulation des services. Oui à la libre-circulation des capitaux. Non à la libre-circulation des personnes. Voici ce que nous propose David Cameron, considérant l’Europe comme un simple moyen de remplir le portefeuille des nationaux britanniques. Or si l’intégration économique constitue à tort ou à raison le moteur principal de la construction européenne, celle-ci a vocation à être bien plus qu’un marché de 500 millions de consommateurs. L’Europe est aussi un projet citoyen cosmopolite qui consacre l’égalité des êtres humains qu’ils soient britanniques, roumains, français ou bulgares. Si les élites britanniques sont incapables de regarder l’Europe autrement qu’à travers un prisme nationaliste et marchand et que cette vision est soutenue par la majorité du peuple britannique, alors ils ont effectivement raison de s’interroger sur leur appartenance à l’Union européenne.

Le Royaume-Uni et le libéralisme politique, de l’avant-gardisme à l’obsolescence.

Tout ceci est d’autant plus regrettable que les britanniques ont l’habitude de revendiquer, à juste titre, un droit d’aînesse en Europe en ce qui concerne le libéralisme politique. Berceau de la démocratie parlementaire moderne, il s’est toujours montré à l’avant-garde de la philosophie politique européenne avec des textes & concepts qui à l’époque étaient tout simplement innovants. La Magna Carta, l’Habeas Corpus ainsi que tout ce qui en découle c’est-à-dire l’État de droit, la démocratie et les droits de l’Homme n’étaient pas des concepts qui allaient de soi. Il n’est plus nécessaire de présenter les précurseurs du libéralisme comme John Locke, qui ont véritablement influencé toute la philosophie politique occidentale et même au-delà.

Il est triste de voir que ces mêmes britanniques sont paradoxalement incapables d’universaliser ces concepts aujourd’hui considérés comme élémentaires et de refuser de les élargir à ceux qui sont coupables de ne pas avoir leur nationalité. En restant enfermés dans la vision selon laquelle tout ce qu’ils avaient fabriqué n’était valide que dans un cadre national, ils sont passés de Nation avant-gardiste à Nation passéiste. Quoi qu’il en soit cette vision est incompatible avec l’appartenance à l’Union européenne. Ils devront choisir entre l’une et l’autre.

Voir en ligne : Crédit photographique : Department for Business, Innovation and Skills

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Vos commentaires

  • Le 14 décembre 2013 à 13:20, par alexandre Marin En réponse à : Carton rouge à David Cameron : le nationalisme xénophobe n’a pas sa place en Europe

    Autant, on pouvait comprendre l’adhésion des citoyens britanniques éclairés à l’euro-scepticisme de Thatcher : le Royaume-Uni avait des relations politiques et économiques privilégiées avec les Etats-Unis. C’est pourquoi, ils voyaient mal la nécessité de céder leur souveraineté « nationale » à une Europe politique, ou à des règles économiques communes, d’où leur volonté de réduire la Communauté européenne à une zone de libre échange.

    Autant, de nos jours, les réalités sont différentes : les Britanniques ont vu leur influence politique, diplomatique et commerciale s’effondrer. L’euro-scepticisme thatchérien n’a plus de sens, surtout quand on sait que c’est Bruxelles le partenaire économique privilégié de Washington, et non plus Londres.

  • Le 14 décembre 2013 à 15:57, par Azihari Ferghane En réponse à : Carton rouge à David Cameron : le nationalisme xénophobe n’a pas sa place en Europe

    Merci pour votre commentaire. Cependant permettez moi de déplorer le fait que celui-ci est à l’image de ce que je dénonce puisque l’on ne cesse de vendre l’idée européenne à travers l’utilisation exclusive des arguments économiques, occultant ainsi les aspects humanistes qu’il faudrait selon moi davantage mettre en avant. Car la démarche exclusivement utilitariste tend à faire de l’Homme un vulgaire outil au service de la seule cause marchande, ce qui participe à sa déshumanisation.

    L’exemple le plus frappant tient à ce que les seuls arguments qui s’opposent lors des débats sur l’immigration est son éventuelle rentabilité. « Est-ce que c’est rentable ? Est ce que ça nous sert à quelque chose ? » de la même manière que l’on peut parler d’un vulgaire tournevis...

  • Le 15 décembre 2013 à 03:11, par Xavier C. En réponse à : Carton rouge à David Cameron : le nationalisme xénophobe n’a pas sa place en Europe

    Je ne pensais pas écrire cela sur un article de Ferghane Azihari : Tout à fait d’accord.

    Sans mais. Juste mon chapeau bien bas.

    De plus rappelons toute la panique qu’on a eu avec l’invasion polonaise... Et finalement on a tout à gagner que les Polonais s’enrichissent et deviennent de vrais partenaires économiques.

  • Le 15 décembre 2013 à 12:45, par Azihari Ferghane En réponse à : Carton rouge à David Cameron : le nationalisme xénophobe n’a pas sa place en Europe

    Merci cher Xavier,

    Mais n’exagère pas quand tu sous-entends qu’on est rarement d’accord :p. J’ai remarqué que seules les considérations économiques nous séparaient. Tu devrais d’ailleurs apprécié mes prochains articles. Un qui traite encore de l’immigration et l’autre qui traite de la nécessité d’éradiquer le jacobinisme français.

    (Déjà disponible sur mon blog si tu es curieux...)

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