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De la culture d’accueil à celle de l’expulsion

Colonne « Une lettre à l’Europe »

, par Ivana Peric, traduit par Robin Huguenot-Noël

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L’année a à peine commencé et voilà que le débat sur les réfugiés prend une nouvelle tournure. Les agressions sexuelles subies par des femmes dans de nombreuses villes allemandes la nuit de la Saint Sylvestre poussent toute l’Europe à se lancer dans des débats enflammés à ce sujet, dans un contexte de pression populaire pour des sanctions fortes et rapides. Ainsi, la demande pour des règles d’expulsions plus sévères pour demandeurs d’asile reconnus coupables d’une infraction ne cesse d’augmenter. Lettre à Madame Merkel.

Après les agressions à Cologne, Angela Merkel veut prendre des mesures plus dures à l’encontre des demandeurs d’asile reconnus coupables de crimes. – © Metropolico.org / Flickr (Link) / CC BY-SA 2.0-Lizenz (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/)

Auteurs

  • Ivana Peric étudie les sciences de la communication à l’Université de Bamberg. Ivana a acquis ses premières expériences journalistiques dans la communication d’entreprise pour de grands groupes internationaux et au sein d’organisations internationales en Europe et en Amérique du Sud. Depuis mars 2015, elle est coordinatrice marketing et responsable des relations marketing pour treffpunkteuropa.de, la version allemande du Taurillon.

Chère Madame Merkel,

Depuis le début de l’année, nul thème ne semble faire couler autant d’encre, éveiller tant de passions, tant en Allemagne que dans tout le reste de l’Europe, que celui des attaques subies par des femmes lors du réveillon de Nouvel an.

Ces agressions me donnent non seulement des frissons, mais elles me poussent par ailleurs à la réflexion. Alors même que l’identité exacte des criminels n’a pas encore été déterminée, leur description « des hommes à l’air d’Afrique du Nord et arabe » semble suffire à une bonne partie de la population pour en tirer la conclusion que ces évènements étaient liés aux réfugiés.

Réduire la violence sexuelle à une question de couleur de peau, de culture et de nation, fait le lit de Pegida et consorts. Il s’agit par ailleurs de l’arbre qui cache la forêt tant la vraie question semble être, chère Madame Merkel, celle des conditions qui mènent à ces actes de violence.

Plus la distance des lieux du crime est grande, plus semble s’éloigner la compréhension de ces événements. Comme si le ton du débat, encore relativement mesuré ici, était voué à s’évaporer avant son arrivée dans les autres pays européens !

Les principaux médias européens créent de toute pièce d’étonnantes analogies, jouant avec les peurs que l’afflux de nombreux demandeurs d’asile a récemment éveillées. On peut par ailleurs présager que de telles conclusions hâtives seront utilisées par certains Etats-membres de l’Union comme de nouvelles excuses pour se soustraire aux règles communes, telles que le système de répartition par quota.

C’est pourquoi il est important, dans ce contexte, de distinguer les attentats de Cologne, de ceux qui s’en apparentent à première vue. Et c’est l’un des points essentiels de ce débat que de permettre de laisser s’exprimer la distinction entre différenciation et banalisation.

Dans une société pluraliste, la tolérance s’arrête là où commence le mépris de ses principes et de ses valeurs. Cela vaut aussi en Allemagne. A un débat prolixe devra succéder une condamnation exemplaire de ces criminels. Sur ce point, je vous rejoins complètement, chère Madame Merkel.

Mais il est tout aussi important de démonter stéréotypes clichés et autres préjugés plutôt que de les renforcer. Ils empoisonnent une société pluraliste et n’ont rien à faire dans une communauté de valeurs européenne. Ceci doit être assumé même lorsque les temps sont difficiles. Agissons ensemble et résolument.

Avec mes salutations les plus sincères,

Ivana Peric

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P.-S.

Dans « Une lettre à l’Europe », nos auteurs écrivent chaque semaine à une personne ou une institution, qui est sous le feu des projecteurs.

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