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Dernier édito : L’Europe meurt de l’inaction

, par Hervé Moritz

Dans un dernier article en tant que rédacteur en chef, Hervé Moritz fait le point sur l’Europe d’aujourd’hui et sur ce que son expérience à la rédaction du Taurillon a pu lui apporter.

Débats et rencontres ont été nombreuses lors de ces deux années à la rédaction du Taurillon. - Benjamin Fievet

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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Mots-clés

En laissant les gouvernements tirer les ficelles de l’Union européenne, le projet européen, dévoyé, est au point mort.

Bien souvent on a pensé que l’union se construisait des crises qu’elle a eu à traverser depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Face au Brexit, à la crise économique et sociale, à celle des réfugiés, aux conflits qui divisent le monde, au terrorisme et à la remise en cause des libertés et des droits les plus fondamentaux, les Européens se tournent vers les idéologies les plus meurtrières des siècles précédents, vers le populisme et le nationalisme. Cette génération pourrait voir la mort de la plus belle aventure politique qu’est connue la civilisation moderne.

Si l’idée européenne s’éteint peu à peu, c’est que ses défenseurs actuels ont trop souvent pensé que la construction européenne était un processus historique inévitable, curieusement comme les nationalistes se bercent à croire que leur objet de vénération est de nature universelle et sacrée. Pour éviter un mauvais remake d’un passé de cauchemars, de guerres et de mépris de la dignité humaine, ceux qui croient encore dans le projet européen doivent aujourd’hui tomber le masque et reprendre les armes des penseurs de l’Europe unie.

La solution, elle doit venir de la jeunesse. Pas de celle que les politiques aiment avoir sur les photos, qui entrent dans le jeu de la communication et des sourires complaisants, la solution est dans une jeunesse libre-pensante et revendicatrice. Elle seule peut et doit choisir la société dans laquelle elle veut vivre au-delà des nations. C’est pour cela que nous prenons la plume pour décrypter, penser et rêver à nouveau le projet que nous ont légué les fondateurs de ce projet de paix.

Ventotene, le 29 août

Ce que je dois au Taurillon

Après deux années de lecture, relecture, écriture, mise en page, partages, projets et rencontres, je rends les clés de la boutique « Taurillon ». En deux ans, l’actualité européenne a été riche, a été tumultueuse. On ne compte plus les crises qu’il a fallu couvrir, qu’il a fallu commenter. Si cette actualité fut passionnante, si l’excitation et l’enthousiasme du jeune rédacteur en chef que j’ai été ne m’ont jamais quitté, il faut reconnaître que les défaites ont été amères.

L’Europe est dans un état de délitement rarement observé. Le bricolage intergouvernemental ne suffit plus à recoller les pans d’un projet qui s’effondre. En deux années, j’ai vu sombrer la Grèce, j’ai commenté des scandales nombreux, j’ai observé avec inquiétude la montée à chaque élection des forces souverainistes et nationalistes qui gangrènent le continent, j’ai vu mourir Schengen, j’ai vu fleurir les états d’exception enterrant l’Etat de droit et les principes les plus élémentaires de nos démocraties, j’ai éprouvé la profonde douleur des Européens à chaque nouvelle attaque terroriste, à chaque nouvelle victime.

J’ai vu, aussi et surtout, l’inaction coupable des Européens face à la mort de milliers de migrants en Méditerranée, face au devoir de les accueillir. L’Europe, par son passé, a une dette envers le reste du monde. Elle ne l’a pas soldé. L’échec de l’accueil des réfugiés, l’échec du projet de paix aux abords de l’Union européenne, sont pour moi de graves crises identitaires. En tant qu’Européens fédéralistes militants, en tant qu’humanistes, en tant que pacifistes, en tant que modernes, nous ne pouvons nous résoudre à l’inaction et au reniement des valeurs les plus fondamentales, celles qui ont modelé le projet européen à son origine. Le combat pour ces valeurs, pour cet idéal, pour ce projet, je le poursuivrai, autrement.

Je dois beaucoup à ce magazine, à ses rédacteurs, à ses traducteurs, à mes amis des autres rédactions européennes qui chaque jour s’activent pour faire de ce magazine ce qu’il est. Je dois beaucoup aux membres de mon comité de rédaction. Je dois beaucoup à ceux qui m’ont inspiré, qui m’ont appris petit à petit le projet que nous façonnons et que d’autres ont façonné avant nous. Je dois tant de rencontres, de projets réalisés, de savoir-faire à cette expérience inattendue. Je dois tant au Taurillon, qui a soufflé ses 10 bougies l’année dernière. J’ai grandi avec lui pendant ces deux années.

Je dois enfin remercier, Rémi et Aude, qui ont accepté de poursuivre l’aventure. Bonne chance à eux.

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