Walt Disney et l’Europe : des racines anciennes
Disney puise ses origines européennes dans les racines même de la famille de son créateur. C’est en 1834 qu’Arundel Elias Disney quitte la commune d’Isigny (Normandie) pour rejoindre le Canada. Son petit-fils, Elias, rejoint les États-Unis pour fonder sa famille. Son fils Walt naît en 1901 à Chicago. Passionné de généalogie, le génie créatif fait réaliser un blason familial, inspiré des armes de la Normandie, qu’il installe à l’entrée des châteaux de ses parcs en Californie et en Floride.
Les grands succès de l’entreprise de Walt Disney prennent leurs racines en Europe. Aujourd’hui encore, la majorité des longs-métrages de la firme américaine mettent en scène des personnages et des lieux issus du Vieux Continent. La France (Cendrillon, Ratatouille, Les Aristochats, Le Bossu de Notre-Dame), l’Angleterre (Peter Pan, Alice au Pays des merveilles, Mary Poppins, Winnie l’Ourson), l’Allemagne (Raiponce, Blanche-Neige et les Sept Nains), l’Italie (Pinocchio), la Norvège (La Reine des Neiges) ou encore la Grèce (Hercule) sont autant de lieux d’implantation iconiques des classiques Disney.
Un parc en Europe : le changement de paradigme
Les parcs d’attractions de la firme aux grandes oreilles sont de véritables succès aux États-Unis, avec d’abord l’ouverture de Disneyland en Californie en 1955, puis celle de Walt Disney World en Floride en 1971. Plus tard, en 1983, Tokyo Disneyland est le premier parc Disney à ouvrir en dehors du continent américain. En parallèle, la multinationale négocie avec divers gouvernements européens, en vue de l’implantation d’un complexe sur le Vieux Continent. Dans les années 1980, le projet Euro Disneyland prend de l’ampleur. En 1985, la France est finalement choisie face à l’Espagne, en raison notamment des promesses du gouvernement français de développer des infrastructures publiques et privées pour faciliter l’accès et la gestion du futur complexe de loisirs. Le projet s’installe donc en Seine-et-Marne, à l’est de Paris, dans la commune de Marne-la-Vallée.
Le 24 mars 1987, le Premier ministre français Jacques Chirac appose sa signature sur la convention pour la création et l’exploitation d’Euro Disneyland en France, aux côtés de celle de Michael Eisner, alors président directeur général de la Walt Disney Company, ainsi que les représentants de la région Île-de-France, du conseil général de Seine-et-Marne, du conseil d’administration de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) et de l’EpaMarne, premier des établissements publics d’aménagement de Marne-la-Vallée.
Dans la convention multipartite, Disney s’engage à promouvoir la culture européenne au sein du complexe de loisirs. C’est pour cela que les vitraux du château de la Belle au Bois dormant sont réalisés par Paul Chapman, qui avait rénové les vitraux de la cathédrale Notre-Dame de Paris. La structure du château est elle-même inspirée de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, du château de Chambord ou encore des Hospices de Beaune. Au sein du parc, la partie baptisée « Fantasyland », consacrée aux contes de fée et aux classiques d’animation Disney, mêle des décors de France médiévale, de la mythologie britannique, de l’Allemagne gothique et des contes italiens. La partie « Discoveryland », dédiée aux innovations, rendait initialement hommage aux grands visionnaires européens, comme Jules Verne ou Léonard de Vinci.
Disney et l’Europe : récit d’un choc culturel
Le montage financier à l’origine du complexe de loisirs se révèle vite très fragile. En cause : un projet très ambitieux trop tôt et une mauvaise compréhension du public européen. Avant l’arrivée en Europe, la multinationale ne s’était implantée qu’aux États-Unis – pays d’origine de l’entreprise – et au Japon – un peuple bien connu des Américains, notamment en raison de l’occupation du pays par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale.
En lançant un Disneyland sur en Europe, les représentants de la firme étatsunienne ont présenté des attentes en décalage avec la réalité de la culture européenne : tarifs très élevés, nombre d’hôtels trop important pour des Européens non habitués à séjourner dans un parc de loisir, visiteurs qui consomment moins de marchandises et de nourriture que prévu. De plus, à l’ouverture du complexe, l’alcool était interdit dans l’enceinte du parc d’attraction. Un élément anodin pour les Américains, mais fondamental pour de nombreux peuples européens, habitués à manger à table en présence d’une bouteille de vin. Cette situation a été perçue comme un affront par de nombreux visiteurs, qui n’ont pas vu d’un bon œil cette restriction imposée par une firme étrangère.
Enfin, l’implantation d’un tel symbole de la culture américaine au sein d’un pays réputé pour sa longue histoire et sa culture raffinée a été difficile à accepter pour les Européens. Au moment de l’annonce de l’ouverture du parc, de nombreuses manifestations ont pris place autour du complexe pour dénoncer ce qui était alors considéré comme une forme d’agression culturelle. Ainsi, la réalisatrice française Ariane Mnouchkine à qualifier le parc d’attraction de « Tchernobyl culturel », expression relayée ensuite par d’autres artistes comme Umberto Eco, Jean Baudrillard ou Denis Lacorne. L’idée était alors de dénoncer « l’américanisation » de contes populaires européens.
Mais de l’eau a coulé sous les ponts. Longtemps relégué au fond des priorités d’investissements de la Walt Disney Company, le complexe européen renaît de ses cendres pour proposer une nouvelle expérience aux visiteurs, plus adaptée aux demandes des Européens. Offre d’hôtels adaptée, mise en avant de la culture française, développement de nouvelles attractions basées sur des contes européens, élargissement de l’offre de bars et de restaurants autour des parcs, etc. En trente années d’existence, Disneyland Paris a généré 84,5 milliards d’euros de valeur ajoutée à l’économie française. Dans le même temps, la firme américaine a investi plus de 9 milliards d’euros en France. Malgré des débuts tumultueux, la relation entre Disney et le Vieux Continent est encline à perdurer et à se développer, dans l’intérêt de la franchise et des visiteurs européens.

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