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Donald J. Trump : un président, deux Amériques

, par Rémi Laurent

L’Amérique a voté et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat constitue une surprise pour plus d’un. Mais à y regarder de plus près, tous les éléments pour expliquer la victoire de Donald Trump étaient déjà là depuis un bon moment. Une victoire qui se base sur les mêmes ressorts qu’une autre «  surprise  » survenue au mois de juin dernier  : la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Donald J. Trump, 45e président des Etats-Unis d’Amérique. CC Flickr / Gage Skidmore

Auteurs

  • Juriste, ex-vice président des JE-Lille et Jeune démocrate du Nord.

Un résultat inattendu

Tout comme Al Gore en 2000, Hillary Clinton a remporté le vote populaire avec59 938 290 voix contre 59 704 886 voix pour Donald Trump, son adversaire républicain, mais le système électoral indirect américain avec ses grands électeurs a abouti à une victoire nette de Donald Trump avec 290 grands électeurs contre 232 pour Mme Clinton.

Donald Trump a gagné grâce aux fameux «  Swing States  » en reprenant la Floride (29 grands électeurs), le Wisconsin (10), l’Iowa (6), la Pennsylvanie (20) et bien sûr l’Ohio (18) (l’État qui depuis 1968 a toujours voté pour le candidat qui allait remporter l’élection) soit 83 grands électeurs passés du camp Obama au camp Trump.

Surprise aussi dans le camp républicain

Même dans le camp républicain où la candidature de Donald Trump a suscité un large rejet, c’est la surprise qui domine. «  C’est le fait politique le plus incroyable que j’ai vu de toute ma carrière.   », a ainsi déclaré Paul Ryan, président républicain de la Chambre au lendemain de l’élection.

Comme pour le referendum britannique de juin, la plupart des observateurs n’imaginaient pas que le pire devienne possible et que la sortie l’emporte sur le maintien dans l’Union et lorsqu’ils ont pris conscience que les risques étaient bien réels, il était déjà trop tard. Le parcours de Donald Trump est très similaire. Pris pour le clown de service durant les primaires, comme Nigel Farage, pas un spécialiste de la vie politique n’aurait misé un kopek sur sa victoire aux primaires et encore moins sur ses chances de devenir président lors de l’annonce de sa candidature. Même les cadres du parti Républicain ont tout fait pour lui savonner la planche, Paul Ryan en premier, lui qui se félicite aujourd’hui de la «  grande victoire  » de Donald Trump qui a su «  être à l’écoute de l’Amérique.  »

"Call me Mister Brexit"

«  Les Americains ont perdu confiance dans leurs institutions.  », a affirmé Paul Ryan le 9 novembre 2016. Cette élection est en effet avant tout un rejet des élites et de l’establishment mais aussi le contre-coup de l’élection de Barack Obama. Donald Trump a principalement été élu par des hommes, blancs, de plus 45 ans, tandis que Clinton pouvait essentiellement compter sur les femmes, les jeunes et les minorités qui sont néanmoins les électeurs les plus susceptibles de s’abstenir - pour preuve, l’abstention a d’ailleurs été encore forte qu’en 2012. Hillary Clinton perdant 6 millions de voix par rapport à Barack Obama en 2012 tandis que Donald Trump n’en perdait que 2 millions par rapport à Mitt Romney : plus qu’une victoire de Donald Trump, c’est une défaite d’Hillary Clinton qui a souffert d’un fort rejet.

Mais plus que la rhétorique, ce sont les cartes qui expliquent le mieux ce résultat. Lorsque l’on regarde les comtés qui ont le plus basculé d’Obama à Trump, tous, sans exception sont concentrés dans la «  Rust belt  », ces États du Nord et de l’Est industriels durement frappés par la crise et la désindustrialisation et que la reprise économique n’a que peu impacté. Ce sont aussi les campagnes, les pauvres et les "laissés-pour-compte" qui ont massivement voté pour Trump, touchés par son discours répétant à l’envie "It’s time to take America back", qui rappelle exactement le slogan "take back control" du Leave au Royaume Uni, lors de laquelle le Nord et l’Ouest de l’Angleterre, zones particulièrement touchées par la désindustrialisation, avaient voté massivement en faveur d’une sortie de l’Union.

Ce qui frappe autant, d’ailleurs, dans la victoire de Trump que dans celle du Leave, c’est que les énormités proférées, la démagogie évidente, les menaces, les injures ont glissé avec une aisance déconcertante sur le résultat final. Imperméable aux critiques, Trump, un parvenu sexiste, raciste et vulgaire, a été élu, de même que Nigel Farage ou Boris Johnson, pris pourtant en flagrant délit de mensonges à maintes reprises pendant leur campagne pro-Brexit. En somme, même si la presse et les médias ont montré Donald Trump tel qu’il était, l’Amérique qui a voté pour lui a simplement décidé qu’elle n’en avait rien à faire.

«  C’est douloureux, et ça le sera encore longtemps  »

Tels furent les mots d’Hillary Clinton après sa défaite. Le problème est qu’en niant le réchauffement climatique, en critiquant ses alliés de l’OTAN tout en opérant un rapprochement avec Poutine, Donald Trump a mené l’Amérique au bord du précipice. Avec tous les leviers du pouvoir entre les mains, et la rancune qu’on lui connait, Donald Trump va commencer par faire le ménage au sein du camp républicain et se rappeler au bon souvenir de ses opposants au sein du parti.

Reste que comme toujours, au final, ce sont les plus fragiles qui vont en payer le prix. Paul Ryan dans son discours de félicitations a déjà prévenu que le premier projet de loi que déposerait la Chambre serait un texte d’abrogation de l’Obamacare, l’assurance santé votée dans la douleur et qui a permis à près de 46 millions d’américains d’avoir enfin une couverture maladie.

Le parti démocrate en est donc réduit à une bonne cure d’opposition quand bien même il grapille quelques sièges au Sénat, comme par exemple en récupérant le siège de Barack Obama, ou à la Chambre. Il va aussi devoir se remettre en question et repenser sa façon de parler au peuple, et s’attaquer aux racines du mal -tout comme, d’ailleurs, l’ensemble de la classe politique. C’est un exercice auquel l’Union Européenne devra également se prêter si elle veut sortir en un seul morceau des crises qui la traversent. Pour paraphraser Hillary Clinton : il faut faire en sorte que le rêve soit assez grand pour tous.

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Vos commentaires

  • Le 11 novembre à 19:56, par Frankie Pérussault En réponse à : Donald J. Trump : un président, deux Amériques

    Je viens de penser à un truc... « plus que la rhétorique, ce sont les cartes qui expliquent le mieux ce résultat » dites-vous. Certes. Je me dis qu’au fond du fond, l’Amérique est WASP, White Anglo Saxon Protestant. C’est cette Amérique-là qui a élu Donald, finalement.

  • Le 15 novembre à 08:55, par Philippe Pollicand En réponse à : Donald J. Trump : un président, deux Amériques

    Brexit anglais + élection de Donald Trump = fin de l’Otan pour sa partie européenne + création d’une armée fédérale moderne et européenne. Fier d’être fédéraliste. Philippe Pollicand.

  • Le 16 novembre à 07:56, par Philippe Pollicand En réponse à : Donald J. Trump : un président, deux Amériques

    Brexting anglais + élection de Trump = fin de la partie européenne de l’Otan + création d’une armée européenne. Philippe Pollicand.

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