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Egalité des chances : Un système scolaire européen nécessaire

, par Léa Gévaudan

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Connue pour être une valeur européenne, l’égalité des chances est inscrite dans les textes de l’Union européenne. C’est vers une telle vertu que devrait tendre l’Union européenne, en vue de former les jeunes à l’excellence et de manière la plus égalitaire possible. Pour cela, le Conseil de l’Europe avait commencé il y a une quinzaine d’années à lancer une politique commune sur l’enseignement. Pourtant, depuis le processus de Bologne et l’harmonisation des systèmes universitaires européens, l’éducation n’est plus la politique prioritaire de l’Union européenne. Pour quelles conséquences ?

Harmoniser le système scolaire au niveau européen, un enjeu d’égalité sociale ? - Jeunes Européens - France

Auteurs

  • Responsable des programmes pédagogiques aux Jeunes Européens - Lyon. Etudiante en 3e année de double licence Droit-Science po.

Quel sont les avantages d’une harmonisation ?

Il faut savoir que l’éducation a une place majeure dans la politique de développement européenne, puisqu’elle mène à la formation et à l’obtention d’un emploi par les citoyens. Or, le marché du travail en Europe s’est globalisé au fur et à mesure de l’avancée de la construction européenne, entraînant une plus grande concurrence entre les travailleurs. Ainsi, une préparation et une formation égalitaire de tous les jeunes en Europe paraissent essentielles dans ce contexte de libéralisation du marché du travail européen pour accéder à une plus grande égalité des chances.

De plus, l’harmonisation des systèmes éducatifs entre eux permettrait une réelle égalité des diplômes, et donc un accroissement de la mobilité en Europe, et une possibilité de travail à l’étranger plus fluide pour tous. Toutes qualifications seraient ainsi reconnues à leur juste niveau, qu’on soit travailleur finlandais ou hongrois, que l’on veuille travailler au Portugal ou en Estonie.

Enfin, l’avantage d’une harmonisation peut avoir trait à la capacité de concurrence de l’Union européenne. En effet, si tous les citoyens européens ont accès à une formation similaire, à un parcours unifié et plus compétitif, alors la performance européenne sera maximale sur le marché mondial du travail. Elle pourra alors accroitre sa compétitivité et son économie sera d’autant plus florissante.

Une hétérogénéité majeure entre les systèmes scolaires européens

Actuellement, on relève en Europe de nombreuses disparités et inégalités en termes d’apprentissages entre pays européens. En effet, on trouve une certaine harmonie entre les systèmes éducatifs allemands, anglais, français, mais l’éducation dans les pays de l’Europe de l’Est notamment reste un défi majeur auquel l’Europe doit faire face. Le problème de fond est en partie économique : comment réformer et instaurer un système éducatif plus performant alors qu’en Bulgarie, ou en Roumanie notamment, la situation économique est telle que les infrastructures scolaires ne permettent pas une éducation décente ?

Les organisations européennes ont pourtant déjà œuvré vers une harmonisation des systèmes éducatifs. En effet, le processus de Bologne mis en œuvre par le Conseil de l’Europe en 1998 a abouti en 2010 à la création de « l’espace européen de l’enseignement supérieur ». Actuellement, les pays européens sont donc en phase concernant leur système universitaire, avec l’obtention d’une licence en 3 ans et d’un master en 5 ans. Le processus de Bologne a constitué en une véritable politique européenne cohérente puisqu’il a pu contribuer à une mobilité interuniversitaire croissante, renforcée par le programme Erasmus, et à une ouverture du marché du travail européen plus importante.

Mais pour confirmer l’égalité des chances en Europe, il faudrait aller plus loin, et songer à une harmonisation des systèmes scolaires de la primaire au supérieur. Ce défi recoupe alors de nombreuses problématiques, relevant des domaines sociaux, économiques, mais aussi celui de savoir sur quel modèle se baser afin d’harmoniser tout cela.

L’OCDE depuis les années 2000 a mené un programme de mesure des systèmes éducatifs (PISA) visant à la comparaison des systèmes entre eux afin d’établir le meilleur fonctionnement. En 2012, ce classement révélait qu’en Europe, le pays le plus performant était la Finlande. Ainsi, ce système pourrait constituer une base européenne sur laquelle travailler en vue d’étendre l’harmonisation.

Néanmoins, la question du modèle sur lequel harmoniser les systèmes éducatifs, et celle de l’acceptation de cette mutation totale reste majeure : le système finlandais étant le plus performants, les Etats vont-ils accepter ce changement de politique et l’abandon de leur système traditionnel ? Parallèlement, D’autres interrogations économiques se posent pour les pays les moins favorisés de l’Union européenne. En effet, ces pays-là sont-ils prêts ; et peuvent-ils tout simplement monopoliser un certain budget afin de mettre une harmonisation en œuvre ? La solution à cela pourrait être la création d’un fonds européen réservé à cet effet, et à cette avancée. Une telle harmonisation serait un réel souffle donné à la cohérence européenne, à sa construction et un grand élan pour l’égalité des chances.

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Vos commentaires

  • Le 30 janvier à 10:18, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Egalité des chances : Un système scolaire européen nécessaire

    Une conviction que je partage très largement. Concevoir une enquête Pisa destinée à évaluer des systèmes scolaires qui n’ont rien de commun, mais que l’on suppose partager les mêmes valeurs, les mêmes procédures...relève de la prestidigitation. Si l’on prétend comparer les performances, il convient d’attribuer aux acteurs des objectifs identiques. Un système éducatif mondial comme le postule l’O.C.D.E. qui impose les mêmes contraintes au Luxembourg et à Singapour ? Commençons par agir au plan européen, en effet. Tout en s’inscrivant dans le cadre du prescrit de la subsidiarité. Comment ? En convenant ensemble des objectifs assignés à l’école : quel adulte européen voulons-nous demain ? qu’est-ce que cela suppose en termes de savoirs et d’aptitudes intellectuelles, en termes d’attitudes aussi ( le vivre ensemble, le respect de l’autre, de sa liberté...) ? C’est à partir de ce socle commun que les états élaborent les cursus nationaux, les procédures en quelque sorte de nature à répondre au profil ainsi défini. Une double évaluation des systèmes scolaires sera possible - et légitime : celle des instances nationales ( le contrôle du prescrit national) et celle de l’instance européenne ( les prescrits nationaux s’inscrivent-ils dans le cadre de projet collectif). Alors, et alors seulement, on pourra parler d’évaluations externes judicieuses, alors et alors seulement on pourra parler d’une citoyenneté européenne !

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