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Elections au Royaume-Uni : Ce que veulent les candidats en lice

, par Hervé Moritz, Jaan, Robin Alves, Thomas Lymes

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Aujourd’hui, c’est jour de vote au Royaume-Uni. Les travaillistes et les conservateurs qui font la course en tête dans les sondages vont être départagés dans les prochaines heures lors de l’élection que les médias annoncent déjà comme la plus serrée de ces dernières années. Avant les résultats du scrutin, retour sur les manœuvres politiques en cours et les positions des différents partis sur l’Union européenne, positions qui ont été les marqueurs de cette élection rythmée par les débats sur le Brexit.

Les Britanniques élisent aujourd’hui leurs représentants à la Chambre des Communes, qui siègent au Palais de Westminster. Une élection qui s’annonce d’ores et déjà très serrée. - Berit Watkin

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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  • Membre des Jeunes Européens - Strasbourg, ancien rédacteur en chef du Taurillon en Flam’s.

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  • Dessinateur régulier, je suis citoyen européen à temps complet. J’aime croquer l’Europe, dans ses plus grandes affaires comme dans ses plus petits détails !

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David Cameron veut « finir le job »

Alors que le bilan de l’actuel premier ministre anglais, David Cameron, qui mène la campagne des conservateurs, demeure particulièrement mitigé, notamment en raison de la crise financière qui a durement touché le Royaume-Uni, celui-ci se plait à agiter son ultime promesse, celle d’un référendum sur la sortie ou le maintien du pays dans l’Union européenne d’ici 2017. Ce référendum dépendant de sa réélection, le leader conservateur compte mettre en avant sa détermination dans la réécriture des rapports entre le royaume et l’Union européenne. Par ce référendum, il compte mettre un coup de pression au Conseil européen pour le forcer à renégocier les traités européens, au profit du Royaume-Uni. Un bras de fer qu’il veut engager avec une majorité solide au Parlement britannique. De plus, le leader conservateur est connu pour ses chevauchées contre les juges de Strasbourg, dévoilant à plusieurs reprises son projet de quitter la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

David Cameron, charismatique premier ministre sortant, a tenté en vain de ramener l’élection au bipartisme d’antan. Face à son adversaire travailliste Ed Miliband, celui-ci demande à ses électeurs de le reconduire pour « finir le job ». Les chiffres récents du chômage, réduit à 5,7 %, et du taux de croissance, à 2,4 %, ont tendance à faire oublier les coupes sèches effectuées dans les allocations et les services publiques, notamment dans le domaine de la santé qui apparaît comme l’un des enjeux de la campagne sur fond de négociations du TTIP. Il s’appuie également sur les succès de sa politique étrangère récente, témoignant de son inflexibilité vis-à-vis du Kremlin et des résultats sur le dossier iranien. Libéral, il souhaite poursuivre sa politique d’allègement des démarches administratives. Enfin, c’est sur l’immigration qu’il a fait campagne, un sujet de préoccupation des électeurs britanniques. Il a affirmé sa volonté de lutter contre le « tourisme social », remettant sur la table la question de la libre-circulation dans l’Union européenne.

Cependant, dans les sondages, qui témoignent d’une dispersion des suffrages, les deux principaux partis récoltent 33 % des voix, des scores qui annoncent de longues négociations avec les petits partis pour former une coalition gouvernementale. Sur ce dernier point, le parti conservateur ne pourra pas s’appuyer sur son allié actuel, le parti libéral-démocrate, qui chute dans les intentions de vote.

« Ed le Rouge » fait son petit bonhomme de chemin

Autrefois eurosceptique, le parti travailliste est devenu depuis la ratification du traité de Maastricht, l’évolution du parti conservateur et l’élection de Tony Blair en mai 1997, un parti pro-européen. Aujourd’hui mené par Ed Miliband, surnommé « Ed le Rouge » pour ses tendances très à gauche, le parti travailliste compte bien détrôner David Cameron. A l’inverse des conservateurs, les travaillistes répètent qu’ils n’organiseront pas de référendum, sauf dans le cas où plus de compétences seraient transférées des États membres à Bruxelles. Le parti évoque qu’il faut « privilégier l’intérêt national, réformer mais ne pas quitter l’Union européenne. » Denis MacShane, ancien ministre chargé des Affaires européennes sous Tony Blair ajoute que « l’Europe est ce qui divise le plus clairement la droite et la gauche dans cette campagne. En s’opposant à un référendum, Ed Miliband a pris le risque de se mettre à dos une partie des travaillistes, mais il a montré ses qualités de leader. » En effet, pour le leader du Labour, le Royaume-Uni a sa place dans l’Union, et doit participer à sa réforme profonde : « le Royaume-Uni doit être un membre engagé au sein d’une Union européenne réformée. » Lucide, la député travailliste Emma Reynolds en conclue ceci : « nous ne réussirons jamais à convaincre les Britanniques d’aimer l’Union européenne, mais en soulignant les bénéfices et, surtout, aujourd’hui, les risques importants d’une sortie, nos citoyens tireront les bonnes conclusions. » Cependant, cette confiance aveugle cache un programme aux promesses timides.

A ce titre, le parti travailliste rappelle que « plus de trois millions d’emplois au Royaume-Uni sont liés aux échanges avec l’Union européenne, le plus important marché d’exportation. » C’est sur « des fondations économiques solides » que le parti veut construire sa politique. Cependant, Ed Miliband n’ose annoncer sa volonté de ramener le budget à l’équilibre, ancrant sa politique dans la lignée de son adversaire, David Cameron. Pour se différencier, il se fait le défenseur des gens ordinaires face à la puissance des banquiers de la City.

Envisageant une alliance avec les Verts, et avec le micro parti nationaliste gallois Plaid Cymru, mené par Leanne Wood et opposé à la politique d’austérité, Ed Miliband est en revanche contre une alliance avec le parti indépendantiste écossais (SNP) : « Je ne vais pas sacrifier l’unité de notre pays ». En réaction, le SNP a déclaré que « M. Miliband a semblé dire qu’il préférerait plutôt voir David Cameron et les conservateurs au pouvoir que de travailler avec le SNP. » Pour le Labour, les marges de manœuvre seront limitées.

Le parti libéral-démocrate, une troisième force en déclin

Alors que le Parti libéral-démocrate s’impose depuis plusieurs décennies comme la troisième force du pays, entre travaillistes et conservateurs, et comme le parti indispensable pour une coalition gouvernementale, celui-ci devrait perdre plusieurs sièges. En effet, réunissant opposants à la guerre en Irak et libéraux n’appréciant guère l’euroscepticisme des conservateurs, et participant depuis 2010 à la coalition gouvernementale soutenant David Cameron, les libéraux sont victimes de leur bilan. Les conservateurs ont réussi à leur faire endosser la responsabilité de la politique d’austérité ou encore de la guerre en Lybie, des fardeaux qui ont fait perdre aux « lib-dems » une partie de leur électorat de gauche. Les libéraux ont déjà annoncé qu’ils seraient ouverts aux négociations tant avec les conservateurs, anciens partenaires de gouvernement, que les travaillistes. Une position d’entre-deux qui risque de les pénaliser dans les urnes. La note s’annonce salée : les libéraux pourraient atteindre le score de 8%, laissant la place à de nouvelles forces en jeu.

Les eurosceptiques d’UKIP ont le vent en poupe

Parti eurosceptique, antifédéraliste et militant pour le retrait de l’Union européenne, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (United Kingdom Independence Party) est connu des Européens pour ses interventions remarquées au Parlement européen. Son leader actuel Nigel Farage est coprésident du groupe Europe de la liberté et de la démocratie. Il souhaite que le Royaume-Uni « soit de nouveau gouverné par des lois adaptées à ses propres besoins et par son propre Parlement. » La sortie de l’Union apparaît la solution à tous les problèmes dont souffre le pays dans le tableau peint par Nigel Farage. Sa solution, une indépendance totale du Royaume-Uni. Pour ce faire, il prône, par le Brexit, le rétablissement des contrôles aux frontières et un système de point pour contrôler l’immigration, thème qui a suscité de nombreux débats lors de la campagne, notamment concernant les communautés d’Européens qui travaillent au Royaume-Uni. Se considérant également comme de « vrais libéraux », Nigel Farage et ses partisans souhaitent se débarrasser de la bureaucratie et des organisations intergouvernementales superflues.

Le succès de l’UKIP au Royaume-Uni n’est pas anodin. L’opinion britannique est de plus en plus eurosceptique et de nombreuses personnes, méfiantes vis-à-vis de David Cameron et de son manque de fermeté face à l’Europe et à l’immigration, se sont détournées des Tories, les conservateurs. Si l’UKIP a fait sensation lors des dernières élections européennes en arrivant en tête avec 26,77% des suffrages, il aura du mal à s’imposer. Il pourrait être un trouble fête au regard de la diversité des mouvements à l’œuvre dans l’opinion britannique, mais il ne pourra guère remporter plus d’une dizaine de sièges (15 au mieux) en raison du mode de scrutin.

Le parti a ainsi évoqué la possibilité d’un soutien au cas par cas à un gouvernement conservateur. « Je chercherai à conclure un accord dans lequel nous soutiendrons des votes cruciaux comme celui sur le budget mais en contrepartie de critères très spécifiques sur un référendum sur l’Union européenne. Je veux un référendum équitable organisé en 2015 », déclare Nigel Farage. Cependant, face à la montée en puissance des indépendantistes écossais, le ralliement aux conservateurs pourrait être plus clair. Même si le support britannique pour l’UKIP a chuté en l’espace de peu de temps atteignant environ 13% des suffrages estimés, le parti est une réelle force politique au Royaume-Uni et pèsera dans les négociations pour une future majorité. Ironie de l’histoire, l’emblématique Nigel Farage pourrait quitter le Parlement européen avec plusieurs de ses collègues pour entrer au Parlement britannique, menaçant la stabilité de son groupe parlementaire dans l’assemblée européenne.

La revanche des Ecossais au Palais de Westminster

Le « Scottish National Party » (SNP) pourrait souffler le chaud et le froid dans cette élection. Le parti nationaliste écossais, sorti renforcé du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse de septembre 2014 pendant lequel près de 45% des Ecossais ont voté pour l’indépendance, est en effet crédité d’un très bon score en Ecosse et devrait ravir la plupart des sièges occupés actuellement par le Labour. Ce dernier sera peut-être même forcé de négocier une coalition afin de constituer une majorité suffisante pour conquérir le 10th Downing Street, malgré les réticences d’Ed Miliband.

Profondément europhile, le parti est opposé à toute sortie de l’Union européenne et va même jusqu’à proposer dans son manifeste « Pour une Ecosse plus forte », qu’en cas de référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, une double majorité soit créée afin que les entités constituant le royaume puisse peser également dans cette décision.

Son leader, Nicola Sturgeon, qui a pris la tête du parti à la suite de son chef emblématique Alex Salmond au lendemain du référendum écossais, a également fait entendre qu’un référendum sur la sortie de l’Union pourrait conduire à un second référendum -écossais cette fois- sur l’indépendance.

Le manifeste du SNP donne aussi un aperçu de sa vision sur l’Europe. Très attaché à la libre circulation au sein de l’Union européenne, il reconnait « les apports des citoyens européens dont profite l’Ecosse et les opportunités données aux Ecossais au sein de l’Union européenne. » Finalement, le parti demande qu’une plus grande part soit consacrée aux administrations décentralisées, telles que celles présentes au sein du Royaume-Uni, au sein des instances européennes.

Les Verts, les europhiles qui intéressent le parti travailliste

« Notre vision de l’Europe est positive, et non basée sur la peur et la nostalgie. » Ainsi commence le programme des « Greens », le parti écologiste britannique, crédité de 6 % des suffrages dans les derniers sondages. Même s’ils rappellent que le Royaume-Uni ne peut se couper de ses racines européennes, il est favorable, au nom de la démocratie, à la tenue d’un référendum sur le maintien du royaume dans l’Union européenne. Sa vision politique sur l’Europe s’articule essentiellement autour de la réforme d’une Union « dominée par les intérêts économiques, dénuée de contrôle démocratique et qui promeut les intérêts des multinationales plus concernées par leurs profits que par les citoyens. » Le parti s’impose ainsi comme les meilleurs alliés des travaillistes. En cas de référendum, le parti pourrait défendre le maintien du Royaume-Uni dans l’union européenne, voire son engagement plus poussé.

A l’issue du scrutin, il est peu probable qu’une majorité claire se dessine. Dès ce soir, les tractations entre les élus à la Chambre des Communes vont débuter pour offrir un gouvernement au Royaume-Uni, un gouvernement entre partenaires de circonstance sans grande affinité.

Voir en ligne : Photo : CC

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