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Législatives au Royaume-Uni : conséquences dans les relations avec l’Union européenne

, par Anna Wilson, traduit par Mathieu Kokocinska

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Alors que les sondages pour les prochaines élections législatives britanniques annoncent les participants au coude à coude, la relation future du Royaume-Uni avec l’Union européenne n’a jamais été si précaire.

Auteurs

  • Étudie l’histoire et les sciences politiques à l’Université de Warwick. Membre du Young European Movement, elle aspire à étudier à l’Université de Vienne l’année prochaine.

Mots-clés

Largement considérée comme la question la plus litigieuse de cette élection, l’appartenance britannique à l’Union européenne a fait les gros titres et a été un enjeu central des programmes des partis.

Mais quels sont les résultats possibles du 7 mai et les conséquences sur les cinq ans qui suivront ? Non seulement cette élection remet en jeu l’avenir législatif du lien entre le Royaume-Uni et l’Union, mais l’élection elle-même continue à affecter cette relation. La croissance de l’euroscepticisme au Royaume-Uni a alimenté la légitimité d’un référendum, bien que ce ne soit pas uniquement les changements juridiques potentiels qui menacent la relation entre le Royaume-Uni et l’Union : l’importance accordée à la question européenne dans ces élections menace de déstabiliser cette relation.

Actuellement en tête dans les sondages avec 34 % des intentions de vote, les conservateurs revendiquent d’avoir fait du référendum sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni dans l’Union européenne l’une de leurs priorités absolues, visant à maintenir ce vote pour 2017.

Par ailleurs, ils affirment qu’ils réformeront l’Union qui dans son état actuel est « trop grande, trop autoritaire et trop bureaucratique ». Cela est dû en grande partie à la popularité croissante du parti UKIP, qui a drainé 5 % des électeurs des conservateurs de 2010. L’UKIP a obtenu un large soutien depuis la dernière élection. En gagnant 3,1 % en 2010, le parti de Nigel Farage a pris de l’importance et se place en troisième position avec 13 % des voix. En se présentant eux-mêmes comme un parti anti-UE, leur politique principale est l’indépendance britannique, d’autant qu’ils affirment qu’ils négocieront un traité de commerce avec l’Union européenne à la suite de la sortie du Royaume-Uni.

Les travaillistes, au contraire, ne proposent pas de référendum d’adhésion. Ils parviennent à se classer second dans les sondages d’opinion avec 33 % des intentions de vote, en soulignant l’importance du rôle de l’Union européenne pour traiter les menaces non-européennes et affirment qu’ils « continueront de promouvoir une Europe qui agit en dehors de ses frontières pour promouvoir la stabilité, la paix et la prospérité. »

Perspectives de coalition, officielles ou officieuses

Sans majorité claire en vue et les partis les plus importants refusant avec véhémence toute possibilité d’accord en vue d’une coalition, un gouvernement minoritaire renforcé par le soutien officieux d’autres partis semble plus proche que jamais. Dès lors, l’option la plus probable se dégageant des sondages actuels, est celle d’un gouvernement minoritaire mené par les conservateurs et soutenu par de plus petits partis favorables à l’organisation d’un référendum. L’UKIP maintient qu’il y a une perspective « de dialogue » entre les deux partis.

Il est également possible bien que moins probable de penser à un gouvernement travailliste minoritaire soutenu par ceux qui partagent sa vision pro-européenne, comme le SNP et les Démocrates Libéraux. Miliband a de nouveau exclu la possibilité d’un accord officiel entre son parti et un parti ayant des opinions similaires, affirmant qu’il n’y aurait « aucun accord, aucune coalition, aucun pacte. » Un référendum, donc, reste incertain.

Qu’est-ce que cela impliquerait pour les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ?

La conséquence la plus évidente de ces élections sur les relations que le Royaume-Uni entretient avec l’Union serait la tenue d’un référendum. Cette fois, la question européenne est au cœur de cette élection qui pourrait bien mener au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. D’un autre côté, ce qui est certain, c’est l’effet négatif que l’indécision britannique a sur la relation entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

Tandis que la question européenne est débattue à travers les dîners et les réunions du cabinet en Grande-Bretagne, le reste de l’Europe demeure incertain quant à ce qu’il adviendra par la suite. Si elle se prolonge, cette incertitude peut mener à un manque d’investissement des sociétés européennes qui n’auront pas de garantie que la Grande-Bretagne sera toujours dans l’Union l’année prochaine, sans parler de la situation dans cinq ans. Dans ce sens, en envisageant de quitter l’Union européenne, le Royaume-Uni crée une insécurité économique et renonce à des investissements européen de valeur.

Deuxièmement, les promesses des partis britanniques concernant le 7 mai et le prochain gouvernement causent des tensions politiques au sein de l’Union. En essayant de se plier aux exigences d’une opinion publique défavorable, aussi bien les partisans d’un référendum que ses détracteurs promettent de protéger les intérêts britanniques sur la scène européenne. La France et l’Allemagne en particulier ont mis en garde le reste de l’Europe contre une Grande-Bretagne essayant de créer ses propres règles et d’augmenter son pouvoir au sein de l’Union européenne comme si ses intérêts étaient de plus en plus en contradiction avec ceux de ses voisins.

Finalement, indépendamment du résultat des élections ou même de la tenue d’une référendum à la suite de ces élections, le simple fait que l’Union européenne soit présentée dans la politique britannique comme la cause des problèmes intérieurs nuit à la relation du Royaume-Uni avec les autres Etats membres, mais également à la relation entre le peuple britannique et l’Union elle-même. Cette politique a d’ores et déjà mené à une séparation sociale, depuis que les Britanniques se sentent éloignés de « l’Europe ». Les avantages de plusieurs valeurs fondamentales de l’Europe - la collectivité, la stabilité, la mobilité, etc. - ont donc été amoindris en Grande-Bretagne par la simple perception de l’Union européenne comme un ennemi. Ceci pourrait également aboutir à une séparation légale, si les sentiments anti-européens conservent leur popularité actuelle dans le cas d’un référendum.

La perception de l’Union européenne comme un problème pour la Grande-Bretagne apparaît comme une prophétie auto-réalisatrice et la mauvaise presse entraînée par ces élections a contribué à perpétuer cette approche.

Au-delà du fait que le futur gouvernement décide ou non d’organiser un référendum quant à l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union, les élections législatives ont énormément nuit aux relations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne et pendant les cinq années à venir, ceci devra être traité afin d’empêcher une nouvelle dégradation de ces relations.

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P.-S.

Illustration : © Jonathan Rolande : “Labour Party Scrabble“, “Tory Party Scrabble“, “Lib Dem Scrabble“, “UKIP Scrabble“, “Green Party Scrabble“ / Flickr (http://bit.ly/1E4HGHC, http://bit.ly/1EUyk50, http://bit.ly/1GMov5X, http://bit.ly/1PltkrB, http://bit.ly/1IJJivF) / CC BY 2.0-Lizenz

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