Élections slovènes : Deux iconoclastes pour une fonction symbolique

, par Théo Boucart

Élections slovènes : Deux iconoclastes pour une fonction symbolique
Borut Pahor, sera probablement réelu Président le 12 novembre prochain. CC Wikimedia Commons

Dimanche 22 octobre se tenait le premier tour des élections présidentielles en Slovénie. Le candidat sortant, le social-démocrate Borut Pahor, a obtenu 47% des suffrages suivi de Marjan Šarec, un candidat indépendant et ancien comédien avec 25%. A l’issue du deuxième tour prévu le 12 novembre, Borut Pahor devrait rester Président.

Avec Borut Pahor et Marjan Šarec, sept autres candidats se disputaient les deux premières places qualificatives pour le second tour : Romana Tomc (centre-droit), Ludmila Novak (chrétien-démocrate), Andej Šiško (populiste de droite), Boris Popovič (nationaliste eurosceptique), Maja Makovec Brenčič (centre-gauche), Suzana Lara Krause et Angela Likovič (du parti « Voix pour les enfants et les familles). Dans cette élection considérée par certains comme jouée d’avance, la participation fut particulièrement faible (43.5%).

Un scrutin en forme de répétition pour les législatives de 2018

La fonction de Président de la République en Slovénie étant symbolique, le seul intérêt de ce scrutin était la performance des principaux partis politiques en vue des élections législatives de 2018. La candidate soutenue par le gouvernement de Miroslav Cerar, Maja Makovec Brenčič, n’a obtenu que 1.7% des voix, ce qui est de très mauvais augure pour les prochaines législatives malgré une situation économique favorable et une hausse continue de la confiance dans la durabilité de la reprise.

Le candidat populiste Boris Popovič et son parti « La Slovénie pour toujours » est même arrivé devant la candidate du gouvernement, déclenchant une vague d’inquiétude et d’indignation de la part des autres partis politiques et des médias. L’autre candidat eurosceptique, Andej Šiško, a également fait un bon score, renforçant le score des partis hostiles à l’intégration européenne. Les résultats des populistes, la déroute de Maja Makovec Brenčič, la participation historiquement basse et le duel lors du second tour entre Borut Pahor (ancien mannequin et adepte d’instagram) et Marjan Šarec (ancien comédien) montrent que les électeurs slovènes (du moins ceux qui se sont déplacés pour voter) veulent envoyer un message de mécontentement au gouvernement, ce qui est étonnant vu les performances économiques du pays des Balkans, coincé entre Italie, Autriche et Croatie et qui a été largement préservé des ravages des guerres de Yougoslavie (au contraire de la Croatie, avec laquelle elle a encore aujourd’hui un conflit territorial ayant pesé dans les négociations d’adhésion de ce pays, membre de l’Union Européenne depuis 2013).

Une place inattendue faite à l’Europe dans cette élection

Alors que la Slovénie s’attendait à une campagne ennuyeuse aboutissant à la réélection de Borut Pahor dès le premier tour (de nombreux sondages le prédisaient encore quelques jours avant le scrutin), les débats électoraux ont réservé une place étonnante aux questions européennes, en ces temps de volonté de réformes en profondeur de l’Union européenne et de la zone euro, à laquelle la Slovénie fait partie depuis 2007 (étant ainsi le premier pays de l’ancien bloc de l’Est à respecter les critères de convergence de Maastricht). La place du pays dans la « refondation européenne » a ainsi été débattue.

L’appartenance à l’UE a été incontestablement bénéfique pour la Slovénie, qui est un modèle de transition d’une économie étatique à une économie de marché et cela grâce au cadre réglementaire que représentait l’UE pendant les années 90 et le début des années 2000. Les principaux partenaires commerciaux de la Slovénie sont également membres de l’UE. Néanmoins les citoyens slovènes n’ont jamais été intéressés par les questions européennes, comme en témoigne la très faible participation aux élections européennes (25% en 2014, 28% en 2009 et en 2004), ce qui est loin d’être le seul cas en Europe centrale et orientale.

Borut Pahor sera selon toute vraisemblance réélu Président le 12 novembre prochain. L’une de ses tâches principales sera de montrer que la Slovénie est un pays solidement ancré dans l’UE et dans la zone euro malgré une magistrature et des pouvoirs largement symboliques.

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