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« Empowering girls » ou comment rendre l’Europe plus égalitaire

, par Alexandra Volou

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Le « Rapport sur l’émancipation des jeunes filles par l’éducation dans l’Union européenne », présenté par Liliana Rodrigues, le 9 septembre dernier au Parlement européen, m’a poussé à rechercher plus profondément les causes de ce problème sociétal, qui n’est d’autre que l’écart qui existe entre le niveau d’éducation des femmes et leur position dans la société actuelle. Selon la résolution du Parlement européen, la panacée, c’est l’éducation.

Liliana Rodrigues est l’auteur d’un rapport sur « l’émancipation des jeunes filles par l’éducation dans l’Union européenne ». - Atcgfc

Auteurs

  • Etudiante gréco-chypriote à la Faculté de Droit de Strasbourg, membre des Jeunes Européens - Strasbourg.

Mots-clés

Les statistiques sont plus qu’éloquentes : les femmes représentent la majorité (60 %) des diplômés de l’enseignement supérieur dans l’Union européenne, selon les données présentées par Eurostat en 2010. Le taux d’emploi et les promotions qu’elles obtiennent ne reflètent guère leur plein potentiel. En 2013, le taux d’emploi des hommes dans l’Union européenne a atteint 69,4 %, contre 58,8 % pour les femmes. Les femmes sont, plus souvent que les hommes, recrutées à temps partiel ou sur des contrats à durée déterminée, elles font davantage l’objet de « déclassements » que les hommes. Ce constat, désormais classique sur la position inférieure de la femme dans le monde du travail, se confirme également par le fait que les femmes n’accèdent pas aux positions les plus élevées dans la hiérarchie, ni aux positions d’autorité, d’influence. En outre, la présence féminine demeure « humble » dans l’élite politique majoritairement masculine.

La priorité posée par les rédacteurs du rapport est la suivante : mettre fin à la ségrégation horizontale et verticale dans le monde professionnel, de combler cet écart de genre remarquable dans le champ politique, et tout cela dans un même objectif à long terme, éradiquer les structures sociales et économiques traditionnelles.

Une société exempte de discriminations, une utopie ?

A l’instar de la République de Platon, cette conception sociétale pourrait paraître très utopique : une société où règne l’égalité sociale, économique et politique entre les hommes et les femmes.

De mon point de vue, l’enjeu principal de ce sujet réside dans la recherche de l’origine véritable du problème, qui mènera de façon logique – et réaliste - à la mise en exergue de sa solution, comme préconisée par les rédacteurs du rapport susvisé.

Dans notre société actuelle, l’absence - ou plus précisément la faible présence - d’engagement dynamique des femmes dans le milieu professionnel ne reflète plus les barrières que le modèle patriarcal de société imposait auparavant. Aujourd’hui, au XXIe siècle, cette hésitation qui caractérise l’action professionnelle féminine pourrait s’expliquer non pas par des facteurs extérieurs, mais par des facteurs plus profonds, et si j’ose dire, psychologiques. D’aucuns prétendent, non sans raison, que cette situation de déséquilibre découle d’un manque d’estime de soi des femmes, provoquée notamment par des conséquences décourageantes du statu quo, des stéréotypes attachés à la place qu’elles occupent depuis l’Antiquité dans ce monde.

Les stéréotypes les plus fondamentaux renvoient aux fondements sociaux endogènes de la culture patriarcale, qui tend à diviser les responsabilités familiales entre les hommes et les femmes. Ce stéréotype sous-tend la conviction que les femmes doivent assumer avant tout la responsabilité d’élever leurs enfants, ce qui cause la renonciation à leur ambition de mener une carrière professionnelle satisfaisante, qui plus est de haut niveau.

De surcroît, l’association d’une part, des traits personnels que nous attribuons traditionnellement à chaque sexe et, d’autre part, l’idée reçue sur les capacités plus importantes de leadership chez les hommes - la domination du monde des affaires par des hommes est un fait incontestable - influent considérablement sur la psychologie des femmes dès le plus jeune âge.

Des solutions sur la table des négociations

De nombreux textes sont adoptés en vue de lutter contre ces discriminations, comme la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, des directives émanant du Parlement et du Conseil européens relatives à la mise en œuvre d’une égalité de traitement entre les deux sexes concernant l’accès à l’emploi, à la promotion professionnelle et cetera. Toutefois, les initiatives législatives (contraignantes ou non), à l’instar de l’introduction des quotas pour renforcer la représentation des femmes, ont été fortement critiquées et n’ont pas convaincu les plus sceptiques : les mentalités profondément ancrées ne changeront pas par des dispositions législatives !

Faute d’avoir pu constater une évolution significative au fil des années, et afin de surpasser les solutions éphémères et fragiles, il faut revenir au principe le plus fondamental, la pierre angulaire de tout progrès social : l’éducation.

« Eduquer une fille, c’est éduquer toute une Nation »

A présent, il serait judicieux de se référer au premier considérant du rapport, qui dispose « que l’instruction est le fondement d’une citoyenneté responsable et qu’elle est indispensable pour permettre l’égalité des genres et l’émancipation des jeunes filles ».

Etant donné que les rôles liés au genre s’enracinent lors de la phase de socialisation, l’enfance et l’adolescence, ayant une incidence importante sur la vie des personnes en société ultérieurement, cette démarche transformatrice doit débuter à un très jeune âge. Par l’éducation, filles et garçons, doivent développer de l’empathie et du respect mutuel, de manière à lutter contre toute sorte de discrimination, ainsi que toute sorte de violence.

Il est jugé indispensable la promotion d’une « approche holistique » de l’éducation dans les écoles qui mettra en valeur l’importance des droits de l’homme, de la dignité humaine, qui conduira naturellement à l’égalité des genres.

Last but not least, le développement de l’estime de soi et de l’assertivité, qui encouragera les filles à prendre des décisions de manière autonome et en toute connaissance de cause, tant au niveau personnel que professionnel, constitue, selon moi, l’idée la plus essentielle, sur laquelle doit reposer la transformation souhaitée.

Et tout cela par des moyens concrets : « surveiller constamment, sur le plan pédagogique, les programmes, les objectifs de développement et les apprentissages, les matières, les stratégies, le matériel, l’évaluation, les programmes de chaque discipline ainsi que la planification des cours ; enseigner le rôle des femmes dans l’histoire, les sciences, la politique, la littérature, les arts, l’éducation, etc. ; former les enseignants aux moyens de favoriser au mieux l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Les combats qui restent à gagner…

Aujourd’hui, 32 millions de filles sont exclus du système éducatif dans le monde. De toute évidence, le taux d’analphabètes est deux fois plus élevé chez les femmes que les hommes (20 % contre 11 %), tandis qu’en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et de l’Ouest, seulement la moitié de femmes a accès à l’éducation. Dans les pays arabes, la proportion de femmes scolarisées atteint seulement 69 %.

Ces taux déplorables ont des incidences d’immense importance sur l’humanité. En privant les filles d’instruction, une grande partie de la population mondiale restera enfermer dans l’extrême vulnérabilité, dans l’ignorance absolue, tout en les exposant aux maladies graves, aux grossesses précoces et aux violences sexuelles.

Les éduquer constitue une œuvre qui aura des conséquences qui vont bien au-delà des jeunes filles elles-mêmes : rendre la société plus saine, ou, au minimum, « moins mauvaise » [1].

Voir en ligne : Photo : CC

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Notes

[1Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, Paris, Gallimard, coll. « Idées » no 422, 1955, p. 116.

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