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Entendre nos détracteurs !

Un dispositif « Orsec » pour l’Union Européenne

, par Jean-Luc Lefèvre

Partout, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour mettre en cause l’opportunité de la construction européenne. Pourquoi ne pas les écouter ? Les griefs les plus fréquents ? L’Union européenne aurait permis l’émergence d’une caste de privilégiés coupée du monde et leur action, quand elle ne se réduit pas à des harmonisations tâtillonnes, manquerait de lisibilité. De surcroît, en ouvrant à tous vents les frontières de nos états, l’Union européenne aurait créé un appel d’air pour tous les profiteurs et autres criminels de la planète.

Auteurs

  • Historien de formation, directeur d’un collège et d’un lycée en Belgique, président de deux associations européennes de responsables scolaires. Aujourd’hui retraité, viens de publier ( Mon Petit Editeur à Paris, 2013) un essai consacré à « La question de l’identité européenne »

La nomenklatura de « Bruxelles »

« Bruxelles », sans autre nuance en effet, ses parlementaires, ses commissaires, ses fonctionnaires, tous dans le même sac, trop nombreux, trop bien rémunérés, tous corrompus dès l’instant où l’absentéisme les a tous gangrenés !

Les preuves objectives ne sont pas là ! 1,49 parlementaire européen par million d’habitants sur le continent ! 1,13 parlementaire européen français par million d’habitants, mais 14 députés et sénateurs pour mille ; 1,9 député européen belge par million d’habitants, mais 18 députés et sénateurs pour mille ! Près de DIX FOIS plus de mandataires nationaux ! Combien gagnent-ils, nos « chers » eurocrates que ne gagneraient pas, eux aussi, les autres diplomates nationaux et internationaux (ONU, FMI, OTAN) ? Le site internet de J. Quatremer vaut ici le détour !

Quant à l’absentéisme, pourquoi nos télévisions publiques font-elles l’économie bien peu citoyenne de ne pas retransmettre en direct les séances plénières du Parlement européen, avec, en gros plans, les trombines de leurs nationaux. L’exercice serait parfois édifiant et de nature à modifier sensiblement le comportement de certains élus !

Une élite privilégiée, mais aussi tatillonne dans ses directives, qui s’est arrogé le droit de tout règlementer, sans trop se préoccuper du quotidien des populations. La critique n’est pas dénuée de fondement. Deux bémols toutefois : elle sous-estime le rôle des lobbies qui ont pignon sur rue à « Bruxelles » et elle oublie de mettre le doigt sur les progrès que constituent, par exemples, le projet Galileo d’un GPS européen et le brevet européen censé protéger notre recherche scientifique ! Il en va de même pour la pédagogie européenne que pour la monnaie de Gresham : la mauvaise chasse toujours la bonne et les élus de nos peuples sont de piètres pédagogues !

Pour en finir avec cette première critique du fonctionnement de nos institutions, qu’il me soit permis de dénoncer l’hypocrisie de celles et de ceux dont les préoccupations comptables s’arrêtent à « Bruxelles » et ses ressources humaines sans prendre aussi en compte les coûteux aller et retour d’un siège (Bruxelles) à l’autre (Strasbourg).

Le déficit démocratique

Comment ne pas déplorer le fossé qui s’est installé entre l’appareil et le citoyen ? Les réponses apportées par la troïka aux crises budgétaires dans les PIIGS (2), la mise sous l’éteignoir des instances nationales démocratiquement élues…Tout cela est inadmissible : aucune fin ne peut justifier pareils moyens sur le continent qui a vu naître la démocratie !

On cherche aussi désespérément aujourd’hui les raisons du vivre – ensemble en Europe. Depuis la chute du Mur de Berlin, sous l’œil très intéressé d’ailleurs d’Oncle Sam, l’élargissement est devenu un dogme, et souvent, une fuite en avant. Où et quand le citoyen a - t- il été consulté à ce sujet ?

Partout en Europe, lors de l’élection au suffrage universel du parlement si chèrement acquise en 1979, des considérations politiques nationales empoisonnent et confisquent un débat proprement continental parce que les enjeux ne sont pas clairs pour les citoyens.

La stratégie qui consiste à organiser, comme en Belgique pour des raisons de constitution des bureaux de vote quand l’abstentionnisme est devenu contagieux pour les assesseurs eux-mêmes, des élections européennes, fédérales et régionales un même jour, conduit immanquablement à marginaliser le débat européen Elle devrait être interdite. Pourquoi ne pas organiser nos élections européennes à une même date partout dans l’Union ? Au sein d’une seule et même circonscription électorale ? Avec des partis politiques résolument transnationaux, contraints de placer sur leur liste des candidats de tous les horizons ? Avec, surtout, un programme électoral clair, qui leur apporte une spécificité aujourd’hui perdue : une proposition dans le domaine de la politique internationale et de la défense commune, une proposition dans le champ socio-économique (marché de l’emploi, fiscalité) et une proposition en matière éducative (quel adulte voulons-nous pour demain en Europe) ?

Une Europe courant d’air ?

Nous quittons ici l’Union des 27, et abordons le chapitre de Schengen. Le sait-on quand on apprécie l’amalgame ?

Sans doute Schengen a-t-il provoqué un appel d’air. Mais sans Schengen cela aurait-il été différent ? Nos États, tels des forteresses, auraient-ils mieux résisté ? On peut en douter quand on sait les expériences historiques des « Ligne Maginot » et autres « pré carré » de l’Histoire. Est-ce si différent ailleurs, aux États-Unis par exemples, où les WASP (3) éprouvent la même peur face à la montée en puissance des allochtones et la marginalisation de leur langue anglaise au profit de l’espagnol ? Là-bas aussi, on espère beaucoup du mur sur le Rio Grande pour stopper l’émigration ! Là-bas également, un parti de droite extrême, comme le Tea Party ! Tout cela sans Schengen !

L’Europe institutionnelle n’a rien à voir avec la vague de migrations que l’on connaît. Il lui faut, certes, la gérer, comme les gallo-romains des IIe-Ve siècles ont été confrontés à ces déferlantes venues de l’est… Quand la guerre s’est aussi partout installée sur le pourtour méditerranéen, le défi devient colossal.

L’intégration est cependant inévitable. Comme au Haut Moyen Age, elle passera, qu’on le veuille ou non, par un apprivoisement mutuel, un métissage irréversible des populations. À l’époque, déjà l’homogénéité religieuse n’existait pas ! Et aujourd’hui, notre dynamisme démographique ne suffit plus au financement des caisses de retraite !

Un mot encore. Être européen, promouvoir l’intégration et le vivre - ensemble ne signifie pas renoncer à ses valeurs. Encore faut-il s’en souvenir et se souvenir que le particulier s’est toujours, en Europe, enraciné dans l’universel.

Déficit pédagogique européen, déficit européen tout court

Un dispositif « Orsec » en deux phases. Un effort de pédagogie d’abord, urgent, qui mobilise tous les acteurs de la vie publique, la classe politique bien sûr, mais aussi les media, mais aussi les éducateurs, en ce compris les parents de nos adultes de demain.

La ferme volonté ensuite d’approfondir l’intégration : tous les griefs des euro-sceptiques y invitent, « à l’insu de leur plein gré ». Et d’abord dans le fonctionnement des institutions !

Voir en ligne : http://www.flickr.com/photos/danieloop/

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Vos commentaires

  • Le 5 février à 07:57, par Valéry En réponse à : Entendre nos détracteurs !

    Une élite privilégiée, mais aussi tatillonne dans ses directives, qui s’est arrogé le droit de tout règlementer : ça ressemble à une description très exacte des gouvernements et de l’administration française. Pourquoi le niveau européen serait-il meilleur que le niveau national ?

    À ma connaissance les électeurs européens ne votent pas pour des libertariens mais pour des partis qui prônent un vaste champ d’intervention pour la puissance publique.

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