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Entretien avec Andrew Duff

, par Juliette Krawiec, Juuso Järviniemi, Loris Birkemeyer

Andrew Duff est peut-être le plus important des fédéralistes européens nous venant du Royaume Uni. Il a représenté les libéraux démocrates au sein du groupe ALDE au Parlement européen pendant 15 ans, de 1999 à 2014. Il a aussi été le président de l’Union des Fédéralistes Européens entre 2008 et 2013. Il travaille maintenant pour l’European Policy Centre et surveille attentivement l’évolution de la situation autour du Brexit. L’équipe du New Federalist lui a demandé ce qu’il pense du futur du Royaume-Uni et de l’Europe en ces temps troubles. Voici ce qu’il a répondu.

Andrew Duff, euro-député ALDE britannique. © European Union 2014 - EP.

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Le gouvernement britannique semble attaché à l’idée du Brexit, et en effet la réthorique du « Hard Brexit » est très répandue. Pensez-vous qu’il est possible que le gouvernement de Theresa May accepte la libre-circulation après le Brexit ?

Non. La décision de quitter l’UE a été en partie motivée par la peur de l’immigration. Mme May devra en tenir compte dans son projet de sortie de l’Union, sans quoi elle échouera à garder son poste. Cependant, un système complexe de permis de travail devra être mis en place car l’économie britannique a besoin des travailleurs immigrés.

Dans le mémorandum que vous avez écrit en novembre pour le comité AFCO (Affaires Constitutionnelles) du Parlement européen, vous avez soutenu qu’une décision de la Cour de Justice européenne sur la révocabilité de l’article 50 pourrait être requise, ce qui enclencherait un processus susceptible de retarder le Brexit de quelques mois. Comment un tel retard pourrait-il affecter l’humeur des partenaires européens de la Grande Bretagne ?

Les tergiversations autour de la sortie vont ennuyer les partenaires du Royaume-Uni, en amplifiant le risque que le nationalisme britannique se propage au continent mais aussi en détournant l’UE des 27 de la gestion de nombreuses autres crises. Mais la question de la révocabilité est très importante. D’un point de vue légal, je suis certain que le Royaume-Uni pourrait changer d’avis et demander au Conseil européen d’abandonner les négociations de l’Article 50. L’UE des 27 aurait besoin de s’assurer que les britanniques ont agi honnêtement et n’ont pas abusé du processus. Mais quelles conditions devraient-ils imposer à un Royaume-Uni sur le retour ? Il semble inconcevable que les choses puissent simplement revenir « à la normale » et que nous continuions comme si rien ne s’était passé. Plus particulièrement après le hiatus de Cameron, l’adhésion du Royaume-Uni selon les conditions actuelles n’est pas viable. Une décision britannique qui irait vers une tentative de rester dans l’UE susciterait probablement de nouveaux développements constitutionnels dessinant les contours d’un petit groupe d’Etats au noyau fédéral autour de l’Allemagne et une confédération externe plus large de laquelle le Royaume-Uni serait le leader.

François Fillon sera le candidat du centre-droit à la prochaine élection présidentielle en France. S’il parvenait à être élu, comment cela affecterait-il les négociations du Brexit ?

Ce ne serait pas une bonne nouvelle. Fillon est un gaulliste, et tout ce qui va avec. Il est pour le Conseil de l’Europe ; contre la Commission et le Parlement européen ; pour la PAC (Politique Agricole Commune) ; et animé d’une méfiance historique vis-à-vis des anglais (difficile de le lui reprocher dans les circonstances actuelles). Mais les négociations de l’Article 50 seront un effort collectif mené par la Commission. En fin de compte, le Conseil européen se verra obligé d’approuver l’accord car peu de dirigeants souhaitent réellement le retour des britanniques - et la France avec Hollande ou Fillon à sa tête sera la première à leur dire adieu.

À votre avis, quels sont les dirigeants européens qui risquent de causer des difficultés dans les négociations ?

La Pologne défendra les droits du million de polonais qui vivent et travaillent au Royaume-Uni. L’Espagne voudra trouver un accord autour de Gibraltar, et la République d’Irlande autour de l’Irlande du Nord. D’autres difficultés apparaitront, mais au final les 27 voudront faciliter le départ du Royaume-Uni.

Que pouvez-vous dire concernant la relation entre le Royaume-Uni et les États-Unis sous la présidence de Trump ?

Toute l’Europe souffrira si les libéraux manquent de confiance en eux. De 2016 on aura retenu une leçon à propos du danger de recourir aux référendums pour résoudre les problèmes auxquels les partis et Parlements refusent de faire face. Faire plus de référendums pourrait tuer l’Union Européenne. Un Parlement européen plus fort, engagé dans la construction de partis politiques fédéraux au niveau européen, est notre meilleur espoir et ce sur quoi nous devons concentrer nos efforts.

Vous plaidez pour des listes transnationales pour les élections européennes depuis quelques temps. Récemment, au Congrès du Parti ALDE, la proposition en faveur de telles listes a été rejetée. Quelles sont vos réflexions sur le sujet ?

Le parti ALDE a souvent été conservateur et en dehors de le tendance intégrationniste. Ses deux forces motrices sont d’une part les Libéraux-démocrates britanniques (Lib Dems) qui ne sont que faiblement « pro-européens » et d’autre part le Parti populaire libéral et démocrate néerlandais (VVD) qui sont tout comme les conservateurs britanniques. Je crains qu’on ne puisse plus se tourner vers ces confédérations de partis politiques nationaux pour nous mener à la Terre promise d’une Europe unie. Des listes transnationales pour une circonscription paneuropéenne constituent la prochaine pièce essentielle du puzzle fédéral. Nous nous tournons vers le Parlement européen et la Commission pour diriger ce mouvement.

Que devrait faire un britannique pro-européen désormais ? Où voyez-vous le mouvement britannique pro-européen dans 5 ans ?

Nous devrions maintenant travailler pour un accord décent qui donne à la Grande-Bretagne le sentiment qu’elle a « repris le contrôle » à l’Europe et permettre au système politique britannique de se purger du nationalisme. Le Royaume-Uni devrait revenir à la politique de Churchill d’encouragement du fédéralisme européen, mais de l’extérieur. Quand les nouvelles générations prendront la place des plus anciennes générations qui s’éteindront (ce qui a tendance à arriver), l’atmosphère changera. Mais la clé d’une éventuelle « ré-entrée » du Royaume-Uni dans les enchevêtrements continentaux réside dans le bon fonctionnement de l’expérience fédérale. Tout dépend de la direction que prendra l’UE des 27. L’émergence d’un centre de pouvoir crédible, dirigé par un gouvernement démocratique, produisant des biens publics pour les citoyens européens et se vantant sur la scène internationale, attirera les britanniques - d’autant plus que leur isolement auto-imposé commencera vite à pâlir. Ce n’est pas marrant d’être seul. Je leur donnerais 20 ans.

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