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Espagne : Une élection qui annonce un tournant historique

, par Robin Alves

Le 20 décembre prochain, les Espagnols renouvèleront le Parlement et le président du gouvernement au palais de La Moncloa. Les deux partis traditionnels, le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol ainsi que les deux partis émergents Ciudadanos et Podemos sont au coup à coude. Dans une perspective de sortie de crise économique, sociale et territoriale, l’Espagne a rendez-vous avec l’histoire.

Les citoyens espagnols éliront dimanche les membres de leur Parlement. - Jordi Boixareu (CC/[Flickr->http://www.flickr.com/photos/jobopa]).

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Des partis traditionnels décrédibilisés, des partis émergents régénérateurs

Au pouvoir depuis 2011, le Parti Populaire de Mariano Rajoy souffre de sa politique d’austérité en réponse à la crise économique. Entre le rejet de la corruption, la crise institutionnelle, les coupes salariales, et un chômage conséquent (23,5%), le parti perd en légitimité. A l’opposé, le PSOE n’a guère le vent en poupe. Après des résultats décevant aux élections européennes de 2014, son leader Alfredo Pérez Rubalcaba a démissionné. Il fut remplacé par Pedro Sanchez promouvant le « parti du changement ».

Dans le même temps, Ciudadanos (C’s) un parti de centre-droit libéral, attaché aux services publics et aux réformes structurels est né en 2005. Présidé par Albert Rivera un catalan anti-indépendantiste, il rassemble des dissidents du PP.

Sur le modèle de Syriza en Grèce, et issu du mouvement des indignés, Podemos mené par Pablo Iglesias a vu le jour en janvier 2014. Le parti convainc les jeunes face au désarroi de la crise économique et souhaite impulser un fort changement social.

Ciudadanos a percé aux élections catalanes, Podemos aux élections européennes. Ce sont aujourd’hui deux alternatives crédibles au bipartisme. A l’aune des élections, les scores s’annoncent serrés. Pour éclairer les électeurs, le journal El Pais a organisé un débat électoral inédit sur internet au soir du 30 novembre.

Entre divergences et convergences, un débat électoral inédit mettant à terme le bipartisme espagnol

Albert Rivera (C’s), Pablo Iglesias (Podemos) et Pedro Sanchez (PSOE) se sont livrés aux joutes verbales. Mariano Rajoy n’a quant à lui pas participé au débat, affirmant son statut de Premier ministre en fonction mais confortant ainsi une image éloignée du peuple.

Pedro Sanchez a défendu une société du bien-être : « les socialistes sont les architectes de l’Etat du bien-être ». Enumérant l’ensemble des lois sociales promulguées par le PSOE depuis l’avènement de la République, il prend les succès anciens du parti pour les faire renaître. Défenseur de la parité et des droits des femmes, il aspire à une réforme constitutionnelle menant à un Etat fédéral. A la crise économique, il répond par le progrès social et à la crise institutionnelle, par la conciliation.

A l’inverse, Albert Rivera, se montre moralisateur et anti-indépendantiste. Prônant un pacte national contre la corruption et un pacte national pour l’éducation, il souhaite préserver la souveraineté de l’Espagne, sans concession à la Catalogne. Son projet économique phare, le contrat unique est néanmoins perçu comme une alternative de droite par ses rivaux.

Quant à Pablo Iglesias, il critique à la fois le PSOE, ses promesses non tenues et ses termes génériques, et à la fois Ciudadanos d’être dans le sillage du Parti Populaire. Podemos veut lutter contre la fraude fiscale, instaurer un référendum d’autodétermination pour la Catalogne et porter un changement social. Si sa prestance fut de mise, il reste pourtant implicite sur le contenu réel de son programme.

Dans tous les cas et en commun accord, les candidats ont exprimé la volonté de modifier la réforme libérale du travail entrepris par le PP et de rapprocher la politique du citoyen. Mais le quotidien El Pais rapporte qu’après le débat, une grande partie de l’électorat espagnol reste indécis.

Face à la fragmentation politique, l’Espagne se dirige vers la 2e coalition de son histoire

Après la coalition de 1996 entre le PP et les partis autonomistes, l’Espagne se dirige vers de nouveaux pourparlers entre partis. Le système électoral espagnol n’offre pas de proportionnel pur, mais une répartition de sièges par régions, favorisant le vote rural et ainsi un vote traditionnel.

Si le Parti Populaire peut en tirer profit, l’ancien responsable du parti, José Maria Aznar redoute Ciudadanos : « La claire victoire de ce parti en Catalogne sur le PP lui donne la primauté au centre-droit ». De même, le PP a reçu le 6 octobre, un avis négatif de la Commission européenne sur le budget espagnol, manquant aux objectifs du pays. Le FMI prévoit une décélération de la croissance espagnole pour 2016. Si le PP veut gouverner, il devra s’allier. Si Felipe Gonzalez, ancien responsable du PSOE parle d’union nationale, les citoyens espagnols sont sceptiques d’une alliance entre partis traditionnels. A gauche, Pablo Iglesias est peu enclin à s’allier avec le PSOE, à moins que le parti change « à 180 degrés ».

Ainsi, la surprise viendrait de Ciudadanos, qui bénéficie du crédit de Bruxelles. L’Union trouve le parti modéré rassurant, pouvant s’allier à la fois sur son aile gauche et droite. Une coalition entre Ciudadanos et le PP ou Ciudadanos et le PSOE serait envisageable. Mais dans le premier cas, ce serait l’alliance de deux partis anti-indépendantistes qui monterait d’un cran la tension avec la Catalogne.

L’incertitude règne donc. Quatrième économie de la zone euro, l’Espagne paye les conséquences de l’austérité. Le PP a considérablement sous-estimé les effets sociaux des mesures imposées. Entre partis traditionnels et mouvements régénérateurs, l’électorat est volatile. Le 20 décembre, une nouvelle page de l’histoire espagnole va se tourner. Dans quel sens ?

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