Et hop, une élection !

, par Juuso Järviniemi, Traduit par Elodie Arrighi

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Et hop, une élection !
Theresa May en réunion du Conseil de l’Europe en Mars. © Jay Allen (Number 10 // Flickr, CC BY-NC-ND 2.0)

Ayant affirmé qu’il n’y aurait pas d’élection surprise, la Première ministre britannique Theresa May en a pourtant déclenché une au printemps, avant de poursuivre en accusant les représentants de l’UE d’essayer de s’immiscer dans les résultats du scrutin. Les élections de la Grande-Bretagne promettent d’être riches en émotions ! Elles font les gros titres et donnent des raisons de se demander comment le pays en est arrivé à ce stade. Mais au final la situation du pays ne sera ni plus ni moins déplorable que ce qu’elle était déjà en amont des élections.

Les sondages laissent supposer que les conservateurs devraient aisément remporter les élections. Le rêve de certains partisans pro-européens, de voir les progressistes stopper net le Brexit, semble irréaliste étant donné le fait que la montée des libéraux démocrates semble se faire timidement. Par ailleurs, le parti travailliste n’est même pas déterminé à combattre le Brexit à ce stade. Le Brexit porte donc bien son nom.

Un mandat démocratique ne veut pas dire plus de soutien pour May

Les opposants à Theresa May lui ont souvent rappelé qu’elle n’a pas été élue. Elle a hérité sa position de Première ministre grâce à David Cameron, plutôt qu’en remportant des élections. Cela ne sera plus le cas après le 8 juin, d’après les sondages. Cependant, cela renforcera-t-il sa position dans les négociations sur le Brexit qui doivent débuter après l’élection ? La réponse est non.

Même avant les élections, les conservateurs avaient quasiment eu quartier libre dans la Chambre des communes. Bien sûr avant d’être dissous en amont des élections, le parti disposait d’une faible majorité au Parlement, élu en 2015. Le fait que l’opposition ait été affaiblie avec la division interne du parti travailliste de Jeremy Corbyn sur la question du Brexit, a même facilité la tâche au gouvernement afin de présenter son programme, qui apparait clairement opposé à l’UE comme à l’Europe. Toutes les avancées réalisées par les conservateurs lors de l’élection de juin permettront évidemment au parti de mieux résister aux rébellions de leurs propres députés, cependant on peut rappeler que rien n’a encore réussi à entraver la décision du gouvernement jusqu’ici. En pratique, peu de choses devrait changer, cela vaut également pour l’Europe.

Peu importe à quel point le gouvernement britannique apparait de l’intérieur comme « fort et stable », le fait est que la Grande-Bretagne occupe la place du plus faible dans les négociations sur le Brexit. Ce qui a affaibli Theresa May à Bruxelles jusqu’ici n’est pas son absence de mandat démocratique. C’est le fait que la position défendue par la Grande-Bretagne, notamment sur l’adhésion au marché unique sans liberté de mouvement, soit incompatible avec la législation en vigueur et que le mécanisme de retrait de l’UE laisse inévitablement la Grande-Bretagne à la merci des autres États membres. Le 9 juin, Theresa May ne sera donc pas plus puissante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Encore deux années d’agitation supplémentaires autour du Brexit

Le Parlement qui sera élu en juin, siégera jusqu’en 2022 plutôt que jusqu’en 2020, comme cela aurait dû être le cas si les élections n’avaient pas été anticipées. Cela laissera évidemment plus de temps au gouvernement pour négocier des accords d’après-Brexit avec l’UE. S’il y a une raison qui permettrait aux élections de rendre la Grande-Bretagne plus « forte et stable », c’est probablement celle-là. Toutefois, en ce qui concerne les négociations des accords commerciaux, le processus devrait vraisemblablement durer des années. Quoi qu’il en soit, de nouvelles élections devront sûrement se dérouler d’ici la fin des négociations.

D’un autre côté, si les élections produisent un gouvernement farouchement opposé à l’Europe, cela signifiera évidemment que l’attente des pro-européens sera rallongée de deux ans avant de pouvoir bénéficier d’une nouvelle chance d’accéder au pouvoir. Si la Grande-Bretagne est expulsée du marché unique sans accord transitoire en 2019, certains pourraient espérer que l’économie britannique soit épargnée d’ici le déroulement des prochaines élections et peut être que d’ici là les électeurs auront oublié les périodes fastes durant lesquelles les négociations avec l’Europe s’effectuaient encore aisément. Cependant cela s’avèrerait bien trop optimiste, puisque trouver un substitut à l’Europe après la chute conduira sûrement la Grande-Bretagne largement au-delà des quelques années initialement prévues.

Si un autre gouvernement anti-européen émerge en Grande-Bretagne après les élections, il ne restera plus aux partisans britanniques pro-européens qu’une tâche d’envergure à mener au quotidien. Bien sûr le gouvernement, qui interprétera le résultat des élections comme un mandat clair pour tout et n’importe quelles décisions qu’il prendra en Europe, ne sera pas obligé de prendre leur avis en considération. Néanmoins, cette critique martèlera le message selon lequel il ne fait pas bon quitter l’Europe et insistera sur le fait que la Grande-Bretagne a toujours l’opportunité d’apprendre de ses erreurs. Et lorsqu’un nouveau jour se lèvera lors des élections de 2022, l’unique stratégie gagnante pour un parti politique en Grande-Bretagne, sera de soutenir davantage de coopération avec l’Europe et peut être même une adhésion britannique à l’Union européenne, cette fois-ci avec une sorte d’humilité retrouvée, que seule une sombre réalité peut engendrer.

Vos commentaires

  • Le 1er juin à 10:17, par felix En réponse à : Et hop, une élection !

    Elle se retrouve seule, aucun des politiciens étaient prés d’elle à la dernière rencontre de l’UE

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