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Et si Schengen échouait

, par Luca Lionello, Simon Paetzold, traduit par Thomas Arnaldi

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« Si l’esprit de Schengen quitte nos Etats et nos cœurs, alors nous perdrons bien plus que l’espace Schengen ». Les accords de Schengen sont, comme le montre cette citation de Jean-Claude Juncker, le cœur de l’intégration européenne.

Des cyclistes traversent la frontière franco-luxembourgeoise. – © Matthias Buehler / Flickr/ CC BY-NC 2.0-Lizenz

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Sans la totale et libre circulation des hommes et des marchandises, une monnaie unique telle que l‘euro n’aurait aucun sens. Bien plus important qu’une composante économique, l’esprit de Schengen, c’est avant tout l’esprit des échanges culturels et des coopérations transfrontalières. Cet esprit, et Juncker en a bien conscience, serait atteint dans ses fondations les plus originelles si Schengen venait à disparaître.

Voyager sans aucun contrôle de passeport de la côte atlantique du Portugal jusqu’aux lumières polaires de Finlande, ou bien des rochers insulaires de l’Islande jusqu’aux bords ensoleillés de la mer Egée appartient à une normalité du quotidien pour les jeunes générations actuelles. Schengen est un des fondements même de l’Europe, un symbole qui élargit les libertés individuelles et n’érige aucune barrière ses résidents. Nous ne devons pas seulement protéger cette liberté fondamentale, mais aussi approfondir le projet européen, qui a commencé avec l’abolition des frontières internationales de l’Union européenne, afin de résoudre les crises qui ont façonné l’Union ces dernières années.

Tout commença par des manifestations pacifiques

Déjà peu de temps après la Seconde Guerre mondiale, des jeunes Européens appelaient à l’établissement d’un Etat fédéral européen, avec un Parlement européen et son propre gouvernement. Le 6 août 1950 très exactement, des Européens de sept pays différents se positionnaient sur la frontière franco-allemande pour une manifestation non-violente, à l’endroit même où leurs pères et grands-pères faisaient face lors de combats meurtriers. En brûlant de manière pacifique les barrières de péage à la frontière française et allemande, ils ont clairement montré que les frontières ne nous sépareraient plus jamais les uns des autres. 35 ans plus tard, leur appel a été entendu lorsque l’abolition des contrôles aux frontières au sein d’une Europe unie est devenue une réalité avec la signature des accords de Schengen. Toutefois, le contenu même de ces accords est aujourd’hui en danger.

En 2015, les attaques terroristes ont terriblement secoué le continent. Le nombre d’hommes et de femmes échappant à la guerre et à la misère et essayant de rejoindre le sol européen n’a cessé de croître constamment et substantiellement. Confrontés à ces défis européens – si tant est qu’ils ne soient pas mondiaux – plusieurs gouvernements ont pris des mesures radicales d’isolationnisme à l’intérieur même de l’Union européenne. Ils ont fermé les frontières, construit des clôtures et se sont recroquevillés sur eux-mêmes, jouant simplement la carte de la politique de l’autruche.

Cependant, à la lumière de la mise en réseau toujours plus approfondie à l’intérieur de l’Europe et autour du monde, ces mesures n’ont en aucun cas protégé notre liberté. Au contraire, alors que le rétablissement des contrôles aux frontières était une étape nécessaire dans cette période de crise aux dangers imminents, cela ne doit pas devenir un mécanisme permanent avec lequel nous répondrons aux défis qui nous font face.

Une opportunité pour une intégration plus approfondie

Si les citoyens européens, les politiques européens et les gouvernements des Etats membres ne veulent pas abandonner une Europe ouverte, dans laquelle les libertés individuelles sont garanties, alors les contrôles aux frontières à l’intérieur de l’Union européenne doivent être réduits progressivement. L’opportunité d’une intégration plus approfondie doit être saisie en réponse à la crise actuelle.

Dans le but de regagner le cœur et les esprits des citoyens européens, les frontières extérieures de l’Union européenne doivent être sécurisées efficacement. Si un Etat membre introduit aujourd’hui des contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen, les pays frontaliers seront alors forcés d’établir eux-aussi leurs propres contrôles, jusqu’à ce que cet effet Domino ait atteint les frontières extérieures de l’Union. Afin d’empêcher cette réaction en chaîne, l’Union européenne doit trouver le courage de regagner le contrôle des situations trop souvent chaotiques que nous avons vues en 2015. Ainsi, les efforts investis dans la gestion commune et européenne des frontières extérieures doivent être significativement relevés à la hausse. Dans le même temps, un système commun de droit d’asile doit être établi au sein des pays membres de l’Union européenne, dans l’esprit de la solidarité européenne qui a profondément souffert ces derniers mois.

Les gouvernements nationaux ont agi jusqu’à maintenant trop peu et trop tard, et ne sont pas en mesure de respecter les obligations qu’ils ont prises. Les autorités européennes et nationales, tout comme les citoyens, doivent faire comprendre que plus de coopération et de partage de souveraineté sont les réponses aux périls auxquels l’espace Schengen est confronté. Afin de se libérer effectivement de la crise, nous avons nécessairement besoin d’une surveillance européenne des frontières et d’un système européen de droit d’asile, en combinaison avec un gouvernement européen qui protège ses citoyens et leurs libertés, de la même manière qu’ils le réclamaient à juste titre par le passé.

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Vos commentaires

  • Le 18 février à 07:52, par Alain En réponse à : Et si Schengen échouait

    Il est absurde de considérer une création tardive de l’union comme son cœur. De plus il s’agit seulement du contrôle aux frontières et absolument pas de la libre circulation des résidents européens qui est - elle - le cœur de l’union. Donc ce chœur de pleureuses autour de Schengen n’a pas de sens, les gens ne cesseraient pas de circuler en Europe parce qu’il y aurait quelques contrôles d’identité qui ne seraient systématiques que dans les aéroports.

    Par contre il y a un risque non négligeable d’éclatement à cause de Schengen, il faut se rendre compte que les peuples peuvent être prêt à dynamiter l’Europe elle-même si il ne retrouvent un contrôle de l’immigration mis à mal par Schengen et Dublin ! Il faut savoir sacrifier l’accessoire pour conserver l’essentiel

  • Le 19 février à 13:53, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Et si Schengen échouait

    Non : en Europe un citoyen européen est chez lui et doit pouvoir circuler dans les mêmes conditions que quand il circule dans l’État dont il a la nationalité. L’objectif de la construction européenne tel qu’il a été défini dans la déclaration Schuman est la fédération européenne et dans une fédération d’hommes libres on ne se fait pas humilier par un flic qui te demande de montrer patte blanche à chaque fois que l’on voyage.

    Toutes les raisons invoquées pour la mise en place de contrôles aux frontières sont bidon et motivées uniquement par la démagogie nationaliste. Si on devait croire les sales types qui proposent ce genre de mesures débiles alors il faudrait aussi des contrôle gare du Nord pour les trains de banlieues.

    Quand à l’immigration ce n’est pas le sujet. En France le contrôle aux frontières a été rétabli suite aux attaques terroristes dont la plupart des auteurs étaient Français. Pour les autres il s’agit de refuser des réfugiés victimes des meutriers de masse Assad et Poutine que les Européens ont laissé faire et de repousser lâchement le problème en le laissant à la Grèce ou à la Turquie. Peu importe que des enfants se noient l’essentiel est de tenter (vainement) d’apaiser les abrutis qui votent pour les partis fachos. L’Europe a les moyens d’accueillir les réfugiés dignement : c’est simplement qu’elle le refuse car une partie de l’opinion considère que la vie d’un arabe ne vaut pas celle d’un Européen.

    Fort heureusement 79% des Européens sont favorable au maintien de la liberté de circulation. Les couards qui nous gouvernent devront revenir vite fait à la raison.

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