Eurovision 2026 : la Bulgarie déjoue tous les pronostics et s’impose dans une édition sous tension

, par Alice Heurtin

Eurovision 2026 : la Bulgarie déjoue tous les pronostics et s'impose dans une édition sous tension
Dara, originaire de Bulgarie, lauréate du Concours Eurovision de la chanson 2026 à Vienne, en Autriche (grande finale à la Wiener Stadthalle) Photo de Tsui (source : Wikipedia / domaine public)

“And the winner of the Eurovision song contest 2026 is… BULGARIA” ! Au terme d’une longue soirée, l’Eurovision nous a offert en dénouement la première victoire de la Bulgarie au concours, un vrai retour gagnant après trois ans d’absence pour des raisons financières. La chanteuse DARA s’est fait connaître en 2015 avec sa participation à l’édition bulgare du télécrochet X-Factor et a déjà une carrière bien installée chez elle avec plusieurs albums à son actif et un passage en tant que juge de The Voice Bulgarie… Sa victoire met fin à une nouvelle édition du concours qui n’a pas été exempt de son lot de polémiques, de politique, de kitsch et de paillettes. L’heure est au bilan.

Participation d’Israël : un 70e Eurovision sous tension

Comme chaque année, l’Eurovision ne serait rien sans les polémiques, les enjeux de politique et de soft power qui s’invitent à la table. Le 70e anniversaire du concours n’aura pas fait exception. Le maintien d’Israël dans la compétition, acté en décembre 2025, a provoqué une vague de boycotts sans précédent. L’Espagne, la Slovénie, l’Irlande, l’Islande et les Pays-Bas ont ainsi décidé de se retirer, ramenant le nombre de participants à 35, le niveau le plus bas depuis 2003. Dans certains de ces pays, la contestation est allée encore plus loin. En Espagne, en Irlande et en Slovénie, les diffuseurs ont choisi de ne pas retransmettre le concours. La RTVE (la télévision espagnole) a même diffusé un message fort ce samedi à 21h :

“The Eurovision Song Contest is a competition, but human rights are not. There is no room for indifference. Peace and Justice for Palestine.”

Ces absences ont également un impact financier non négligeable. L’Espagne et les Pays-Bas figurant parmi les principaux contributeurs financiers, leur retrait fragilise davantage l’équilibre du concours. En contrepartie, le retour de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Moldavie, absents depuis quelques années pour des raisons financières, n’a pas pu contenir les conséquences de ces boycotts.

À la Wiener Stadthalle de Vienne, où se déroulait le concours, la participation d’Israël a là aussi fait l’objet de tensions. Des huées et des cris comme « Stop the Genocide » se sont fait entendre lors de la première demi-finale du concours, le 12 mai, juste avant la prestation israélienne. Les équipes de sécurité ont évacué à cette occasion 4 individus pour « comportement perturbateur », selon un communiqué conjoint de l’Union européenne de radiotélévision, qui supervise l’Eurovision, et de l’ORF, l’organisateur de cette année.

La seconde demi-finale et la finale de cette édition 2026 n’ont pas semblé connaître de perturbations de cette nature. Le représentant israélien Noam Bettan s’est classé second de cet Eurovision 2026, terminant à la 8e place du jury et à la 3e place du public. Les téléspectateurs semblent donc avoir apporté un soutien massif à Israël, qui se classe 2e pour la deuxième année consécutive. Cependant, une enquête du NY Times sortie à la veille de l’édition 2026 remet en perspective l’implication gouvernementale d’Israël dans sa participation à l’Eurovision. Elle indique : “Cet automne et cet hiver, de hauts diplomates israéliens ont multiplié les contacts avec des responsables politiques et des chaînes de télévision à travers toute l’Europe”. Par ailleurs, l’investissement massif des autorités de l’État hébreu se voit aussi dans la campagne publicitaire et promotionnelle autour du candidat. En effet, des campagnes incitant à voter 10 fois, soit le nombre maximum de votes, pour Noam Bettan ont été diffusées sur les réseaux sociaux et ont conduit à un simple rappel à l’ordre de l’UER. Une seconde place à remettre donc en perspective, au regard de ces éléments.

La Bulgarie fait mentir tous les pronostics

Initialement donné largement favori par les bookmakers, le duo finlandais composé de Linda Lampenius et Pete Parkkonen termine seulement à la 6e place du concours avec une ballade puissante. Eux aussi donnés favoris, l’Australie et la Grèce terminent respectivement aux 4e et 10e places du classement final. L’Australienne Delta Goodrem était elle aussi dans le registre de la « power ballade », quand Akylas, le rappeur grec, chantait « Ferto », une chanson up tempo dans une mise en scène très colorée, rappelant la culture grecque avec certains de ses personnages.

Au final, le trio de tête de cet Eurovision 2026 est donc composé de la Bulgarie, d’Israël et de la Roumanie. Grande gagnante cette année, DARA s’impose avec « Bangaranga », une chanson aux influences bulgares et jamaïcaines, qui prend comme racine le rituel ancestral des Kukeri, où des hommes costumés chassent les mauvais esprits par la danse. Un titre qui a fait consensus, puisqu’en effet, DARA a remporté à la fois le vote du public et le vote du jury ce qui a fait un total de 516 points. Israël termine à la 2e place avec 343 points pour la chanson « Michelle », une chanson pop majoritairement en français avec des paroles en anglais et en hébreu. La Roumanie, représentée cette année par Alexandra Căpitănescu avec la chanson « Choke me », du rock qui prône l’émancipation et l’idée de devenir la meilleure version de soi-même complète le podium avec 296 points. Enfin, côté français, Monroe, révélée par l’émission de télévision Prodiges termine à la 11e place avec le titre « Regarde-moi », une ballade opératique interprétée en français. Si le jury professionnel l’a placée 4e, le public l’a placée à la 18e place en lui octroyant seulement 14 points. Au global, avec 158 points, Monroe termine aux pieds du top 10.

Direction Sofia en 2027 ?

Est-ce que l’Eurovision se tiendra à Sofia en 2027 ? Il y a de grandes chances. En effet, le pays ne possède que deux salles ayant la capacité de places nécessaire pour accueillir le concours (minimum plus de 10 000 places) : l’Arena 8888 à Sofia et l’Arena Burgas à Burgas, au bord de la mer noire. Si le télédiffuseur bulgare, la BNT, s’est déjà dit prêt à organiser et accueillir le concours l’an prochain le défi majeur d’une organisation en Bulgarie serait le coût financier. En effet, absent de l’Eurovision entre 2023 et 2025 pour des raisons financières, accueillir le concours nécessite d’avoir un budget suffisant et de satisfaire un carnet d’exigences et d’infrastructures pour accueillir les milliers de spectateurs. Cependant, historiquement le pays gagnant organise l’Eurovision l’année suivante, sauf cas exceptionnel comme en 2023. Dans tous les cas, il est clair que cette première victoire bulgare à l’Eurovision va, ne serait-ce que pour quelques jours ou semaines, mettre sous les feux des projecteurs ce pays, méconnu en France et en Europe de l’Ouest. Et si la ville hôte de l’Eurovision sera connue dans les prochains mois, les fans n’auront pas à patienter longtemps. Ils peuvent se donner rendez-vous à Malte le 24 octobre pour l’Eurovision Junior et à Bangkok le 14 novembre pour la première édition de l’Eurovision Asia

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