Exercice militaire Orion 26 : le choix d’une Europe de la défense

La France, l’Europe et leurs armées face à de nouvelles menaces

, par Daphné Geonget

Exercice militaire Orion 26 : le choix d'une Europe de la défense
Exercice de dépose des policiers du RAID par hélicoptère sur le toit d’un immeuble à Nancy. Photo de Alexandre Prevot (Source : Flickr - CC BY-SA 4.0)

Depuis le 8 février et jusqu’au 30 avril se déroule en France un exercice militaire de grande ampleur, le plus important depuis la fin de la Guerre froide. Mobilisant 12 500 militaires français, mais aussi européens, 25 navires et 140 avions et hélicoptères, cette manœuvre est donc à la hauteur du personnage mythologique qui lui donne son nom. Un message opportun envoyé quelques jours avant la Conférence annuelle de Munich sur la Sécurité, qui réunira plus de cinquante chefs d’État et délégations.

Orion 26 : un exercice inédit

Les forces militaires du pays d’Arnland doivent faire face au voisin oriental, Mercure, puissance expansionniste voulant annexer une partie du territoire national. Voici le script que devront suivre les troupes mobilisées dans les quelques 15 départements français concernés. Ce scénario, bien que fictif, nous est familier. Directement inspirée d’une fiction de l’OTAN, cette mise en scène militaire s’applique ici à une France confrontée à une attaque directe de l’Est, plus précisément de la Russie.

L’opération vise d’abord à préparer la France au combat de haute intensité, notamment aérien. C’est pourquoi le CAPCODA, le centre chargé de planifier et de conduire ces interventions, est en charge de l’exercice. Pour les forces aériennes, il s’agit là de gagner une supériorité aérienne essentielle dans les combats de ce type, c’est-à-dire de contrôler les airs en premier.

D’après le vice-amiral de Véricourt, Orion 26 “intègre les évolutions récentes du champ de bataille et les nouvelles méthodes de combat”. En effet, cet exercice interarmées, qui met l’Armée de l’Air et de l’Espace française en première ligne, prévoit des moyens cyber et spatiaux, ainsi que 1 200 drones, arme désormais incontournable de l’armée russe sur le front ukrainien.

Un exercice français, certes, mais aussi européen. Avec les troupes voisines engagées auprès de leurs alliées françaises, c’est l’Europe qui montre ici sa capacité de réaction. L’interopérabilité entre alliés est d’ailleurs l’un des objectifs de cette démonstration inédite sur le sol français. En effet, la deuxième phase du plan se déroulera dans les champs de Champagne sous le commandement de l’OTAN->https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/avec-l-operation-militaire-xxl-orion-26-la-france-se-prepare-a-se-defendre-face-a-une-menace-fictive-mais-credible-7628230], moyen de mettre la coopération des troupes européennes à l’épreuve.

Un signal bienvenu pour l’Europe dans une époque tourmentée

La mise en scène des planificateurs militaires n’a malheureusement rien d’illusoire. La Russie ne mène pas seulement une guerre dans les plaines des oblasts orientaux et méridionaux ukrainiens, mais aussi une guerre hybride contre le continent tout entier. À travers elle se déploient une multitude d’actions de déstabilisation et d’attaques informationnelles fomentées par le Kremlin pour fracturer l’Europe. La France fait d’ailleurs partie des États les plus touchés par une campagne de désinformation accélérée par la politique de Trump depuis janvier dernier. C’est pourquoi Orion met aussi ses troupes à l’épreuve de la cyberdéfense et de la guerre électronique à travers le Commandement de la Cyberdéfense.

Lancée cinq jours seulement après l’ouverture de la Conférence de Munich sur la Sécurité en Allemagne, l’action Orion veut envoyer un message clair de capacité de réaction face à un ennemi potentiel, mais aussi d’ouverture à la coopération entre alliés. Cette conférence annuelle, née dans un contexte de Guerre froide, a inauguré le 13 février sa soixante-deuxième édition. Celle-ci suscite l’impatience chez de nombreux diplomates et délégations. On s’en souvient, l’édition de l’an passé avait suscité l’émotion en Europe, car – notamment après le discours retentissant du vice-président américain J.D. Vance, encore relativement méconnu à cette époque – elle marquait la rupture des États-Unis avec l’ordre post-Seconde Guerre mondiale qu’ils avaient eux-mêmes établi. Mais aujourd’hui, des changements semblent avoir remodelé les ambitions militaires européennes. Le discours inaugural a été confié au chancelier Friedrich Merz, qui a fait de la défense sa priorité. En juin 2025, quelques mois seulement après son élection, le chancelier entendait doubler le budget allemand de défense d’ici 2029, pour atteindre 3,5 % de son PIB.

De même, l’exercice Orion 26, qui mobilise évidemment une quantité spectaculaire de matériel militaire de tous types, advient en même temps que le Sommet sur l’Industrie européenne à Anvers. Ce sommet, qui réunit les chefs d’entreprise des plus grandes industries européennes, ainsi que de nombreux dirigeants, a été marqué sur le besoin accru de compétitivité en Europe, en particulier dans l’industrie de défense. Portée notamment par le président français Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la “préférence européenne” dans des secteurs cruciaux est aussi un objectif de longue date de certains États membres de l’Union européenne. Cependant, les négociations rencontreront aussi les réticences de certains pays comme l’Allemagne ou l’Italie.

Une nouvelle Europe de la défense

L’exercice Orion 26 nous montre aussi sans doute la volonté d’indépendance militaire croissante de nombreux pays européens, poussés par les messages explicites de leur ancien allié américain. Une “Europe de la défense” est-elle alors possible ? Cela semble être le signal envoyé aux puissances menaçantes par Orion. L’ancien colonel des troupes de Marine et vice-président de l’Institut Themiis Peer De Jong alerte cependant sur la faiblesse structurelle de l’armée française, qui reste selon lui “microscopique”, et qui ne dispose que de trop petites quantités de munitions.

Mais, malgré des menaces répétées, l’Europe doit-elle définitivement enterrer ses relations avec les États-Unis ? Certains affirment que les Européens ont, sur le long terme, des intérêts communs persistants avec l’allié états-unien, en dépit du déclin constant du soutien de celui-ci depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

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