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Forte augmentation des investissements chinois en Europe

, par Mathilde Girardeau

Tandis que la Chine revendique le statut d’économie de marché, la multiplication d’investissements chinois en Europe fait osciller les dirigeants et industriels entre méfiance et bienveillance.

CC Flickr / magro_kr – Le port de Gênes, en Italie, l’un des plus importants d’Europe

Auteurs

  • Responsable du Taurillon dans l’arène aux Jeunes Européens Bordeaux. En Master 2 Carrières Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Acquisition à 67% du port du Pirée par Cosco, rachat de l’industriel italien Pirelli par China Chemical Corporation, ou encore OPA du Conglomérat Fosun sur le Club Med, la Chine multiplie d’années en années ses investissements vers le continent européen et ne cache plus son appétit pour le made in Europe. Selon l’agence Thomson Reuters, 62,4 milliards de dollars d’investissements chinois sont comptabilisés dès les six premiers mois de l’année 2016 contre 27,7 milliards de dollars en 2015 sur l’ensemble du continent européen.

L’Europe, la nouvelle favorite de Pékin

Avec 4000 milliards de dollars de réserves de change, la Chine est prête à mener une politique d’expansion internationale. Or, la dépréciation de la monnaie unique par rapport au yuan ne fait qu’accroitre la capacité financière de la Chine. De même, la faiblesse d’un certain nombre d’entreprises européennes, pénalisées par leur endettement, positionne les investisseurs chinois en situation de force pour le rachat d’entreprises sur le sol européen. Un autre atout du continent européen est l’existence d’une concurrence entre les Etats qui n’existe pas aux Etats-Unis. Brandir la menace d’investir dans le pays voisin lorsqu’une entité nationale refuse une proposition n’est pas envisageable face au gouvernement fédéral, unique interlocuteur aux Etats Unis.

Une stratégie expliquée en trois points

Plus largement, le rabattement massif d’investissements chinois en Europe doit se comprendre dans le déploiement d’une stratégie qui s’articule autour de trois grands axes. D’une part, l’objectif premier de Pékin depuis 2008 est de sécuriser l’accès aux marchés européens afin de contrer la politique du containment menée par les Etats-Unis sous le mandat de Barack Obama. En réponse aux tensions en Mer de Chine méridionale où l’Empire du Milieu tente d’étendre son influence stratégique, les Etats-Unis font davantage preuve de protectionnisme. Ainsi, face au blocage d’investissements chinois dans certains secteurs de l’industrie américaine, les entreprises chinoises préfèrent l’Europe pour sa plus grande ouverture aux capitaux étrangers. La privatisation du Port du Pirée d’Athènes par des capitaux publics chinois, ou encore, la cession par l’Etat français de 49,9% des parts de l’aéroport de Toulouse Blagnac au consortium Symbiose vise à s’assurer des portes d’entrée sur l’Europe.

D’autre part, le second volet de la stratégie consiste à réorienter le modèle de développement de l’économie chinoise vers plus de valeur ajoutée et de services. Les autorités chinoises sont donc désormais à la recherche de savoir-faire pour ne plus voir leurs produits taxés de « bas de gamme ». Le rachat du groupe Pirelli, géant italien des pneumatiques, par la China Chemical Corporation visait donc à s’approprier un symbole du savoir-faire italien dans l’industrie automobile. Enfin, le dernier objectif au service de la stratégie chinoise est un objectif de puissance. Les entreprises publiques chinoises qui placent leurs capitaux en Europe poursuivent une stratégie définie au sommet de l’Etat. Le cas Syngenta est, à cet égard, symptomatique. Racheté par le groupe chinois ChemChina, le géant suisse de l’agrochimie deviendrait la seule alternative de poids face au mastodonte Bayer-Monsanto, dans un secteur qui regorge de recherche et développement puis d’innovation.

Oscillation entre angoisse et bienveillance

Devant les convoitises de leurs homologues chinois, les dirigeants européens hésitent entre méfiance et bienveillance. Souvent vécue comme une dépossession des intérêts, l’intrusion de Pékin se heurte souvent à des résistances, liées à la crainte de voir les industriels chinois s’approprier les secteurs stratégiques de certains pays. « Je ne suis pas disposé à sacrifier des emplois et des entreprises sur l’autel de marchés européens ouverts », s’est écrié le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, peu avant la visite d’Angela Merkel en Chine s’agissant du rachat du fabricant de robots allemand Kuka par un groupe chinois. Or, la Commission européenne ne voit pas la situation d’un mauvais œil. Grâce à l’augmentation des investissements chinois, Bruxelles entrevoit le moyen de se procurer des capitaux par la cession de grands groupes et de renforcer son accès au marché asiatique via la contraction de partenariats.

La course des investisseurs chinois ne faisant que commencer, le commissaire européen à l’industrie a plaidé en faveur de la création d’une instance européenne de concertation quant à la réception d’investissements, afin de stimuler à la fois la réflexion, d’augmenter le pouvoir de négociation de l’Europe et d’atténuer l’anxiété de l’opinion publique à l’égard des acquisitions étrangères.

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Vos commentaires

  • Le 8 janvier à 19:41, par Bernard Giroud En réponse à : Forte augmentation des investissements chinois en Europe

    "Aujourd’hui, tous les investissements étrangers dans des entreprises américaines (et même non américaines présentes aux Etats-Unis) à plus de 5% du capital doivent passer par les fourches caudines du redoutable Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS). Un comité interministériel qui examine les transactions du point de vue des intérêts économiques stratégiques des Etats-Unis mais aussi des risques pour leur sécurité nationale." L’Usine Nouvelle du 6/1/2017

    Voilà donc une façon de voir du plus puissant pays du monde, sans ambiguïtés. Les affaires sont les affaires, et à court ou à long terme, il est bien sur question de savoir qui, au final va « ramasser les billes ».

    Pratique bien sur, non dépourvue de bon sens , , dont pour une première part, feraient bien de s’inspirer nos différents aspirants à la conduite de l’avenir économique de leurs concitoyens.

    Mais il est une deuxième part, moins bon sens paysan, celle-là, mais plus de type promoteur, inventeur : Ériger en absolu, dans l’association, la règle du "plus large bénéfice partagé" ; On « efface » les distances, les pays ou les cultures, et l’on comprend, entreprises pleines d’années de recherches, et entités nouvelles, ici et loin, dans cette association. En somme, l’expérience et le sang neuf fabriquent une renaissance, une nouvelle jeunesse. Les nouveaux associés se reconnaissent la statut et le droit d’être chez eux, là où ils sont investis pour le meilleur de chacun d’eux, avec les mèmes droits et devoirs.

    Utopie ? Possible ! Intérêt bien compris et durable probablement. Certificat d’association stimulante, certainement ! C’est un autre esprit évidemment !

    Dans ces moments de défiance, telle qu’on en parle aussi dans cet article, il n’est pas inutile de rappeler, qu’à la fin, la vie, le monde, la société est, ce que nous décidons d’en faire ;

    Le stimulant de l’association et du respect mutuel est, depuis toujours, un puissant ressort de ressources, une puissante réserve de vie qui se manifestera dans les découvertes et la promotion de toutes sortes de nouveautés, voir même d’idées fondamentales nouvelles. Pas étonnant, la vie elle-même, au fond, est optimisme.

    Ce sera ainsi, substituer à la défiance, de type "grand"commerce international, la confiance, et élargir par la diversité des sources, celle des futurs, en même temps que s’élargit , pour chacun , le terrain de jeux.

    Il me semble que c’est un peu plus grand que d’autres ambitieux.

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