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Forza signora Mogherini !

, par Dominique Thaury

Federica Mogherini est désormais la Haute Représentante à la politique extérieure et à la sécurité de l’Union européenne. Après des auditions au Parlement européen, qui ont pour la plupart su convaincre les eurodéputés, l’ensemble de la Commission Juncker, dont elle est l’une des vice-présidentes, sera opérationnelle dès début novembre.

Frederica Mogherini a su convaincre les eurodéputés lors de son audition le 6 octobre dernier. - European Parliament

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Bien sûr, une telle nomination ne va pas sans son cortège de remarques plus ou moins acerbes. Le Parti Démocrate italien, en raison de sa présence massive au PSE (Parti Socialiste Européen), devait avoir un poste clé à la Commission, juste derrière le leader européen de centre-droit Jean-Claude Juncker. Matteo Renzi, poussant Federica Mogherini, sans doute pour des raisons de politique intérieure, le Conseil n’a pas hésité à suivre le choix du président en exercice. On a aussi glosé sur sa supposée inexpérience qui laisserait aux ministres des Affaires Etrangères nationaux une large marge de manœuvre, ces « messieurs blancs », pour paraphraser Sylvie Goulard, qui s’agitent mais qui ne parviennent pas à peser sur la scène internationale du fait de leur désunion.

Souhaitons que le volontarisme, dont elle a fait preuve lors son audition, soit confirmé dans les actes. Sa volonté de dialogue avec les divers ministres arrivera, espérons-le, à donner une ligne directrice aux interventions des uns et des autres donc, à cadrer une véritable politique extérieure européenne. Une soi-disant « inexpérience » et le dynamisme qui l’anime peuvent être des atouts dans cette partition qu’elle aura à jouer dans la prochaine mandature. Elle pourra sans doute bousculer quelques lignes et amener les responsables nationaux à être moins tournés vers leurs propres intérêts et plus ouverts aux problématiques de l’Union européenne.

Cependant, il est un point sur lequel Federica Mogherini a été très nette : l’Agence Européenne de Défense (AED). Elle a bien souligné qu’elle comptait exercer pleinement son rôle de présidente de cet organisme créé en 2004 et dont les objectifs sont les suivants, tels que définis dans le texte de présentation de l’AED :

1. Améliorer les capacités de défense de l’Union européenne, notamment dans le domaine de la gestion des crises ; 2. Promouvoir la coopération européenne dans le domaine de l’armement ; 3. Renforcer la base industrielle et technologique de défense de l’Union européenne et créer un marché européen des équipements de défense qui soit concurrentiel ; 4. Favoriser la recherche, en vue de renforcer le potentiel industriel et technologique européen dans le domaine de la défense.

On peut penser que, dans l’esprit de Federica Mogherini, patronne du Service Européen d’Action Extérieure, cet organisme soit son fer de lance pour arriver à montrer aux ministres des Affaires Etrangères qu’elle compte bien faire entendre sa voix. Bien que la France appelle depuis plusieurs années à l’élaboration d’une politique de défense commune, il se pourrait bien que ce soit la commissaire italienne, qui l’initie et la réalise.

Durant le mois de septembre, d’ailleurs, trois événements ont démontré aux membres du Conseil européen que la diplomatie ne pouvait plus se faire uniquement dans les salons feutrés de leurs ministères respectifs.

Les 4 et 5 septembre, au sommet de l’OTAN à Newport (Pays de Galles), Barack Obama a signalé aux Européens et en particulier à l’Union européenne, qu’il était temps qu’ils prennent leur défense en mains et que les Etats-Unis ne pourraient pas éternellement servir de parapluie à l’Europe. Le message était fort clair, mais n’a que peu remué nos dirigeants.

Fin septembre, la Cour des Comptes française déclare dans un rapport public que l’état du matériel de nos armées est déplorable, qu’il n’est que très partiellement utilisable (ce qui avait d’ailleurs été déjà indiqué en mai dernier dans le rapport sur le budget 2013).

Dans le même temps, pendant que la coalition internationale contre Daesh se met en route, l’inspecteur général des armées allemandes a déclaré à la presse, que l’état de la Bundeswehr était dans une situation pitoyable avec moins de 50% du matériel utilisable.

On sait que le budget militaire total des 28 pays de l’Union européenne représente environ 45% de celui des Etats-Unis (683 Mds $ soit 545 Mds €) et que le potentiel réel de ces armées ne représente, selon les experts, qu’environ 10% de la puissance militaire des Etats-Unis. Cherchez l’erreur...

Vous avez raison Frederica Mogherini ! Employez-vous à coordonner les forces armées, à mutualiser les matériels, à rétablir une véritable industrie de défense avec des programmes de production européens. Favorisez la recherche européenne dans ce domaine, elle débouchera également sur des applications civiles.

En reprenant la main sur ce secteur, les Etats européens réaliseront des économies grandissimes et surtout, par le biais d’une armée européenne mutualisée, Frederica Mogherini, vous arriverez à sensibiliser les citoyens, à défaut de nos dirigeants, à l’Europe fédérale car, il ne peut y avoir de force militaire intégrée sans un cadre politique cohérent, donc une Europe intégrée.

Forza e coraggio signora Mogherini !

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