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Génocide arménien : La reconnaissance du Bundestag, l’attaque d’Erdogan

, par Béatrice Chahine

Le 2 juin dernier, le Bundestag a reconnu le génocide arménien, dont le 101e anniversaire était commémoré le 24 avril 2016. La décision était suivie du rappel par la Turquie de son ambassadeur à Berlin le jour même.

Mémorial du génocide arménien à Yerevan en Arménie. - Rita Willaert (CC/Flickr)

Auteurs

  • Franco-américaine de New York, diplômée d’une licence d’histoire et d’un master d’études européennes et internationales.

Le vote par le Budenstag est le tout dernier événement d’une série de complications récentes entre Erdogan et le gouvernement allemand et, par conséquent, la société allemande et l’Union européenne. Le plus polémique a été le cas Böhmermann, l’humoriste allemand, qui avait « insulté » la personne du président turc en avril 2016 lors d’une chronique satirique. Mais cela n’est que le début d’une relation qui tourne à l’amertume.

Recep Tayyip Erdogan a, à peu près, promit un changement d’ambiance diplomatique pendant que Mevlüt Cavusoglu, son ministre des Affaires étrangères, a sous-entendu que l’Allemagne évitait les « pages noires » de son histoire en essayant de faire la leçon à un autre pays [1]. Petit rappel : l’Allemagne reconnaît, depuis longtemps, ses crimes de guerre et de génocide commis pendant la Seconde Guerre mondiale sous le IIIe Reich. L’Empire ottoman, supplanté par la République turque, est responsable de la mort de 1,5 million d’Arméniens entre 1915 et 1918 mais annonce à répétions que ce décompte est faux et, que le nombre de morts a été exagéré par les démocraties occidentales.

De plus, la résolution reconnaît également l’inaction du Reich allemand lors de ces massacres en 1915 : « le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’Empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité » [2].

Ce dénie a des fois causé des problèmes : en 2005, un diplomate turc, en visite en Suisse, avait déclaré à plusieurs reprises que le génocide arménien ne s’était jamais déroulé. Le cas avait été présenté devant plusieurs cours de justice en Suisse avant d’être jugé à la CEDH entre 2014 et 2015. En octobre 2015, la CEDH a rendu un jugement favorable au diplomate turc, ce qui a choqué l’association Suisse-Arménie et la diaspora arménienne mondialement.

Pour cette dernière, la décision du Bundestag est une belle et bonne surprise. Mais la décision complique davantage une situation déjà complexe. La crise des réfugiés est loin d’être réglée et donc tendues sont les relations entre Ankara et Berlin pas moins qu’entre Ankara et Bruxelles/Strasbourg depuis presque un an. L’accord entre l’Union européenne et la Turquie est une nouvelle fois menacé (la Turquie menaçait déjà de ne pas tenir ses engagements). Cet accord de mars devait mettre en place, premièrement, une solution à la crise des réfugiés. De ce point de vue diplomatique, la décision du Bundestag complique la soi-disante « paix ».

En plus du retrait de l’ambassadeur, premier signe de discorde, le porte-parole du gouvernement turc parle d’une « erreur historique » [3]. Plus localement, en Allemagne, 11 députés allemands d’origine turque, dont le chef des Verts en Allemagne, Cem Özdemir, sont victimes de commentaires vicieux et de menaces venant pour la plus part des élus turcs de Turquie. Quelques commentaires sont assez extrêmes pour ne pas être répétés, dont l’un du président Erdogan, rapporté par la BBC : « … leur sang devrait être testé… » [4]. Malgré toutes ces menaces et ces commentaires de fureur, Erdogan ne suspendra pas les relations avec l’Allemagne ni l’Union européenne puisque le partenariat demeure très important pour Ankara [5]. En Allemagne, cependant, la communauté turque représente 3,5 millions de résidents. Ils sont tout aussi allemands qu’ils sont turcs, a déclaré Angela Merkel.

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Vos commentaires

  • Le 17 juin à 11:50, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Génocide arménien : La reconnaissance du Bundestag, l’attaque d’Erdogan

    Pourquoi ne parler que des relations germano-turques ? Les « complications » venues d’Ankara et d’Ankara seulement, ne sont pas seulement dirigées contre la R.F.A. : c’est l’Europe qui est devenue la cible du grand nostalgique de l’empire ottoman et qui rêve d’un grand sultanat dont il serait le phare. Nous Belges, connaissons bien la dangerosité du sieur ERDOGAN : il est le seul en Europe à oser faire campagne électorale en terre étrangère, sans en informer les autorités locales. Il convoque aussi le représentant diplomatique belge quand un petit parti politique régional a osé exclure M. ÖZDEMIR parce qu’elle portait le voile au Parlement belge ; quand une résolution pour reconnaître le génocide arménien est à l’ordre du jour chez nous, l’absentéisme d’un certain député P.S., maire d’une commune bruxelloise (E. KIR) a fait grand bruit, mais il est sous tutelle du grand Maître ! Au-delà du petit périmètre de la Belgique, le sultan de toutes les Turquie s’est récemment fait remarquer aux obsèques de M. ALI...Son attitude concerne le monde entier, comme TRUMP, et elle relève d’une réelle paranoïa !

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