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« Ils ont fait de la corruption une manière de gouverner »

, par La Rédaction du Taurillon

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Lola Sanchez Caldentey, eurodéputée espagnole de la Gauche unitaire et membre de Podemos, répond à nos questions. L’occasion de faire le point sur les positions de ce mouvement au Parlement européen et sur son avenir politique en vue des élections espagnoles prochaines.

Lola Sanchez Caldentey, eurodéputée au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne, représente Podemos au Parlement européen.

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Quels sont les objectifs de Podemos au Parlement européen ?

Nous venons au Parlement pour faire et démontrer.

Nous venons faire un travail politique très important, pour rallier les politiques à notre position, qui est toujours celle de la dignité et du bien-être des personnes, notamment des plus vulnérables. Nous défendons donc, les services publics et la protection sociale des travailleurs, de l’environnement et l’égalité de toutes les communautés qui sont encore considérées comme des citoyens de deuxième classe, les femmes, les collectifs LGTB, les personnes en situation d’handicap ou les migrants.

Nous voulons démontrer, qu’une autre manière de faire la politique est possible. Nous ne prenons pas des billets en classe business, ni des hôtels cinq étoiles, nous publions tous nos revenus et nos frais. Nous donnons deux tiers de notre salaire, nous publions nos agendas et nous rendons compte en permanence de notre travail.

Ainsi, nous témoignons que faire de la politique n’implique pas de privilèges, ceux-ci ont des effets pervers puisqu’ils éloignent les élus du peuple, ils entravent leur mission pour l’intérêt commun. Pour nous, la transparence est aussi un avantage politique, puisque c’est la base de la confiance, avec laquelle nous sommes politiquement plus forts. C’est très évident au Parlement européen, où, bien que nous ne sommes que cinq députés, nos opposants savent qu’il y a beaucoup de gens derrière nous, ce qui nous met dans une situation favorable lors des négociations. Ils savent bien que nous allons publier nos travaux et que nous avons certaines lignes rouges.

Pour moi, le volet international du Parlement européen est essentiel. Podemos a pour vocation à s’étendre, à semer cette idée de prise de pouvoir citoyenne parmi les autres peuples européens. Notre principale bataille est dans notre pays, mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur l’énorme influence que Podemos a dans le reste de l’Europe, où d’autres mouvements sont en train d’émerger et cherchent le changement par le fait des citoyens ou le renouvellement des mouvements de gauche, qui essaient de se rapprocher à nouveau des couches populaires. Le travail commun est fondamental, puisque la réalité économique actuelle ne s’arrête pas aux frontières, tout comme notre volonté politique.

Quel est l’avenir de Podemos depuis son entrée sur la scène politique ?

Les législatives sont notre principale priorité avant la fin de cette année. Déjà, en septembre, il y a des élections en Catalogne, mais du fait de leur connotation nationaliste, ces résultats ne peuvent pas être transposables au reste de l’Espagne. Les législatives sont des élections clés. Depuis le début, Podemos est né en ayant pour but de prendre d’assaut le gouvernement, depuis lequel il peut changer de manière radicale les politiques dont nous, citoyens, souffrons. Pablo Iglesias est le meilleur candidat à la présidence du gouvernement que nous pouvons imaginer. La preuve, aucun autre candidat n’a voulu débattre avec lui, car ils ont une peur atroce, qu’ils les écrasent, notamment Rajoy qui est incapable de le nommer. C’est ce qui se passe lorsqu’on utilise le bon sens dans la vieille façon de faire de la politique. Ils sont désarmés.

C’est évident qu’un fossé politique et social a été ouvert lors des dernières élections européennes, mais les législatives restent notre premier objectif. Elles constitueront une vraie rupture avec le régime actuel, que nous supportons depuis 40 ans, une rupture avec le ferreux bipartisme et l’absence de mouvement qui défend les plus fragiles et, surtout, les partis non-corrompus. Ils ont fait de la corruption une manière de gouverner. Le vent a tourné, les gens ont dit « basta ! »

Sur quoi travaillez-vous au Parlement européen ? Vous militez activement contre l’accord TAFTA. Où en est-on sur le sujet ?

Une de mes principales batailles est celle contre le TAFTA, mais ce n’est pas la seule. Je suis très concentrée dans mon travail au sein de la commission du développement où j’essaie - parfois avec succès – de freiner et de dénoncer la dangereuse dérive des politiques européennes, qui viennent privatiser les aides au développement. Un tour de vis de plus du néolibéralisme, qui a trouvé ici son business. Ce travail est lié à celui que je mène à la commission du commerce international, puisque les traités commerciaux sont des outils parfaits pour livrer les ressources naturelles de pays en voie de développement aux multinationales européennes.

C’est un cercle vicieux de justifier les aides au développement en envoyant aux spoliateurs qui ne payent même pas d’impôts sur place, mais aux Pays-Bas ou au Luxembourg, et qui ne créent pas d’emploi de qualité et dont les fruits profitent uniquement à l’Europe. Il parait que beaucoup de ceux qui soutiennent ces politiques ont la conscience tranquille, ce qui montre leur ignorance ; et d’autres s’intéressent juste aux bénéfices, peut-être pour obtenir par la suite un bon poste. En tout cas, croire en un marché juste est idiot, mais le libéralisme a diffusé cette idée comme un parasite dans l’opinion publique.

Le TAFTA entre dans cette dérive néolibérale. Avant l’été, la 10e round de négociations a eu lieu, sur lesquelles nous sommes peu informés. Le secret et l’opacité dans tout le processus de négociations prouvent que si ce projet devient public, il meurt. Le TAFTA est la plus grande réussite des entreprises et lobbies financiers en Europe. Un traité qui représente le rêve des multinationales, des fonds d’investissement, des spéculateurs et des fonds vautours. Reagan disait que l’origine de nos problèmes était les gouvernements, ce qui veut dire que pour lui, le problème c’est les citoyens qui votent et qui décident.

Si je devais résumer en une phrase le TAFTA, c’est « la constitution des grands pouvoirs économiques ». C’est un coup d’Etat majeur, que nous pourrions souffrir, puisque ils n’ont jamais autant modifié les structures démocratique d’autant de pays au même instant.

Presque 70 ans après l’adoption par l’ONU de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, nous assistons à un changement de cap à 180 degrés, à la primauté des avantages économiques au-dessus de la dignité et du bien-être des êtres humains. La perversion des valeurs est brutale, ces stratégies sont parasitaires à travers la publicité et le commerce, les médias et les idéologies politiques, elles créent des situations « normales », des situations qui ne le sont pas, et formulent des idées qui devraient nous paraître aberrantes.

C’est cela le TAFTA, et c’est pour cette raison, nous le combattons.

Propos recueillis par Olalla Pastor Del Valle, le 27 août 2015.

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P.-S.

Interview à retrouver prochainement dans l’édition papier anniversaire du Taurillon.

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