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Italie : le renouveau présidentiel

, par Théo Barbe

Giorgio Napolitano l’avait annoncé lors de sa réélection compliquée en 2013, il ne serait pas allé au bout de son mandat présidentiel de sept ans. Fidèle à sa promesse, il a démissionné le 14 janvier dernier. C’est Sergio Mattarella, ancien ministre, ancien député et désormais ancien juge constitutionnel, qui lui succède.

Mardi 3 février, Sergio Mattarella, nouveau président de la République italienne, a prononcé son discours d’investiture devant la Chambre des Députés, dévoilant les priorités de son action à la tête de l’Etat. - Palazzo Chigi

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens - Sciences Po.

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Un coup de maître de Matteo Renzi

Le président de la République italienne est élu par le Parlement, c’est-à-dire un ensemble de 1 009 grands électeurs, dont des représentants des régions, et ce à la majorité des deux tiers, lors des trois premiers scrutins, ou à la majorité simple au bout du quatrième. Pour avoir un président élu lors des trois premiers scrutins, il fallait donc un accord entre le Parti Démocratique (PD) du président du Conseil Matteo Renzi et le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia (FI), ou à défaut avec le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo (beaucoup plus improbable), aucun parti n’ayant les deux-tiers des voix.

Très vite, Berlusconi a proposé un candidat : Giuliano Amato. Ancien président du Conseil, il pouvait laisser espérer une éventuelle grâce pour régler ses ennuis judiciaires – et il n’est pas considéré trop à gauche. Toutefois, la minorité du PD – l’équivalent des frondeurs du PS français, en quelque sorte – gronde déjà depuis près d’un an, date d’arrivée de Matteo Renzi au pouvoir, à cause de l’accord passé avec le Cavaliere : le « Pacte du Nazareno » [1]. Cet accord prévoyait un soutien de FI sur un certain nombre de grands textes, notamment les grandes réformes institutionnelles comme la loi électorale et la suppression du Sénat, afin de ne pas provoquer à nouveau des élections anticipées et un probable nouveau blocage par la suite.

Le coup de force de Matteo Renzi a donc été de proposer un nom, à prendre ou à laisser pour la droite, fort de sa majorité simple à partir du quatrième scrutin, tout en ordonnant à ses troupes de voter blanc lors des trois premiers votes. Ainsi, soit Forza Italia se ralliait dès le début au nom de Sergio Mattarella, soit il acceptait de toute façon de le voir devenir président de la République. En somme, comme le soulignent nombre de commentateurs et d’hommes politiques, le président du Conseil s’est joué de son prédécesseur.

Renzi n’a pas plié, n’acceptant pas le candidat de Berlusconi, ce qui lui a permis de redorer son image auprès de la minorité du PD. De l’autre côté du spectre politique, un Mouvement 5 Etoiles de plus en plus décimé – de nombreux parlementaires quittent le groupe, jugé trop autoritaire, voire violent – n’a pas eu, comme depuis son arrivée au Parlement, son mot à dire, faute d’accord avec le PD.

Sergio Mattarella, un « gentilhomme » au Quirinal

Quelques jours avant l’élection, Matteo Renzi avait appelé l’ensemble des forces politiques à élire « un gentilhomme » au palais du Quirinal. Ancien de la Démocratie Chrétienne (DC), tendance gauche, député entre 1988 et 2008 dans quatre partis différents, ancien ministre et vice-président du Conseil, juge constitutionnel depuis 2011, Sergio Mattarella a prêté serment devant le Parlement le 3 février 2015 – après avoir été élu le 31 janvier avec 665 voix, lors du quatrième scrutin.

Proche de Romano Prodi, il fait partie des fondateurs de « l’Ulivo », la grande coalition de centre-gauche créée en 1995. On lui doit notamment la loi électorale de 1993, surnommée « Mattarellum », en référence à son nom. A noter également qu’il démissionna de son poste de ministre de l’enseignement public en 1990, avec d’autres ministres de la gauche démocrate-chrétienne, pour protester contre le projet de loi qui validait et légitimait la position dominante du groupe télévisuel de Silvio Berlusconi.

Les priorités du nouveau président

Le président de la République italienne a des pouvoirs très limités, bien que son rôle symbolique reste important, surtout en période d’instabilité politique. Ainsi, il est difficile de parler de programme – celui-ci étant l’apanage de l’autorité politique, le gouvernement donc – voire même de priorités. Mais il est possible, au vu de son discours d’installation devant le Parlement italien, d’analyser les thèmes qui tiennent à cœur au nouveau président.

Il a souligné qu’il serait un arbitre impartial, afin de rassurer la droite italienne, préoccupée par l’idée d’un autre président « de gauche », selon les accusations qu’elle porte depuis des années déjà. Ce passage a été très longuement applaudi, il convient de le signaler. Mais, taquin et pragmatique, il a par la même demandé aux « joueurs de faire en sorte de l’aider ».

Premier grand thème abordé, l’école et l’éducation, garantes, selon lui, de la Constitution et du pays dans son ensemble. Ensuite, c’est évidemment le travail, nécessaire au rétablissement de l’unité du pays, qui a été mentionné [2]. Enfin, autre sujet intérieur cher à ses yeux : la mafia et la corruption. Sicilien de naissance, juriste de formation, Mattarella a été confronté tôt à la dure réalité de sa terre natale. Son frère Piersanti a été assassiné en 1980 lorsqu’il était président de la région. Il est donc logique de faire de la lutte contre la criminalité et le clientélisme une priorité « politique » de son mandat.

Enfin, en matière de politique extérieure, le nouveau président a renouvelé le souhait de l’Italie de combattre autant que faire se peut le terrorisme et le fondamentalisme religieux. Il a également promis de faire avancer le dossier des deux « Marò », deux soldats italiens retenus en Inde, accusés de meurtre par les autorités locales, et source de fortes tensions diplomatiques entre l’Italie et l’Europe d’un côté, et l’Inde de l’autre.

Quant à l’Union européenne dans son ensemble, il a appelé de ses vœux qu’elle se montre « plus attentive, engagée et solidaire » face à la crise économique, sociale et politique qui sévit en son sein. A noter aussi qu’il a répété plusieurs fois que les grands défis de notre temps (croissance, terrorisme, etc.) ne pouvaient être affrontés sans une union politique forte au sein de l’Union européenne. Un président conscient des enjeux du Vieux Continent.

Voir en ligne : Photo : CC

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Notes

[1Rue où se situe le siège du PD.

[2Sergio Mattarella a annoncé vouloir « recoudre les déchirures du pays ».

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