Sanctionner ou laisser participer sans restriction ? : les JO d’hiver 2026 continuent sur la lancée des JO d’été 2024.
A la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, le Comité international olympique (CIO) interdisait la participation des athlètes russes aux compétitions, mais aussi des athlètes biélorusses, proches alliés de Moscou. Il a ainsi affirmé une position internationale claire et renforcé les sanctions contre ces Etats, en incluant donc leurs ressortissants.
Les Russes, représentés par exemple aux JO de Pékin en 2022 (peu avant l’invasion), n’ont pu participer aux JO de Paris 2024 que sous bannière neutre, c’est-à-dire sans drapeau, ni hymne, ou symbole russe quelconque. Ils devaient, de plus, ne pas avoir soutenu le conflit et ne pas avoir de lien avec l’armée selon les critères du CIO. Une seule médaille avait été alors remportée pour 14 participants.
En septembre 2025, le CIO a de nouveau autorisé les athlètes russes et biélorusses à participer à la compétition, mais uniquement en tant qu’ “athlètes individuels neutres”. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a tranché et confirmé cette participation le 2 décembre 2025 après des refus de la Fédération internationale de ski (FIS) de les faire participer aux qualifications, la compétition débutant le 6 février 2026.
D’autre part, le Comité international paralympique (CIP) a autorisé, en septembre dernier, la participation des athlètes russes et biélorusses sous leur drapeau national, une décision qui a suscité de nombreuses controverses et une forte opposition de la part de l’Ukraine. Cependant, les fédérations internationales des disciplines concernées, responsables des processus de qualification, ont décidé de ne pas accepter la participation des athlètes russes et biélorusses sous drapeau , car elles gardent une autonomie sur leurs critères de qualification. Bien que le TAS ait également statué en faveur de leur participation sous drapeau aux paralympiques, cette éventualité reste hautement improbable, les processus de qualification étant quasiment achevés au moment de l’annonce, et les fédérations continuant leur boycott malgré l’autorisation officielle.
Une stratégie : le recours à la naturalisation
Les cas de naturalisations les plus fréquents s’observent notamment dans le milieu du tennis. En France, lors du Tournoi de Roland Garros, de nombreux joueurs nés en Russie ont pris part à la compétition sous un autre drapeau pour représenter avec fierté un pays avec lequel ils se sentaient davantage en accord. C’est le cas de Daria Kasatkina qui a annoncé en mars 2025 avoir acquis la nationalité australienne, dénonçant l’invasion russe et le régime oppressif mené contre les personnes LGBTQ+.
Ces cas de naturalisation ne concernent pas seulement le tennis et s’observent également pour les JO d’hiver 2026 de Milan-Cortana pour lesquels deux jeunes patineurs nés russes ont changé de nationalité afin de pouvoir concourrir : Anastasia Golubeva, 20 ans, qui a obtenu la nationalité australienne à Noël dernier, et Vladimir Semirunniy, 23 ans, qui concourra sous le drapeau polonais après avoir obtenu la nationalité en août 2025.
Ces changements identitaires révèlent des décisions à la fois profondément symboliques, politiques et intimement personnelles, qui compromettent le prestige et l’influence internationale de la Russie, les athlètes ne se contentant plus de participer sous bannière neutre mais affirmant leur opposition au régime par la naturalisation.
L’Eurovision, source de discorde
Dans un contexte géopolitique plus que tendu, tout événement à niveau européen comme international nécessite de prendre position : l’Eurovision divise chaque année.
L’Eurovision est une compétition annuelle musicale, créée au départ dans les années 1950 avec la volonté de rapprocher les pays et de créer des liens forts entre ces derniers. Cependant, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et suite aux massacres commis en Palestine par Israël, certains pays prennent aussi partie en demandant le boycott et l’exclusion de ce dernier.
En 2022, la Russie est exclue de la compétition et l’Ukraine est sacrée vainqueure de cette édition, marquant une prise de position explicite de la part de l’organisation. Toutefois, cette unité et ce soutien ont suscité des critiques, car ils sembleraient s’exercer de manière unilatérale, essentiellement en faveur de l’Europe. En effet, Israël n’a pas été exclu de la compétition, alors même que son dirigeant fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale depuis fin 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la bande de Gaza. Cette situation met en lumière une politique à deux vitesses, perçue comme contradictoire, au sein de compétitions pourtant destinées à rassembler, mais qui contribuent finalement à la division, à une fragmentation du public et une perte de légitimité pour le concours.
Lors des éditions 2024 et 2025, les prestations des artistes israéliens sont accueillies par des huées, tandis que plusieurs pays choisissent de boycotter le concours en signe de solidarité avec le peuple palestinien, renonçant ainsi à y participer. Pour l’édition 2026, prévue à Vienne et débutant le 12 mai, l’Islande, l’Espagne, les Pays-Bas, la Slovénie et l’Irlande ont déjà annoncé leur retrait. Seuls 35 pays seront représentés, soit le plus petit nombre de participants depuis 2003, témoignant clairement des tensions géopolitiques actuelles.
À la question de l’exclusion ou non d’un pays d’une compétition pour des motifs géopolitiques s’ajoute ainsi un enjeu majeur : celui du « deux poids, deux mesures ». Certains pays sont boycottés quand d’autres ne le sont pas, alors même que des atrocités sont commises de part et d’autre.
Les États-Unis, prochain pays ciblé ?
Prochain pays organisateur de la Coupe du monde 2026 conjointement avec le Canada et le Mexique, et futur hôte des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028, les États-Unis se sont placés au centre de vives critiques depuis le début de l’année. Depuis son retour à la présidence, Donald Trump fait régulièrement parler de lui par des prises de position, ses démarches envers le Venezuela, et ses déclarations répétées concernant le Groenland ayant suscité une forte opposition de l’Union européenne et à l’international. Enfin, les pratiques violentes menées par ICE, la police de l’immigration, vivement relayées par les médias et dont les américains et le monde s’insurgent, viennent questionner la démocratie du pays.
Ce ne serait pas la première fois qu’une compétition organisée aux États-Unis ferait l’objet d’un boycott : durant la guerre froide, l’URSS, ainsi que quatorze pays du bloc communiste et sympathisants, avaient refusé de participer aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, en réponse au boycott américain des Jeux de Moscou de 1980.
Les prochains mois seront décisifs : si Trump continue sur sa lancée et que les pays européens ou d’autres acteurs internationaux décident de réagir, viseront-ils également les compétitions sportives organisées par les États Unis, ou resteront-ils neutres face à ces événements ?
Conçues au départ pour rapprocher et rassembler, les compétitions sportives ou culturelles se transforment en espaces de confrontation symbolique, révélant des rapports de force géopolitiques et des décisions à géométrie variable.

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