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Juncker, sa vision de l’Europe et ses citoyens oubliés

, par Leslie Fornero

Le 9 novembre à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, le président de la commission européenne exprimait de façon légère sa vision de l’Europe face à la sphère politique allemande et européenne. Retour sur un discours paradoxal applaudi par un public - déjà convaincu - politisé, formé et informé sur l’Europe.

CC Flickr / European People’s Party

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens - Professionnels et journaliste chez Kiez.FM

Il est si drôle, plein d’humour lorsqu’il arrive face à son pupitre et qu’il annonce qu’il ne lira pas le discours préparé quelques jours plus tôt par son équipe parce qu’il contenait 3 pages consacrées à la victoire d’Hillary Clinton (rires)… Ce président qui ne prépare pas ses discours et qui ne les lit parfois même pas avant d’arriver face à son public n’est pas non plus au courant de tout ce qui se passe au sein de sa Commission. Ainsi, il proclame fièrement qu’il y a au moins cinq décisions par jour dont il n’a aucune idée mais que grâce aux journaux, il tombe parfois par hasard sur une décision qui l’interpelle. Comme celle de couper les fonds européens à destination de l’orchestre des jeunes de l’Union européenne qui jouait ce soir-là. Le pouvoir de cette unique personne lui permet de remédier immédiatement au problème en passant un unique coup de fil qui remet en route les financements de l’orchestre. Quel homme ! (Applaudissements).

Après avoir annoncé qu’il aimerait parler du futur de l’Europe qu’il souhaiterait, toujours sur un ton léger, Juncker passe en revue le pacte de stabilité, le plan d’investissement autrement appelé plan Juncker car « l’administration lui a donné mon nom sans me concerter parce que tout le monde pensait qu’il n’allait pas fonctionner, maintenant qu’il fait ses preuves, il s’appelle plan d’investissement pour l’Europe, mais je vous assure que c’est la même chose » (rires)… On passe à l’immigration avec la vague idée d’un projet de voie légale pour entrer sur le territoire européen tout en mettant l’accent sur le plan d’investissement de l’UE en Afrique afin d’y encourager la création d’emploi ce qui permettrait de diminuer le flux d’immigration… Si on parle d’immigration, on parle forcément de sécurité, « je ne veux plus voir de Kalachnikov en France » dit Juncker (Applaudissements) qui oublie que l’UE est le premier exportateur d’armes vers les pays qui ne respectent pas les droits de l’homme. Enfin, on veut bien travailler avec Trump pour le TTIP mais il faut maintenant construire une sécurité européenne commune sans les Etats-Unis dirigée par un président populiste (Applaudissements).

« Quarante-cinq minutes pour parler de l’état de l’Europe, c’est bien trop peu  », confie Juncker à l’assemblée présente, et c’est tout. Pas un mot sur l’état de la communication politique des affaires européennes qui permet la montée en puissance du populisme sur tout le continent. Pas un mot sur la stratégie de communication de l’UE vers ses citoyens, pas un mot sur ces citoyens qui n’entendent que rarement parler d’Europe dans les médias nationaux. Micro en main, les journalistes de la radio berlinoise Kiez.FM sont allés lui poser la question. «  La principale faute vient de la Commission, bien sûr car notre façon d’expliquer les choses dépasse ceux qui nous écoutent », répond-il, « mais parfois, les citoyens n’écoutent pas et ça c’est très difficile ». A savoir si la commission travaille actuellement à une nouvelle stratégie de communication, la réponse est non, il n’y a pas de stratégie, « il s’agit d’expliquer en des mots simples des choses compliquées sans trop les vulgariser ». Alors, concrètement, comment faire cela ? « Et bien, en m’adressant à des publics comme ce soir à Berlin, en donnant des entretiens de presse, en parlant de l’Europe d’une façon qui parle aux citoyens de l’Europe ». Ce soir-là, la salle était remplie de députés et autres politiciens ou représentants d’organisations européennes. Si monsieur Juncker pense qu’il s’adresse aux citoyens européens dans un tel cadre, il se trompe complètement. La conférence se termine par un magnifique buffet où l’on peut entendre que Juncker est « un homme tellement charismatique, je ne peux pas m’empêcher de vouloir prendre une photo avec lui ». Bienvenue dans la bulle européenne des Européens déconnectés.

Le podcast de l’interview avec Juncker est disponible ici

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Vos commentaires

  • Le 22 novembre à 14:34, par Bernard Giroud En réponse à : Juncker, sa vision de l’Europe et ses citoyens oubliés

    Monsieur Junker est à la dimension de ce qu’est la vision minimale actuelle de l’ensemble européen : Tirer parti, de la ressource au maximum pour soi, pour son groupe particulier, sans beaucoup de volonté, donc d’imagination, pour le nouvel avenir commun.

    S’il nous ressemble, c’est que nous ne voyons pas que cette multiplicité de similitudes, de divergences, dans cette Europe, ne serait-ce que dans les coutumes journalières et les langages différents, sans compter les philosophies élaborées, tout cela est un inestimable potentiel, une sorte de rupture sociétale millénaire qui tombe à point.

    En effet nous ne savons plus trop quoi faire de notre lancée technologique sinon vivre comme de calmes veaux à l’engrais avant de disparaitre à jamais. Bien piètre et triste perspective pour le dernier arrivé au sommet de la pyramide du vivant, n’est-ce pas ?

    Tout le monde, évidemment ne se rend pas compte que c’est là que doivent intervenir, au plus juste de leurs potentiels personnels différents, les plus grands et les plus modestes d’entre nous. Chacun a une place, pour donner de soi sans trop compter ;

    Nous devons recréer la confiance qui permet à chacun de trouver sa place. Il faut nous en convaincre, surtout ceux qui sont à l’avant, à l’aventure, à la recherche de l’architecture d’un devenir.

    Ces bâtisseurs du seul avenir possible, ont toujours présent à l’esprit, (puisqu’ils en ont un), que la masse des acteurs cumulés, des plus petits jusqu’aux plus grands, est la seule force qui peut espérer tendre à découvrir la dimension de notre ensemble, à découvrir notre vraie dimension personnelle et commune.

    Il semble bien que nous n’ayons pas en Monsieur Junker un personnage à la hauteur de ce monde du troisième millénaire, à peine un comptable pointilleux sorti des paniers de ces « grandes écoles » à former des cadres vite déformés du CAC40 ou de Wall Street.

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