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L’UEE, une union économique d’États en difficulté

, par Juuso Järviniemi, traduit par Quentin Weber-Seban

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L’Union économique eurasiatique (UEE) a officiellement vu le jour ce 1er janvier. Actuellement, en sont membres la Russie, le Belarus, le Kazakhstan et l’Arménie, qui l’a rejointe le 2 janvier. Le Kirghizistan, qui appartenait déjà à l’Union douanière eurasiatique (YeEK), désormais fusionnée avec la nouvelle communauté, devrait également rejoindre l’UEE cette année, bien que son adhésion ait déjà été retardée à plusieurs reprises.

L’Union économique eurasiatique aura sans doute pour centre névralgique, le Kremlin, palais présidentiel russe, où Vladimir Poutine réside et gouverne la Fédération de Russie, principale Etat de cette nouvelle union. - Pablo Pola Damonte

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L’idée principale de l’UEE se rapproche de l’aspect économique de l’Union européenne : une meilleure circulation des travailleurs, des biens et des services et une réglementation commerciale unifiée constituent la colonne vertébrale de l’UEE. Seule l’intégration commerciale fait partie du cadre de base de l’UEE.

Les médias occidentaux ont pointé de nombreuses fois que la Russie représente la majeure partie aussi bien de la population que du PIB de la zone. Vladimir Poutine désire tellement étendre son empire que certains se demandent si l’Union économique eurasiatique, souvent simplifiée par Union eurasiatique, n’est pas appelée à succéder à l’Union soviétique. L’intégration politique mènerait à ce scénario et, selon le journal Eurasia Review, le président de la Douma russe avait été le premier à suggérer l’idée d’un Parlement eurasiatique. Cependant, le Belarus et le Kazakhstan, dont le président Noursoultan Nazarbaïev - le père de l’idée d’une Union eurasiatique - avait dès le départ souhaité une union uniquement économique, s’y étaient opposés.

Il est clair que l’actuelle récession russe aura obligatoirement un impact sur l’UEE. D’ailleurs, les conséquences se font déjà sentir. Même sans unification économique, les États membres de l’Union eurasiatique sont plus ou moins dépendants de la Russie. Le Belarus est peut-être celui qui a le plus souffert de l’effondrement du rouble : les taux d’intérêts ont explosé et des milliers de personnes se sont ruées à la banque pour changer leur argent en devises étrangères. Le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizistan n’ont pas été épargné. Comme le relate le Business Insider, c’est l’ensemble de la zone qui est en difficulté, un début pas très prometteur pour l’Union.

D’aucuns ont reproché à l’Union eurasiatique d’être protectionniste, avec ses droits de douane aux frontières extérieures. D’un côté, les tarifs douaniers rendent le commerce intra-zone plus profitable, mais de l’autre, ils entravent le commerce avec des pays tiers, rappelle le magazine Foreign Policy. Si certains ont critiqué le fait que les petits pays étaient ainsi contraints de se rapprocher de la Russie, la situation est peu surprenante étant donné qu’il s’agit d’un accord international. Selon le Astana Times, il ressort d’un sondage conduit en 2013 par la Banque eurasiatique de développement auprès de 14 000 personnes dans 11 pays de la CEI que le soutien à l’Union dans les trois membres fondateurs va de 65 % à 73 %. L’opinion publique semble donc favorable à l’intégration - ou l’était tout du moins avant le récent changement de situation.

De nombreuses sources occidentales sont très sceptiques vis-à-vis de l’Union eurasiatique tandis que les médias russes sont évidemment optimistes quant à ses bénéfices économiques. Pour des pays dont la Russie est déjà le principal partenaire commercial, faciliter les échanges commerciaux avec cette dernière ne semble pas une si mauvaise idée. Il semble que leur principale préoccupation soit de savoir s’il est opportun de renforcer leurs liens avec la Russie, dont l’économie est en crise et le président est assoiffé de pouvoir. En tout cas, l’union créée au début de l’année n’est pas une union législative ou monétaire. Bien qu’en ce moment, il y ait des doutes sur la souveraineté du Kazakhstan et du Belarus, l’état actuel de l’Union eurasiatique n’est pas vraiment dramatique. Selon le Foreign Policy, la principale entrave à la prospérité économique au sein de l’Union réside en la politique douanière actuelle, qui était déjà en place sous l’Union douanière eurasiatique.

L’adhésion de l’Ukraine à l’UEE, une ambition russe ayant apparemment échoué après l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne, aurait en partie contrebalancé le rôle dominant de la Russie dans l’Union. L’Ukraine n’est pas la seule ancienne république soviétique ayant refusé de joindre l’UEE, mais le pays, avec ses 45 millions d’habitants, aurait permis de grandement renforcer la portée internationale du projet eurasiatique. À la grande déception de Vladimir Poutine, il manquera à l’UEE son « joyau de la couronne ». Il semble que le projet, principalement porté par la Russie, sera privé de sa touche finale : l’adhésion de plus de nations à l’Union. Par ailleurs, des doutes persistent sur la volonté politique - en ce moment assez faible, en raison de désaccords sur les restrictions commerciales contre l’Occident - et la capacité des États membres, surtout du Kirghizistan, à perdurer grâce à des accords, ce qui dresse un tableau plutôt sombre pour la nouvelle Union.

Les pays de l’Union eurasiatique vont avoir un début d’année 2015 difficile en termes économiques, mais la raison n’est pas l’Union en elle-même. Au vu des actions et échecs économiques récents de la Russie, il est compréhensible que les États membres plus petits soient inquiets, mais chaque pas dans le sens d’une intégration plus poussée doit être pris séparément. Cela semble en fait être la clé du problème, alors que l’atmosphère actuelle donne l’impression que le projet ne va pas aller beaucoup plus loin que la première étape.

Voir en ligne : Photo : CC

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  • Le 16 février 2015 à 17:40, par Lame En réponse à : L’UEE, une union économique d’États en difficulté

    Même sans unification économique, les États membres de l’Union eurasiatique sont plus ou moins dépendants de la Russie. Le Belarus est peut-être celui qui a le plus souffert de l’effondrement du rouble : les taux d’intérêts ont explosé et des milliers de personnes se sont ruées à la banque pour changer leur argent en devises étrangères.

    Il est évident que les Etats de l’UEE ont tout intérêt à s’associer. Le problème n’est donc pas de savoir à quel niveau se situe l’UEE, création récente mais à quel vitesse elle va progresser.

    Nous avons cru, à tort, que la Russie de Boris Helsin ne se relèverait jamais, qu’elle resterait à jamais un pays sinistré. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement désarmés face à l’expansionnisme de la Russie de Putine, bien plus puissante militairement que les Etats désunis de l’UE. Dans le cadre de la crise ukrainienne, celle-ci fait face à l’OTAN sans même avoir besoin de solliciter le soutien de ses alliés de l’OTSC. Nous n’avons pas trouvé d’autres ripostes que l’envoi d’inspecteurs maintenus à l’écart manu militari, des négociations d’accords jamais respectés, des sanctions économiques qui nous affectent au moins autant que les Russes.

    Ne réiterons pas cette erreur en pensant que la faiblesse actuelle de l’UEE sera éternelle. La Russie est un membre majeur des BRICS. Elle est bien mieux intégré dans le concert des nations sachant que la majorité des pays du monde ressemble plus à la Russie qu’à un Etat européen et ne porte pas l’Occident dans son coeur. L’UEE risque de se renforcer d’autant plus rapidement que la Chine, partenaire de la Russie dans le cadre de l’OCS, essaie elle-même de constituer une Union asiatique.

    Nous devons nous préparer dès maintenant à l’émergence d’une UEE au moins aussi puissante que l’UE dans les 10 ans maximum. Nous devons notamment en tenir compte dans le cadre de nos relations avec l’UE et l’UNASUR. La progression du racisme, l’image peu flatteuse des Africains et latino dans la presse européenne, les nombreuses critiques émises à l’encontre de leurs processus d’intégration par une Europe qui se prend pour un exemple en la matière seront autant d’atouts pour l’UEE, plus humble en apparence, moins associée au colonialisme et moins exigente sur de nombreux points.

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