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Kant et les autruches ?

, par Sylvie Goulard

Alors que les Etats membres proposent des candidats à la Commission européenne, l’eurodéputée Sylvie Goulard (ADLE) revient sur l’enjeu de la parité dans la composition du futur exécutif européen.

Carte de Touteleurope.eu sur la parité au sein du Parlement européen

Auteurs

  • députée européenne de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), Porte parole et ancienne Présidente du Mouvement Européen-France, enseignante au Collège d’Europe à Bruges, chercheur associé au CERI.

Peut-on se dire favorable à un objectif et ne rien faire pour qu’il soit atteint ? Ce n’est pas le dernier sujet de philosophie au baccalauréat mais l’une des questions clés pour l’avenir de l’Europe, que nos dirigeants affrontaient lors du Conseil européen.

Comme cela semble naturel en 2014, Jean-Claude Juncker, le nouveau Président de la Commission européenne, a exprimé le vœu de diriger une équipe comptant un nombre équilibré d’hommes et de femmes. Cela suppose qu’une bonne douzaine d’États membres proposent des candidates sérieuses (27 postes restant à pourvoir). Il ne s’agit pas d’une formalité : de nombreux députés européens font du respect de la parité, une condition de leur vote de confiance à la Commission. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, socialiste, a lui-même affirmé que sans parité, le collège risquait d’être rejeté.

À l’exception de l’Italie, la plupart des États qui se prétendent « grands » paraissent décidés à ne proposer que des hommes. Le Royaume-Uni a déjà désigné Lord Hill. En Allemagne, en France, ce sont des candidats qui semblent favoris. Cela signifie-t-il que l’effort doit porter sur les seuls « petits » pays ? Et, sans vouloir faire de peine à Matteo Renzi, faut-il conforter l’idée que le poste de Haut Représentant est « réservé aux femmes » alors que les grandes capitales ont systématiquement mis des bâtons dans les roues de Mme Ashton, vidant son portefeuille d’une partie de sa substance ? Cette attitude est non seulement machiste et rétrograde mais elle est dangereuse. Elle consiste à faire l’autruche au lieu de prendre sa part de la responsabilité collective.

Elle montre combien nos dirigeants ont du mal à travailler en équipe. Transposée aux questions de changement climatique, de réduction de la dette ou de partage du fardeau des demandeurs d’asile, elle fait frémir : elle signifierait en effet que la dérobade est érigée en principe de gouvernement.

Au baccalauréat, on attendrait du candidat qu’il mentionne Kant et son « impératif catégorique » en vertu duquel chacun doit considérer le bien commun comme dépendant de son action individuelle.

Le sens des responsabilités invite à contribuer activement à un objectif qu’on affiche. En pratique, une bonne solution consisterait, pour chaque pays, à proposer à Jean-Claude Juncker au moins un homme et une femme. L’enjeu est aujourd’hui la parité, il pourra être encore plus vital demain. Les grands pays sont-ils des leaders ou des passagers clandestins ?

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Vos commentaires

  • Le 22 juillet à 20:10, par Bernard Giroud En réponse à : Kant et les autruches ?

    « la dérobade est érigée en principe de gouvernement ».

    C’est le moment, aujourd’hui, du temps de l’amitié et de la fermeté

    . L’amitié pour la patience, toute la patience qu’il faut, pour que l’idée entre dans la tète du prochain, et du grand nombre ;

    La fermeté, pour arrêter et se garder des casses ou des pillages qu’entrainent les dérives de la duplicité, sous le manteau de la dérobade ou du mensonge.

    C’est un signe certain d’un niveau civilisé évolué que de permettre à l’autre, son prochain, de vous opposer sa vérité. C’est ainsi que ces prochains, ces proches, ces amis que nous sommes en Europe, nous souhaiterions travailler ensemble.

    Avant de diverger sérieusement dans notre Europe nous devrions pouvoir parler ensemble, et, mettre sur la table les vrais problèmes de fond de l’avenir de nos communautés. Nous devrions nous rappeler que la justification la plus sure de notre convergence, c’est cette volonté de rencontre et d’entraide, chacun poussant à la roue, selon ses propres forces, ce qui en fin de compte multiplie ces forces par le nombre d’hommes et de femmes de bonne volonté que nous sommes.

    Nul doute cependant, pour entrainer le cercle vertueux dans le bon sens, il faut de bons exemples. C’est donc le temps de la vérité

    Il faudra plus que des paroles, mais des actes,(monétaires, sociaux , fiscaux) qui confirment cette volonté de convergence, si ceux qui se disent des amis veulent se donner un futur de communauté libre.

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