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L’Autriche s’isole au cœur de l’Europe

, par Sarah Vanseveren

Sur fond de campagne présidentielle, l’Autriche ferme peu à peu ses frontières face à la crise des réfugiés. Petit pays de 8,5 millions d’habitants au cœur de l’Europe et voie de passage privilégiée des migrants souhaitant rejoindre l’Europe de l’Ouest, l’Autriche reçoit près de 100 demandes d’asile tous les jours.

La ministre de l’Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, avait déjà évoqué il y a quelque mois la possibilité d’un Grexit de Schengen en décidant de fermer ses frontières aux réfugiés, tout comme les pays des Balkans sous son influence. Aujourd’hui, sans concertation européenne, l’Autriche rétablit des contrôles aux frontières avec l’Italie. Une mesure controversée et qui fait grand bruit. - EU2016 NL (CC/Flickr).

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  • Etudiante en master affaires publiques et affaires européennes à l’IEP de Lyon. Passionnée d’Europe et d’entrepreneuriat.

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La fermeture du col de Brenner : un mur entre l’Italie et l’Autriche

Le mardi 12 avril, des travaux de construction ont commencé à être préparés afin d’ériger une clôture à Brenner, entre la frontière italienne et autrichienne. L’Autriche a déjà verrouillé la route des Balkans en mars 2016, et souhaite désormais bloquer sa frontière avec l’Italie. En effet, depuis quelques semaines le nombre d’arrivée de migrants sur les rives italiennes est en constante augmentation et les chiffres sont bien plus élevés en mars 2016 qu’en mars 2015. Cela traduirait une potentielle nouvelle voie migratoire vers l’Europe de l’Ouest, qui préfigure une dérive de la Grèce à l’Italie. Vienne reproche donc à Rome de ne pas suffisamment surveiller ses frontières, ce qui permettrait aux migrants d’atteindre les pays germaniques.

Le col du Brenner est le principal point de passage entre les Alpes du Nord et du Sud, et représente une artère économique entre l’Autriche et l’Italie où des tonnes de marchandises transitent chaque jour. L’Autriche souhaite instaurer le même type de contrôles qu’elle a établi sur la frontière avec la Slovénie. Elle a une fois de plus pris cette décision de manière unilatérale, sans réelle concertation avec ses voisins européens et sans forcément prendre en compte l’impact économique que cela peut avoir sur les pays commerçant via le col du Brenner. Déjà des citoyens italiens se mobilisent à la frontière pour dénoncer une telle fermeture.

Une situation politique tendue en Autriche

Ni la Commission européenne, ni aucun État membre, n’ont été informé autrement que par voie de presse de cette décision qui traduit un sursaut isolationniste. Tout cela alors que la Commission européenne menace de perdre patience face aux États qui ne respectent pas leurs engagements pris face à la crise migratoire qui secoue l’Europe. Il est vrai cependant que l’Autriche a déjà accueilli 1 400 des 1 953 réfugiés que le pays s’était engagé à accueillir dans le cadre de l’accord européen sur la répartition des demandeurs d’asile. Le rejet de migrants de l’Allemagne vers l’Autriche introduit des pressions supplémentaires sur ce petit, mais prospère, pays au cœur de l’Europe. Les autorités autrichiennes acceptent en moyenne une demande sur deux.

Cette décision anti-immigrés intervient alors que la coalition autrichienne au pouvoir menace d’être renversés lors des élections présidentielles qui auront lieu le 24 avril prochain. Le climat électoral est tendu, les traditionnels partis de gauche et de droite aux positions très dures sur l’immigration perdent du terrain, selon les sondages, face aux verts et à l’extrême droite. Ainsi les extrêmes catalysent le débat, entre pro-immigrés et anti-immigrés. Les conservateurs et les sociaux-démocrates sont extrêmement affaiblis par cette gestion de crise qui n’en finit pas.

L’isolement de Vienne menace-t-il l’Union européenne ?

Ainsi, L’Autriche tente de faire cavalier seul depuis quelques semaines déjà, en fermant la route des Balkans, en convoquant à Vienne le 1er avril les pays d’Europe centrale et des Balkans afin de trouver une solution pour renforcer ou contourner Frontex ou dernièrement, en décidant sans consultation préalable de fermer sa frontière avec l’Italie. Vienne est ainsi le leader des Etats d’Europe centrale et des Balkans qui exigent la mise en place d’une mission européenne capable de pallier aux manquements de Frontex.

La ministre de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner, qui envisageait il y a quelques semaines un Grexit de Schengen pour son incapacité à contrôler ses frontières, s’est prononcée pour la mise en place d’une « Europe forteresse ». Elle juge en effet que les réfugiés fuyant la guerre se font moins nombreux, au profit de migrants asiatiques et africains, recherchant de meilleures conditions économiques.

Une nouvelle infraction des normes européennes qui prouvent que Vienne souhaite imposer ses vues en Europe, malgré les critiques déjà virulentes lorsque l’Autriche avait obtenu des Balkans la fermeture de leurs frontières, provoquant de fait des tensions migratoires supplémentaires sur la Grèce. L’Autriche, en faisant cavalier seul, menace non seulement l’espace Schengen, mais également l’unité européenne. Unité certes de façade et largement controversée, mais qui tente bon gré mal gré de répondre de façon commune à la crise migratoire. L’attitude de Vienne est le symptôme d’une Europe qui se délite, où les positions nationales prennent le pas sur les réponses communes.

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