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« L’Europe a toujours fait partie des valeurs de L’Obs »

, par Fabien Cazenave

Le Taurillon était présent aux Journées de Bruxelles des 6 et 7 novembre 2014, organisées par L’Obs, Le Soir et Der Standaard. Occasion d’interviewer Matthieu Croissandeau, directeur de L’Obs.

Auteurs

Le Taurillon : Pourquoi L’Obs organise-t-il les Journées de Bruxelles ?

Matthieu Croissandeau : D’abord parce que l’Europe a toujours fait partie des valeurs de l’Obs. On a toujours soutenu la construction européenne, nous reconnaissant dans la démarche de la défense des libertés, de la paix et la construction d’un vivre ensemble. C’est un combat qui nous a porté et qu’on souhaite toujours porter aujourd’hui.

2014 est une année particulière avec des élections européennes marquées par une très forte abstention. Dans ceux qui ont voté, 25% ont voté pour des partis populistes, extrémistes, nationalistes : des gens contre l’Europe. Ce moment particulier, il faut en faire quelque chose, le traiter. C’est pour ça que nous avons sous-titré cet événement « Maintenant ou jamais ». On voit bien que le modèle économique et politique de l’Union européenne est arrivé à bout de souffle. Il tourne à vide aujourd’hui. Il y a un profond divorce entre les citoyens et la machine européenne. C’est donc maintenant qu’il faut la relancer.

Le Taurillon : Pourquoi les faire à Bruxelles ?

Matthieu Croissandeau : On l’avait déjà fait à Bruxelles l’année dernière pour la dernière édition, la première ayant eu lieu à Paris. C’est ici que ça se passe et qu’il est facile de faire venir des gens de l’Europe tout entière. En plus, on le fait avec Le Soir et Der Standaard. C’est une démarche commune, assumant ainsi notre mission de média : mettre en place des conditions de dialogue d’échanges, jouer les intermédiaires entre les acteurs de la construction européenne (acteurs politiques, économiques ou de la Société civile) et l’opinion publique. On essaye de faire en sorte que ce ne soit pas des cours magistraux mais qu’il y ait des échanges avec la salle et favoriser ainsi le dialogue

Le Taurillon : L’Obs souhaite créer l’actualité avec ces grandes rencontres...

Matthieu Croissandeau : C’est tout le but de la démarche. L’Obs par ailleurs s’est relancé avec une nouvelle formule et un nouveau projet. D’un pur point de vue journalistique, nous essayons de créer l’actualité plutôt que de la résumer. On essaye d’avoir des interviews, des enquêtes ou des reportages exclusifs. On a une vocation à exister dans le débat intellectuel ou citoyen. Dans ce but, il faut créer les conditions de ce débat. A la fois dans le journal, il y a beaucoup plus de place pour les contributions d’idées fortes. Il faut aussi faire du « IRL » [NDLR : In Real Life] comme on dit sur internet : les contenus sur le print et le web et ces moments de rencontres directes.

L’Europe a besoin d’être racontée. Il manque un récit européen. L’opinion publique n’y adhère plus parce qu’elle ne se reconnaît plus dans le projet, qu’elle ne le comprend pas, voir qu’elle ne connait pas tout court.

Le Taurillon : On reproche souvent aux Médias de ne jamais parler d’Europe...

Matthieu Croissandeau : D’un pur point de vue mercantile, l’Europe n’est pas un sujet vendeur. Est-ce pour ça qu’il ne faut pas en faire ? Non. La semaine dernière, on a parlé d’Ebola, sujet peu vendeur également, en Une car on considérait que c’était important. Du reste, nous avons réalisé plusieurs Unes sur l’Europe cette année.

Quand on est un média, on a toujours tendance à se dire concernant les questions européennes « personne ne comprend ce sujet, c’est compliqué, cela se passe à Bruxelles, c’est la technocratie ». Mais après les élections, on se dit « zut si on avait expliqué à nos lecteurs quels étaient les vrais enjeux, on aurait pas ces résultats là ».

Alors, il est vrai que l’Europe est souvent sous-traitée. C’est moins le cas dans les quotidiens que pour les hebdos. A titre personnel, je ne suis pas pour des rubriques « Europe » car c’est un sujet transversal. On le voit avec ces Journées de Bruxelles : cela touche aussi bien la Culture que la politique, l’économie, le social... En revanche s’il n’y a pas de rubrique, il faut faire des sujets européens. Il faut pousser les Européens à se connaître les uns les autres, faire des reportages chez les voisins, savoir ce qui les fait ’gamberger’.

Nous n’hésitons pas à faire de la mécanique institutionnelle européenne. L’Obs a fait une grande enquête sur la composition de la Commission sur 4-5 pages. Angela Merkel faisait la Une avec un « Achtung, l’Allemagne doit lâcher du lest ». Cela donne une prise de parole forte, on n’est pas sur des sujets commerciaux dans ce cas-là. C’est typiquement la vocation d’un journal comme le nôtre.

Voir en ligne : Journées de Bruxelles

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Vos commentaires

  • Le 10 novembre 2014 à 22:42, par tnemessiacne En réponse à : « L’Europe a toujours fait partie des valeurs de L’Obs »

    « 25% ont voté pour des partis populistes, extrémistes, nationalistes : des gens contre l’Europe. »

    31 % avec le Front de Gauche.

    Pour ma part je suis pour les rubriques Europe, ses aspects politiques, économiques, sociaux sont traités dans les pages dédiées.

    Et bientôt la RFE (Radio France Europe) comme proposé par un groupe de sénateurs de tous bords. Par contre il ne faut pas compter sur eux pour l’expliquer aux citoyens. Ils ne répondent pas. Encore une fois, vive la démocratie.

    Très bonne idée l’ICE pour la construction européenne.

    Il faut y mettre des éléments.

    Par exemple. L’élection du président européen au suffrage universel, le droit d’initiative législative du parlement européen, la création d’un service public audiovisuel européen, la création de services publics européens..., une police européenne, etc... D’autres idées ?

    Il faut des choses concrètes.

    Par contre le fédéralisme... Je n’arrive toujours pas à comprendre. On est bien pour la construction européenne sur un mode fédéraliste. Pas fédéraliste en soi même. Je veux bien que ce soit une philosophie de vie et je serais ravi d’en apprendre davantage mais encore une fois ce n’est qu’un moyen pour l’unité européenne. Sinon autant l’appliquer à la France c’est moins vaste mais une unité politique et institutionnelle un peu compliqué à changer. Sinon de l’autre côté, on parle de fédéralisme mondial, mais alors pourquoi ne pas œuvrer pour l’ONU. Après ce doit aussi être une fonction sociale, ça cimente le groupe de proclamer le fédéralisme. Enfin ce doit venir de la philosophie politique mais bon ce serait bien de connaitre ces idées de manière claire.

  • Le 11 novembre 2014 à 11:55, par Fabien Cazenave En réponse à : « L’Europe a toujours fait partie des valeurs de L’Obs »

    @tnemessiacne : ça tombe bien, les fédéralistes revendiquent aussi l’application de ce modèle à la France et à l’ONU... Allez dans la rubrique « Fédéralisme » et vous trouverez votre bonheur pour mieux comprendre cette approche de la politique ;-)

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